Les rencontres de Montsegur

Les rencontres de Montsegur Les Rencontres de Montségur, siège de l'association à Montségur : historiographie du catharisme.

19/03/2026

Chers ami-e-s.
Nous reprenons ci-dessous une communication de la médiéviste Annie Cazenave qu'elle a intitulée "La culture hors sol" et qui permet de comprendre ce que construction et déconstruction signifient pour l'historienne, elle qui est confrontée aux millions de textes qui traitent du moyen-âge, des inquisitions, des philosophies méridionales et de la société médiévale urbaine ou rurale, avec ses rêgles, ses croyances et ses usages.
Voici son texte : // ""
" Le travail du médiéviste, à mon avis, est humble, il consiste essentiellement, dans la lecture des manuscrits, leur déchiffrage parfois, leur compréhension toujours, à chercher leur sens, et trouver la réponse aux trois questions posées plus haut, qui donnent l’intention de l’auteur et déterminent la fonction de l’écrit : théologique, juridique, littéraire, destiné à un public lettré ou populaire. Mais il faut aussi chercher, entre les lignes, à le replacer dans l’esprit et la mentalité de son temps
Or, ces « déconstructionnistes » se sont emparés de la théorie de la déconstruction de Derrida et l’ont appliquée à des manuscrits médiévaux auxquels elle reste étrangère. Ils les prennent comme s’il s’agissait d’un texte contemporain : un produit en soi .La finalité de l’œuvre les laisse indifférents : avant la Croisade les polémiques ont été rédigées pour servir lors des controverses en public, et quand il s’agit de procès d’inquisition, il n’est pas anodin de se souvenir de leur caractère juridique, qu’ils sont une étape dans une procédure, et conduisent à une sentence, qui peut être de mort, ou de prison perpétuelle, voire de port de croix, lesquelles entraînent la confiscation des biens et donc la ruine de leurs proches. Il est vrai que l’un de ces estimables collègues s’écrie : « l’inquisition est une impasse de l’histoire ». Alors, pourquoi s’égarer dans cette impasse ? Peut-être pour ne prêter attention qu’à l’inquisiteur, et à lui seul, comme auteur de l’écrit. Celui qu’il interroge existe si peu que G.Zanella le qualifie d’ « insignifiant fortement réactif ». En effet, au mépris de toute vraisemblance, le bienheureux historien croit fermement, et l’explicite en charabia cuistre , que « avec la torture la progressive simplification conceptuelle de la procédure touche à son maximum » ( signalons au passage que l’usage de la torture était interdit aux clercs – lesquels d’ailleurs employaient des procédés plus subtils) pour aboutir à ce paradoxe : « les membres du tribunal recherchent des aveux conformes à leur système de références et l’accusé, en situation de faiblesse, a toutes les chances d’adhérer aux schémas qui lui sont proposés et de dire la vérité de ses accusateurs ». Zanella pense donc que les procès d’inquisition ne sont rien d’autre que l’enregistrement des fantasmes de l’inquisiteur. En d’autres termes il n’a pas lu les Manuels de l’inquisiteur. De Raimon de Penyafort en 1245 à Nicolas Eymerich, XIVéme s. en passant par Bernard Gui,fin XIIIéme s. ils décrivent les « hérésies nouvelles », modifient leur questionnaire par rapport à elles, en affinent la psychologie, et détaillent les procédés à utiliser pour arriver à leur but : l’aveu. Car ils veulent la vérité, et la vérité ancrée dans le réel des faits « criminels ». Répéter la vérité de ses accusateurs signifierait obéir au « syndrome de Stockholm ». Or, dans les procès-verbaux, la personne du juriste s’efface au point qu’ils ne consignent en général que les réponses du témoin, non les questions. On les perçoit lorsqu’on lit attentivement les procès-verbaux d’inquisition, en suivant les méandres des interrogatoires et relevé, parfois savouré, les astuces du « témoin » pour se défendre. La déconstruction nie sa personnalité, son existence même. L’humain a disparu." ©Annie Cazenave

Florence Ferrari écrit aux lecteurs des Rencontres de Montségur ////"""Bien chers amis,Il est vrai que la mémoire collec...
17/03/2026

Florence Ferrari écrit aux lecteurs des Rencontres de Montségur ////

"""Bien chers amis,
Il est vrai que la mémoire collective associe volontiers les Templiers à leur action guerrière, oubliant un peu vite que ces moines-soldats ont également accompli, en Occident, une véritable œuvre civilisatrice. J’ai la grande joie de vous annoncer la réédition de mon roman historique, Le Chevalier du Temple (éditions Le Compas dans l’œil), disponible à l’achat à la Fnac ou sur Amazon ⚔️✨📖
Ce roman relate, à cet égard, l’histoire de l’une des nombreuses commanderies du Midi, qui participèrent au développement économique et social de leur région.
Les Templiers y défrichèrent des terres, modernisèrent les pratiques agricoles et organisèrent le territoire, tout en prenant soin de la vie des populations locales. Ils promirent des droits et statuts relativement libéraux pour leurs serfs et paysans, posant ainsi les bases d’une société plus équitable.
Dans le Midi, les Templiers évoluaient dans un contexte culturel particulier : celui des troubadours et de la poésie courtoise (fin’amor). Les chevaliers occitans intégraient ces valeurs dans leur vie quotidienne : courage, désintéressement, générosité, tolérance et respect du plus faible. Ce mélange de chevalerie guerrière et de sensibilité morale donnait aux Templiers du Midi une allure plus « policée » que celle de leurs frères du Nord, souvent plus rigides et brutaux.
Cette approche expliquait aussi leur rôle équilibré au sein de la société locale. Alors que l’Inquisition se déchaînait contre les Cathares et que l’Église et la royauté du Nord écrasaient la population sous le poids de la répression, le Temple offrait une voie médiane, plus consensuelle. Les Templiers, religieux de cœur mais laïcs par la pensée, devenaient ainsi à la fois protecteurs des habitants et administrateurs éclairés, capables de gérer les domaines, les finances et même les relations diplomatiques avec les seigneurs voisins.
Leur implantation dans le Midi leur permettait également de contribuer au commerce et à la circulation monétaire, indispensable pour soutenir les pèlerins et les liens avec la Terre sainte. En combinant l’action militaire, la gestion économique et la conscience morale, les Templiers s’imposaient comme un pivot de la société occitane, mêlant devoir chevaleresque et engagement humaniste.
Ainsi, au cœur du Languedoc, les Templiers n’étaient pas seulement des guerriers. Ils incarnaient une chevalerie éclairée, inspirée par la spiritualité cistercienne et la culture courtoise, qui cherchait à protéger les faibles, soutenir la vie locale et apporter un équilibre dans une société en pleine mutation. C’est ce rôle unique, alliant foi, force et civisme, que vous découvrirez dans ce roman.
« Car de notre vie, vous ne voyez que l’écorce qui est par dehors mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont dedans… »
— Extrait de la Règle du Temple
📚 Liens pour commander :
👉 Amazon : https://www.amazon.fr/-/en/Florence-Ferrari/dp/2487319496
👉 Fnac : https://www.fnac.com/.../Florence-Ferrari-Le-chevalier-du...
👉 Cultura : https://www.cultura.com/p-le-chevalier-du-temple...
Merci du fond du cœur pour votre fidélité et votre soutien ❤️
""

Au coeur du Moyen Âge, alors que l’Ordre du Temple étend son influence entre foi, pouvoir et mystère, un homme s’engage sur une voie dont il ne soupçonne pas encore le prix. Chevalier par serment, frère par conviction, il va découvrir que la loyauté se paie parfois du sang, et que la vér...

14/03/2026

Les Lollards sont les membres ou sympathisants d'un mouvement de contestation religieuse et sociale, initié en Angleterre à la fin du XIVe siècle par le théologien John Wyclif[1], et poursuivi par son disciple John Ball. À ce titre, les lollards sont des précurseurs de la Réforme protestante. Accusés d'hérésie par les autorités de l'Église catholique, ils furent durement réprimés.

"Des cathares aux lollards. Des miracles eucharistiques inédits dans l'Angleterre du XVe siècle"
https://www.academia.edu/38682416/_Des_cathares_aux_lollards_Des_miracles_eucharistiques_in%C3%A9dits_dans_lAngleterre_du_XVe_si%C3%A8cle_preprint_version_?email_work_card=title

By Francois Wallerich
https://uclouvain.academia.edu/FrancoisWallerich

Le ms. Oxford, Merton College, 13 contient cinq miracles eucharistiques, copiés en Angleterre à la fin des années 1420. Le premier récit, dont on montre qu'il a été élaboré par un cistercien à la charnière des XIIe et XIIIe s, rapporte comment le clergé mantouan a tiré profit d'une hostie miraculeuse pour combattre les cathares. Les quatre autres, qu'on présente plus brièvement, se fondent sur des traditions bien connues. La copie et l'acquisition des textes par la bibliothèque de Merton College vers 1468 s'expliquent dans le contexte de lutte contre les lollards. Car le manuscrit est marqué par les débats qu'a suscités la théologie de Wyclif : les sujets sensibles, comme la prédestination, les reliques ou l'eucharistie y sont abordés dans divers matériaux pastoraux. Les miracles qui avaient été produits à l'encontre des hérésies dualistes dès la fin du XIIe s. sont ainsi repris pour faire face au défi que représente Wyclif. Les textes inédits sont transcrits et traduits en annexe.

RENCONTRES DE MONTSEGURLes Cathares face à l’Histoire, des rebelles ou des résistants ?© Annie CazenaveDepuis le domaine...
09/03/2026

RENCONTRES DE MONTSEGUR

Les Cathares face à l’Histoire, des rebelles ou des résistants ?

© Annie Cazenave

Depuis le domaine paternel de Larminat l’enfant contemplait au loin la chaîne des Pyrénées dont se détachait, isolé, un piton. Adulte, Napoléon Peyrat a appris son nom : Montségur. Il l’a sauvé de l’oubli, et lui a redonné son histoire. Au bout de sept siècles, ce fut la renaissance d’une ruine, muée en symbole. Car dans l’imaginaire le passé vit, Jacqueline de Romilly* constate qu’une page de Thucydide**, pleine d’horreur et de scandale, nous touche encore…

Avec son Histoire des Albigeois Napoléon Peyrat a bousculé l’histoire officielle, occupée de la seule Croisade. Descendant de Camisards, il a assimilé à ses ancêtres les vaincus et leur longue résistance. La prise de Montségur en 1244 marque la fin de leur rébellion. Mais la seule fin de l’insoumission armée, non celle de la sédition religieuse. Peyrat, disciple de Jules Michelet, a mis plus de vingt ans à déchiffrer, en prenant parti pour les victimes, les registres où les inquisiteurs avaient consignés les interrogatoires de leurs prisonniers. A la parution du livre la mode du romantisme était passée. Si les historiens de métier ont rechigné devant sa prose enflammée, les félibres occitans du XIXéme s. ont lu Peyrat avec enthousiasme, il leur insufflait, comme Frédéric Mistral, la fierté et l’amour de leur terre.

Depuis, les auteurs de livres sur cette période se partagent en deux camps, dont le jugement peut se résumer ainsi : rebelles ou résistants ? L’historien les bannit ou les exalte. Il s’intéresse de préférence ou au politique, ou au religieux.

L es rebelles

Dans le camp de l’histoire politique, celui des tenants du récit national et de l’unité française, se range Pierre Belperron. Son travail sérieux s’appuie sur l’Histoire de Languedoc de dom Vic et dom Vaissette, mais, s’il faut dire à sa décharge qu’il avait auparavant étudié la Guerre de Sécession, il a eu l’idée discutable de se placer dans la perspective de son livre précédent pour prôner l’union du Nord et du Midi… dans un ouvrage paru en 1942. Charles Petit- Dutaillis en a fait une recension sévère. Citant l’introduction militante : « la Croisade a été avec l’Inquisition classée dans l’arsenal antitraditionnaliste, antireligieux, antinational, où s’approvisionnait le clan qui avait pris à tâche de tuer l’âme de la France », l’historien constate : « j’ose dire….que je ne sais s’il accepterait de définir l’âme française ». L’arrière plan n’avait pas échappé au romaniste Charles Camproux à Montpellier, lequel, résistant, était resté prudent.

Les résistants : le félibrige

Les historiens jettent sur l’époque étudiée un regard forcément rétrospectif. N. Peyrat s’en targue. Car ce pasteur protestant élabore une théologie de l’histoire : les Cathares prennent place dans une théorie de contestataires qui part de Vigilance, passe par Abélard et aboutit à la Réforme, mais n’est pas achevée, elle avance vers une société qui renversera « la théocratie » et sera démocratique et libre : ce sont « les spirales ascendantes des batailles du Paraclet », qui lui donnent foi en l’avenir : franc-maçon il magnifie Montségur comme un temple, à la fois tombeau et berceau. Après un désastre, qui le consterne, il a vu l’avènement de la République, et une génération nouvelle, celle des félibres rouges, républicains, le choisit comme aujol, aïeul : ces occitans, déférents envers Frédéric Mistral, se démarquent des provençaux rieurs, « assez de tambourins et de cigales ». Comme eux ils célèbrent la langue d’Oc, celle des troubadours, et instaurent une république des lettres, où seul compte le talent. Mais ils ont un projet politique. En 1876 Louis Xavier de Ricard, ancien communard réfugié à Montpellier, publie la r***e La lauseta. Ils veulent « la Renaissance du Midi, c'est-à-dire sa Renaissance dialectale et littéraire, autant que la Renaissance politique » Sept d’entre eux fondent « l’escolo de Mountségur », qui a son siège social chez l’un d’eux, leur éditeur Jean Gadrat, à Foix, 22, rue Labistour. Ils assurent « s’être abreuvés à la source amère et fortifiante de l’histoire si mal connue et tellement falsifiée de la terre d‘oc ». Ils se veulent les artisans d’un Midi libre, c'est-à-dire girondin, dans une France fédérée dans « l’arc latin», qui, suivant la courbe de la Méditerranée, va de la Roumanie à la Catalogne. Ils chantent, debout, La coupo santo, et prennent le château de Montségur comme symbole du triste passé et du renouveau. En 1914 la guerre met fin à leur espoir et à leur groupe.



L’écriture de l’histoire

Autour de 1905 le différend sur la Séparation de l’Eglise et de l’Etat se profilait en arrière plan de la polémique entre deux médiévistes, le protestant Auguste Molinier et le dominicain Camille Douais. Car dans la personnalité de chacun des a priori, conscients ou inconscients, influent sur sa perception de l’histoire et, partant, du catharisme. Dans ce cas elle dépend de sa formation, théologien ou historien, de sa méthode, et aussi de son époque, et modèle, parfois à leur insu, leur écriture de l’histoire. C’est ainsi qu’Yves Dossat a cru et proclamé qu’à Montségur n’avait pas existé de bûcher. Le récit des épisodes de l’affaire, anciens et modernes, ne manque pas de piquant : l’évêque d’Albi, Bernard de Castanet, irrité par l’opposition du viguier, avait demandé à l’inquisiteur de rechercher si dans la famille du trublion ne se trouvait pas quelque incapacité (les descendants d’hérétiques ne pouvant pas exercer de charges publiques, il s’en serait ainsi débarrassé). Et en 1306 l’inquisiteur Geoffroy d’Ablis trouve, en effet : Adalaïs Raseire, grand-mère paternelle du viguier, a été prise à Montségur et brûlée à Bram. Il lui envoie sa découverte dans un vidimus, écrit qui reproduit et certifie l’acte original ( ce qui, par parenthèse, montre la parfaite tenue des livres de l’inquisition) . Y. Dossat tombe sur la copie de l’acte dans le T.###IV de la collection Doat, et s’exclame : si elle a été brûlée à Bram, c’est donc que le bûcher a été allumé à Bram. Oui, certes : le sien.

L’historien a extrapolé à partir d’un seul acte. De nombreuses autres pièces mentionnent le bûcher, dont dans le dossier KK aux Archives Nationales celles qui, vers 1256, examinent les demandes en restitution de biens confisqués aux hérétiques : pour les rejeter elles précisent que l’aïeul du demandeur a été pris à Montségur et fuit combustus ibi , et y fut brûlé : ibi signifie là, et non à quarante kilomètres. Quel obscur motif a poussé Dossat à cette myopie ? son hypercritique est d’autant plus étrange que c’est lui qui a retrouvé la date exacte du bûcher, et donc grâce à lui que la commémoration a été instaurée au 16 mars. Car il a eu le courage de rédiger sa thèse sur « Les crises de l’inquisition toulousaine, 1233-1273 »,Bordeaux, 1959, alors que l’université se détournait délibérément de ce sujet, manifestant un dédain peut-être inspiré par un respect de la laïcité le rendant suspect, peut-être par mépris jacobin de l’esprit provincial, peut-être agacée par les outrances de la littérature méridionale contemporaine. Ou par une combinaison des trois.

L’imaginaire autour du catharisme

La voie ouverte par Peyrat était en effet devenue autoroute, où s’élançaient allégrement nombre d’auteurs farcis de « connaissances acquises à l’ombre de la croix occitane » (sic).

Par exemple, Maurice Magre dans « Le sang de Toulouse » campe le fils d’un bâtisseur de cathédrales partant sus à la horde des envahisseurs français, dans des aventures qui le conduisent inéluctablement à Montségur. Maurice Magre, à cause de la réincarnation, s’était d’ailleurs converti au bouddhisme. Des amateurs modernes partent en quête du trésor des Albigeois, sorti de nuit du château par des évadés et caché, pense-t-on, dans les grottes du Sabartès. Ce qui procure d’agréables distractions aux curistes d’Ussat, et attire dans la station un curieux personnage, Otto Rahn, allemand féru d’ésotérisme et soupçonné de nazisme. Cette littérature pétrie de nostalgie s’est épanouie entre les deux guerres. De nos jours les Rose-Croix ont établi leur quartier général à Ussat.

L a cité savante

Ces fantaisies littéraires et poétiques font aisément comprendre le raidissement des érudits.

Mais il ne concerne que les seuls historiens universitaires. A l’écart de la foule, dans ce que les sociologues appellent « la cité savante » des chercheurs travaillent en paix, au Collège de France, au C.N.R.S., à l’Ecole des Hautes Etudes, à l‘Institut de Recherche d’Histoire des Textes. A l’Université d’Uppsala Hans Söderberg, qui a bénéficié des travaux d’Henri-Charles Puech, a passé en 1959 sa thèse, rédigée en français, sur « La religion des cathares. Etude sur le gnosticisme de la basse antiquité et du Moyen-âge ».

A la chaire d’histoire des religions du Collège de France, en effet, Henri-Charles Puech étudiait le gnosticisme, le manichéisme et le néoplatonisme, dont il a repéré une trace dans l’enseignement de Peire Authié transmis par ses croyants. Jean Duvernoy s’en souviendra en intitulant un article « Origène et le berger ».

La philosophe Simone Pétrement lit elle aussi les gnostiques, ils lui inspirent son titre : Le dieu séparé(1985). René Nelli suit la même voie. Fernand Niel a peut-être tiré de ses lectures l’idée de voir en Montségur un temple manichéen.



La marginalité

L’ostracisme des historiens universitaires a donc produit un effet inattendu : c’est en dehors d’eux qu’ont été menés les recherches. Mais peut-être est-ce le sujet lui-même qui impose sa marginalité, puisqu’elle s’est produite aussi en Allemagne : Ignaz von Döllinger, prêtre catholique professeur de théologie à l’université de Munich, excommunié en 1871 pour avoir refusé le dogme de l’infaillibilité pontificale, a pour se défendre publié Beitrage zur Kirchengeschichte, 1878, et dans les pièces justificatives du t.III des extraits des procès verbaux d’inquisition, dont celles de « nos » Cathares. En particulier il reproduit la déposition de Jean Maury contenant la prière : « Payre sant, Deù droiturier dels bons esperits… » que, jusqu’à l’édition de Duvernoy, les érudits ne connaissaient que par cette édition – connue des érudits seuls : importante précision, car dans le pays de Sault on continuait, depuis le XIVéme s., à la réciter pieusement dans les familles, en l’enseignant d’une génération à l’autre, de grand-mère à petit-fils, en patois, mais en en ayant perdu le sens, la croyant catholique et ignorant quel pouvait être ce Dieu juste des bons esprits. L’auteur de ces lignes l’a entendue de la bouche d’un Clergue, mais ce témoignage ne vaut aujourd’hui plus grand-chose, les gens de Montaillou ayant repris possession de leur mémoire. Toutefois il indique la pérennité de la tradition orale, et un rapport au temps correspondant à celui que Michel de Certeau étudie dans ses travaux sur la mystique.

A la découverte des manuscrits originaux

Ce rapprochement parait d’autant plus pertinent que le psychanalyste jésuite s’est précisément intéressé à la marginalité. Or, mis à part le professeur Raoul Manselli qui, comme italien, n’entre pas dans une catégorie qu’écarte le souci de la laïcité, tous les chercheurs sur ce sujet sont des isolés. Et non des moindres : le père Dondaine, O.P., a révolutionné la connaissance du catharisme : dans la Bibliothèque Nationale de Florence, section des couvents supprimés, il a découvert ce qui lui paraissait « éminemment souhaitable et fortement improbable » : un écrit cathare ayant échappé à la destruction : le « Livre des deux principes » : « pour la première fois la voix de l’hérétique se faisait entendre ». Et quelle voix ! D’un niveau de pensée nettement supérieur aux écrits catholiques contemporains. Ce qui laisse entrevoir quelle pouvait être la richesse spéculative des Bons chrétiens. Le père Dondaine l’a publié, avec d’autres articles aussi fondamentaux (1946-1952) dans la r***e de son ordre, l’ Archivum fratrum praedicatorum.René Nelli l’a offert en traduction française dans ses Ecritures cathares. Malheureusement, le maître général des frères prêcheurs a affecté le père Dondaine à l’édition des œuvres de Thomas d’Aquin, et il s’est effacé dans une « généreuse obéissance », permettant ainsi la promotion de Ch. Thouzellier à une place qu’elle n’a pas totalement occupée.

Autre isolé, le juriste Jean Duvernoy s’est attelé au déchiffrage du ms Vatican 4030, le Registre d’inquisition de Jacques Fournier (1318-1325) publié à Toulouse par l’éditeur Privat avec le concours du C.N.R.S. (1965). L’évêque de Pamiers, transféré au siège de Mirepoix, devenu cardinal puis le pape Benoît XII, a scrupuleusement, minutieusement, épouillé son diocèse, interrogeant ses ouailles dans les moindres détails, non seulement de leurs opinions déviantes, mais aussi de leurs moeurs, leur faisant raconter leurs faits et gestes, laissant ainsi un document rigoureusement unique. Emmanuel Le Roy Ladurie en a tiré son Montaillou village occitan (1975) qui, contredisant la vision étriquée d’un obscur Moyen-Age en montrant des montagnards rebelles,a été un succès de librairie.

Le public lettré

Michel Roquebert enfin, après le bel Citadelles du vertige, a consacré sa vie à l’Epopée cathare (1970-1998), Grand Prix Gobert de l’Académie française. Et son œuvre n’est pas achevée, puisque vient de paraître son nouveau livre sur les Figures du catharisme. En dix-sept chapitres il joue sur la plasticité du mot pour à la fois retracer les mythes cathares et s’immerger dans le quotidien des acteurs du drame, du clan nobiliaire à l’humble bouvier,.

A Carcassonne entre les deux guerres Joë Bousquet, tétraplégique après une grave blessure reçue au front, a réuni autour de son lit l’élite littéraire et artistique contemporaine, dont René Cassou, Jean Mistler devenu plus t**d académicien, et ,avec Max Ernst, la branche méditerranéenne des surréalistes. La r***e Les Cahiers du Sud (1914-1966) les édite, dont en 1942 le numéro resté célèbre : « Le génie d’Oc et l’homme méditerranéen ». Le jeune René Nelli a fait son miel de ces fréquentations, il a élaboré une personnalité originale, à la fois poétique et littéraire, en oc et en français, dans des domaines variés, historique, folklorique, et enfin philosophique : après un mémoire de D.E.S. sur Plotin, une thèse sur La philosophie du catharisme. Le dualisme radical au XIIIéme s.(1975) qu’encadrent des ouvrages sur les troubadours, le roman de Flamenca,ou « Du jeu subtil à l’amour fou », de Raimon de Miraval, auquel il s’identifiait. Chaleureux, convivial, René Nelli a voulu réunir tous les amoureux de l’Occitanie et fervents du catharisme, et fondé en 1981 le Centre d’Etudes cathares qui a duré trente ans et dont la première directrice, la chartiste Anne Brenon, a publié la R***e Heresis , incomparable recueil d’articles de tout premier ordre. La disparition de ce centre laisse un vide insondable.

Car ce temps est celui des convergences, où les solitaires sortent de leur isolement pour se rencontrer et palabrer ; avec le père dominicain Marie- Humbert Vicaire, le chanoine Etienne Delaruelle, agrégé d’histoire, fonde les Cahiers de Fanjeaux, dont les colloques réunissent des chercheurs de tous pays, dans un esprit de discussion libre et ouverte, qui n’empêche pas de franches oppositions. Celles-ci ont concerné en particulier l’histoire sociale de l’hérésie. Raffaello Morghen l’avait déjà exposée en 1968 au colloque dirigé par Jacques Le Goff à Royaumont sur Hérésie et société dans l’Europe pré-industrielle. Teintées de marxisme, elles apparaissent à la même date en controverse dans le n°3 des Cahiers de Fanjeaux. Dondaine, absent, domine le débat. Au contraire Raoul Manselli, comme dans son livre l’Eresia del male, valorise la spiritualité cathare. Le n° 20 des Cahiers pose la question : Effacement du catharisme ?

1968 et le renouveau occitan

Mai 68 apporte un sang nouveau, une vigueur nouvelle, Yves Rouquette les magnifie dans un lyrisme flamboyant. Montségur incarne les revendications occitanes chantées par Claude Marti : « Indiens de toutes les couleurs nous décoloniserons la terre, Montségur tu te dresses partout » La commémoration officielle en 2009 du sac de Béziers parait bien fade après cette exaltante utopie.

En 1998 le 7éme colloque du Centre d’Etudes cathares/ René Nelli dresse en 478 pages avec « Catharisme, l’édifice imaginaire » un monumental inventaire qui rétrospectivement parait avec nostalgie figurer un état des lieux. Le sommaire récapitule :

La réécriture de l’histoire

La récupération ésotérique.

Le souvenir des martyrs : de poésie en délire.

Enfin, avec ironie : Le marché cathare..

En effet l’émission de Stellio Lorenzi à la télévision a fait connaître en 1966 à la France entière ce drame ignoré d’elle. Loin de s’atténuer le succès ne cesse de s’étendre, provoquant un afflux de touristes. . Si cette marée réjouit les occitans, elle peut aussi les irriter, quand elle exploite sans pudeur le catharisme. D’astucieux commerçants la récupèrent, dont parfois les enseignes suscitent l’hilarité.

Les nouveautés conceptuelles.

L’entrée dans le XXIéme s. a été marquée par une prétendue nouveauté, qui en réalité s’inscrit dans l’attitude de déni fortement ancrée depuis un siècle des historiens universitaires. Un colloque à Nice, Inventer l’hérésie ? a promulgué cette assertion : l’hérésie n’existe pas. C’est une invention des cisterciens, qui ont l’ont fabriquée en agrégeant des groupuscules dissidents : le discours des clercs a fait surgir l’hérésie. Ils ont surévalué la menace pour mobiliser le peuple chrétien, peu importe la réalité, l’essentiel est de diaboliser. C’est un artefact : l’hérésie s’est structurée par réfraction. Il n’y a pas d’hérésie en soi.
Michel Roquebert, licencié en philosophie, a donné aux Mélanges offerts à Jean Duvernoy, Les cathares devant l’Histoire , L’Hydre 2005 un très remarquable article (p.105-153) dans lequel il a décortiqué les présupposés de cette trouvaille Je me bornerai à y ajouter quelques réflexions.

En fait ces historiens ont jugé bon de suivre la mode, en citant les philosophes Foucault, Derrida et Lyot**d, pour produire une « déconstruction » des textes – et des textes seuls, sans se poser à leur propos les questions : qui l’a écrit ? Pour qui, et pourquoi ? En appliquant à des écrits médiévaux un système abstrait, sans souci de leur spécificité, ils ont pris le risque de commettre un grave anachronisme. On pense à la phrase d’Antoine Dondaine jugeant des « bonzes » : « il faut lire les textes pour en parler ». Leur défaut initial parait en effet de s’empresser de vouloir affirmer des « nouveautés conceptuelles » (sic) à partir de ce mode de lecture, surtout d’ailleurs d’éditions imprimées. C’est ainsi qu’ils s’en vont proclamant que le mot « cathare » n’a pas été usité au Moyen Age. Il figure dans le ms 933 de la B.M. de Toulouse, écrit vers 1220 et provenant du couvent des Jacobins, sous la rubrique de heresi catharorum,destinée à réfuter cette hérésie. Encore la méconnaissance d’un manuscrit est-elle excusable, malheureusement celui-ci a été édité par mgr C.Douais, O.P., en 1910.
A l’appui de leur thèse, pour réfuter l’existence d’une église constituée ils nient celle d’une hiérarchie. On a relevé dix-neuf noms d’évêques « cathares », à quoi ils objectent que, pour fabriquer une contre-église les inquisiteurs ont projeté sur la dissidence les titres romains. Mais ceux de fils majeur et fils mineur lui sont propres. Michel Roquebert a constaté que Guilhabert de Castres, fils majeur de l’évêque Gaucelm, lui a succédé, et que Jean Cambiaire, d’abord fils mineur, est devenu son fils majeur. Et que Raimon Agulher, fils majeur de l’évêque du Razès Benoît de Termes, lui succède.

Quant à la dénomination d’église, on peut ne pas accorder d’importance au nom décerné à Montségur de caput ecclesiae, tête de l’église, puisque venant des inquisiteurs, mais le Rituel de Lyon et celui de Dublin emploient le terme : la gleisa de Deù , ecclesia Dei dans celui de Florence. Les Bons Hommes expliquent : l’église, ce n’est pas un monument de pierre, ce sont les croyants. Le Rituel précise : « quand vous êtes devant l’église de Dieu », c’est à dire à l’assemblée. Le catalan Arnaud de Bretos, décrivant en 1242 un culte à Montségur, lui donne ce sens. En fait, ils suivent saint Paul : l’église, c’est le corps mystique. En Aragon et à Arques les croyants prennent d’ailleurs l’expression au pied de la lettre : ceux d’entre eux qui sont utiles à la communauté en sont les pieds et les jambes. Les croyants éprouvent un sentiment profond d’appartenance, qu’ils extériorisent dans le salut rituel aux Bons Chrétiens, et expriment, en particulier lorsqu’ils l’enseignent, comme Arnaud Marty à son petit frère. Et les inquisiteurs ne s’y trompent pas, qui font dire au suspect dans l’interrogatoire, comme preuve de culpabilité, s’il a « adoré les hérétiques ».

La culture hors sol

Le travail du médiéviste, à mon avis, est humble, il consiste essentiellement, dans la lecture des manuscrits, leur déchiffrage parfois, leur compréhension toujours, à chercher leur sens, et trouver la réponse aux trois questions posées plus haut, qui donnent l’intention de l’auteur et déterminent la fonction de l’écrit : théologique, juridique, littéraire, destiné à un public lettré ou populaire. Mais il faut aussi chercher, entre les lignes, à le replacer dans l’esprit et la mentalité de son temps

Or, ces « déconstructionnistes » se sont emparés de la théorie de la déconstruction de Derrida et l’ont appliquée à des manuscrits médiévaux auxquels elle reste étrangère. Ils les prennent comme s’il s’agissait d’un texte contemporain : un produit en soi .La finalité de l’œuvre les laisse indifférents : avant la Croisade les polémiques ont été rédigées pour servir lors des controverses en public, et quand il s’agit de procès d’inquisition, il n’est pas anodin de se souvenir de leur caractère juridique, qu’ils sont une étape dans une procédure, et conduisent à une sentence, qui peut être de mort, ou de prison perpétuelle, voire de port de croix, lesquelles entraînent la confiscation des biens et donc la ruine de leurs proches. Il est vrai que l’un de ces estimables collègues s’écrie : « l’inquisition est une impasse de l’histoire ». Alors, pourquoi s’égarer dans cette impasse ? Peut-être pour ne prêter attention qu’à l’inquisiteur, et à lui seul, comme auteur de l’écrit. Celui qu’il interroge existe si peu que G.Zanella le qualifie d’ « insignifiant fortement réactif ». En effet, au mépris de toute vraisemblance, le bienheureux historien croit fermement, et l’explicite en charabia cuistre , que « avec la torture la progressive simplification conceptuelle de la procédure touche à son maximum » ( signalons au passage que l’usage de la torture était interdit aux clercs – lesquels d’ailleurs employaient des procédés plus subtils) pour aboutir à ce paradoxe : « les membres du tribunal recherchent des aveux conformes à leur système de références et l’accusé, en situation de faiblesse, a toutes les chances d’adhérer aux schémas qui lui sont proposés et de dire la vérité de ses accusateurs ». Zanella pense donc que les procès d’inquisition ne sont rien d’autre que l’enregistrement des fantasmes de l’inquisiteur. En d’autres termes il n’a pas lu les Manuels de l’inquisiteur. De Raimon de Penyafort en 1245 à Nicolas Eymerich, XIVéme s. en passant par Bernard Gui,fin XIIIéme s. ils décrivent les « hérésies nouvelles », modifient leur questionnaire par rapport à elles, en affinent la psychologie, et détaillent les procédés à utiliser pour arriver à leur but : l’aveu. Car ils veulent la vérité, et la vérité ancrée dans le réel des faits « criminels ». Répéter la vérité de ses accusateurs signifierait obéir au « syndrome de Stockholm ». Or, dans les procès-verbaux, la personne du juriste s’efface au point qu’ils ne consignent en général que les réponses du témoin, non les questions. On les perçoit lorsqu’on lit attentivement les procès-verbaux d’inquisition, en suivant les méandres des interrogatoires et relevé, parfois savouré, les astuces du « témoin » pour se défendre. La déconstruction nie sa personnalité, son existence même. L’humain a disparu.

Mensonges en Lauraguais

Comme il a disparu de l’étude sur les enquêtes en Lauraguais. Menées systématiquement de village en village, elles faisaient comparaître toute la population devant le tribunal itinérant, les filles à partir de douze ans, les garçons à partir de quatorze –âge sans doute de la puberté, mais réjouissant aveu implicite de la maturité féminine. Jean Louis Biget, après avoir compulsé le registre d’inquisition à Albi de 1299 (édité par G.W. Davis, en 1950) en a tiré la conclusion qu’à cette date seuls 3 à 4% des habitants étaient encore adeptes de l’hérésie, et trouvé faible la proportion. Il nous semble au contraire qu’après plus d’un demi-siècle d’inquisition elle manifestait un singulier attachement.

L’albigeois d’adoption a alors appliqué sa « méthode » au registre du Lauraguais, ms 609 de la B.M. de Toulouse ( qu’avec son habituelle générosité, Jean Duvernoy a mis en ligne), a établi des statistiques et parvenu au même résultat : la proportion d’hérétiques restait faible. Jean Louis Biget a pris pour argent comptant ce que consignait l’inquisiteur, qui, lui, n’était pas naïf : l’enquête avait été décidée parce que la terre de Lauraguais était considéré comme totaliter corrupta : totalement corrompue : il était donc invraisemblable qu’un village entier défile devant le tribunal en affirmant à l’unisson ne rien savoir de l’hérésie. En continuant à consulter le registre, on s’aperçoit que quelques années plus t**d, l’inquisiteur revient dans le village, et cette fois le ton a changé. Hostile, devant les étrangers il avait observé l’omertà. Que s’est-il passé entre temps ? il faut lire entre les lignes pour deviner le travail de sape, les pressions exercées pour obtenir l’aveu, qui surgit enfin : le plus faible a cédé, et parle : dans la file des habitants protestant de leur innocence, mêlés à eux, avaient témoigné les Bons hommes qu’ils abritaient, et qui, la seconde fois, dénoncés, avaient fui. Ceci s’est passé, par exemple, aux Cassès. On remarque d’ailleurs que plus le village est escarpé, mieux il se défend, ainsi à Montmaur. Un castrum devait se sentir davantage en sécurité. Mais l’inquisiteur a d’efficaces moyens de persuasion. Il réussit à mettre à jour des pactes de silence. Démasqué, le premier donne le groupe. Tout s’écroule. En quatre ans les défenses sont anéanties, les croyants en prison ou en fuite. On peut supposer tout de même que des chanceux ou des rusés ont échappé à la nasse, comme les rescapés de l’enquête de Geoffroy d’Ablis débusqués par Jacques Fournier.
Les villageois du Lauraguais sont contemporains des défenseurs de Montségur. Ils ont vécu l’éphémère victoire de Bazièges, se sont réjouis du raid d’Avignonet, dont le but réel était la disparition des périlleux registres les mettant en danger. Mais voilà revenus les inquisiteurs, plus forts qu’avant. Ils démolissent patiemment, inéluctablement, tous les mensonges avec ruse amassés. Dans le registre se lit l’effondrement de la terre autrefois rebelle.

On doit donc y lire en perspective l’avancée de l’inquisition, non à plat en prenant au pied de la lettre des affirmations auxquelles l’inquisiteur ne croyait pas. Cette bévue, qui en fait l’équivalent d’un quelconque document administratif moderne, dérive de la volonté de décalquer un système philosophique sur les sciences humaines. Dans le troisième quart du XXéme s. elles ont adopté le cours de linguistique de Saussure et ont bâti le structuralisme en le transposant avec succès, comme Lévi-Stauss en ethnologie, dans des disciplines différentes. Il est passé de mode. Puis elle s’est tournée vers le déconstructionnisme. Derrida a avec finesse décortiqué des textes, mais des textes de philosophie ou de fiction, déconnectés de la réalité et des faits. Ceux-ci sont la matière de l’histoire. Ses écrits transmettent un passé qui a existé, été vécu. Les interpréter en l’ignorant aboutit à les dénaturer. ‘
Pour finir, j’aimerais qu’on m’explique comment un certain Ermengaud, vaudois converti en 1208, a pu devenir en 1179 abbé de St-Gilles. Et j’avoue trouver piquant d’être contestée au nom de J.F. Lyot**d, avec lequel j’ai cosigné un livre aux P.U.F.

Foucault, Derrida, Lyot**d, sont morts. Saussure aussi, et Lévi-Strauss. On attend l’arrivée d’une nouvelle mode intellectuelle, et celle d’une génération qui s’en inspirera pour fabriquer des trouvailles inédites. Alors passeront aux oubliettes les actuelles « nouveautés conceptuelles », comme sont oubliés le marxisme de Morghen et le bûcher de Bram.

On s’en voudrait cependant d’oublier de remercier le groupe des déconstructionnistes pour leur langage, qui charrie un humour involontaire. La palme revient peut-être à leur désir, par ailleurs significatif de leur démarche, d’atteindre… « l’hologramme de l’inquisiteur implicite » ©Annie Cazenave

Notes (ndrl-Wiki)

* Jacqueline de Romilly (1913-2010), est une philologue, femme de lettres, professeur et helléniste française.

Membre de l' Académie française, première femme professeur au Collège de France, elle est connue sur le plan international pour ses travaux sur la civilisation et la langue de la en particulier à propos de Thucydide objet de sa thèse de doctorat.

* * Thucydide(465– 400 av. JC) est un homme politique et historien athénien Il est l’auteur de La Guerre du Péloponèse, récit d'un conflit athéno-spartiate qui se déroula entre 431 av. J.-C.et 404 av. J.-C.Thucydide est un véritable historien au même titre qu'Hérodote au sens où il rationalise les faits et explore les causes profondes des événements, en écartant tout ce qui procède du mythe ou de la rumeur. Pour lui, la qualité fondamentale de son métier est l'exactitude, qui implique l'impartialité, et son premier devoir consiste donc à rechercher la vérité. Lui-même expose d'emblée sa méthode en expliquant le soin qu'il a mis à recueillir tous les documents, tous les témoignages, et à les comparer pour en tirer ce qu'ils contenaient de vérité.

------------------------------------------------------------------------------------------ Mars 2018

Sources évoquées dans l’article d’Annie Cazenave (ndrl/patr.d) :

« RENCONTRES DE MONTSEGUR Les Cathares face à l’Histoire, des rebelles ou des résistants ? » © Annie Cazenave

Par ordre d’apparition à l’écran

Napoléon Peyrat Histoire des Albigeois

Dom Claude De Vic et Dom Joseph Vaissette Histoire générale du Languedoc

Pierre Belperron La Croisade contre' les Albigeois, et l'union du Languedoc à la France. 1209-12^9. — Paris, Pion, 1942; In-8°

Charles Petit- DutaillisLa monarchie féodale en France et en Angleterre, xe – xiiie siècle, Paris, la Renaissance du livre, 1933.

Charles Camproux(Lire de Philippe Martel : Charles Camproux, un non-conformiste des années 1930)

Louis Xavier de Ricard L'Esprit politique de la Réforme., Paris, Fischbacher, 1893.

Félibres rouges et « l’escolo de Mountségur » Foix, Ed. Jean Gadrat.

Yves Dossat « Les crises de l’inquisition toulousaine, 1233-1273 » Bordeaux, 1959 - « Église et hérésie en France au XIIIe siècle » Variorum, 1982.

Norbert DoatT.###IV de la collection Doat - fonds Doat de la Bibliothèque nationale

Maurice Magre « Le sang de Toulouse » « Le trésor des Albigeois » Ed. Fasquelle

Hans Sôderberg, qui a bénéficié des travaux d’Henri-Charles Puech, a passé en 1959 sa thèse, rédigée en français, sur « La religion des cathares. Etude sur le gnosticisme de la basse antiquité et du Moyen-âge ».

Henri-Charles Puech « Histoire des religions » Ed. Gallimard 1999

J. Duvernoy article « Origène et le berger » et extraits de dépositions des procès verbaux d’inquisition : Prière de Jean Maury in Registre d’inquisition de Jacques Fournier (1318-1325) publié à Toulouse Ed. Privat avec le concours du C.N.R.S.(1965)

Simone Pétrement «Le dieu séparé» -1985.

René Nelli « Ecritures cathares » La Cène secrète : Le Livre des deux principes : Traité cathare : Le Rituel occitan : Le Rituel latin : textes précathares et cathares présentés, traduits et commentés avec une introduction sur les origines et l'esprit du catharisme (1959) (Monaco, éd. du Rocher, 1994. Des Cathares du Languedoc au xiiie siècle, Paris, Hachette, 1969

L’érotique des troubadours, Toulouse, Privat, 1963 (rééd. dans 10/18 - 2 tomes - 1974 ; Privat, 1984)

Le Phénomène cathare - perspectives philosophiques, morales et iconographqiues (1964), Toulouse, Privat, 1988.

Le Roman de Flamenca, un art d'aimer occitanien au xiiie siècle, Toulouse, Institut d'études occitanes, 1966

Fernand Niel « Montségur », «Albigeois et Cathares » Que sais-je ? P.U.F réed. 2010

Ignaz von Döllinger « Beitrage zur Kirchengeschichte“ 1878

Michel de Certeau La Fable mystique : XVIe et xviie siècle, Paris, Ed. Gallimard, 1982 ; rééd. 1995 et Tome 2, à Paris, Gallimard, 2013.

Le Voyage mystique : Michel de Certeau, sous la dir. de Luce Giard, Paris, Recherches de sciences religieuses, 1988.

Raoul Manselli La Religion populaire au Moyen âge : problèmes de méthode et d'histoire, Montréal-Paris, Institut d'études médiévales Albert-le-Grand-J. Vrin, 1975- l’Eresia del male

Antoine Dondaine publication en 1939, sous le patronage de l’Institut historique dominicain, du Livre des deux principes (Liber de duobus principiis)

Arno Borst Les Cathares (= Monumenta Germaniae Historica. Fontes. Vol. 12, ISSN0080-6951). Hana, Stuttgart, 1953 (nombreuses éditions ; en Français : Les Cathares. ) Ed. Payot, Paris, 1984, ISBN 2-228-11421-9).

Christine Thouzellier Etude : Livre cathare des deux principes Paru en février 1988) et Etude : Rituel cathare Paru en février 1987

Franjo Šanjek Les chrétiens bosniaques et le mouvement cathare au moyen, Paris-Louvain 1976

AnnieCazenavehttps://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/correspondances-15-heloise-et-abelard-rediffusion

Emmanuel Le Roy Ladurie Montaillou village occitan, de 1294 à 1324.

Paris. Ed. Gallimard, 1975. In-8°. (Bibliothèque des histoires.)

Michel Roquebert Citadelles du Vertige - photographies de Christian Soula. (Toulouse, Imprimerie Régionale, 1966. Réédition par les Éditions Privat en 1972)

l’Epopée cathare ( 1970-1998),Réédition intégrale, r***e et augmentée, de L’Épopée cathare en 5 volumes (Paris, Perrin, Collection Tempus).

Les cathares devant l’Histoire , L’Hydre 2005 article (p.105-153)

Les Figures du catharisme Ed. Perrin 2018

Arnaud de Bretos Deposició d’Arnau de Bretós, veí de Berga acusat d’heretgia, davant l’inquisidor Ferrer de VilarojaData:12 de maig de 1244 ciutadella de Montsegurhttp://www.alturgell.cat/deposicio-d%E2%80%99arnau-de-bretos-vei-de-berga-acusat-d%E2%80%99heretgia-davant-l%E2%80%99inquisidor-ferrer-de-vilaroja

Joë Bousquet, Les Cahiers du Sud (1914-1966) « Le génie d’Oc et l’homme méditerranéen »

Marie Humbert Vicaire, Etienne Delaruelle, les Cahiers de Fanjeaux

Raffaello Morghen 1968 - colloque dirigé par Jacques Le Goff à Royaumont sur « Hérésie et société dans l’Europe pré-industrielle »

Yves Rouquette Cathares. Toulouse, éditions Loubatières, 1991

Claude Marti Montségur ! (Ventadorn) Terres Cathares (chemin faisant), illustrations de Paul Moscovino, 2007, Études & Communication Éditions

Centre d’Etudes cathares/René Nelli1998 in 7éme colloque « Catharisme, l’édifice imaginaire »

Stellio LorenziLes Cathares1965 France-Télévision in

« La caméra explore le temps » de Stellio Lorenzi André Castelot et Alain Decaux

G.Zanella https://fr.wikipedia.org/wiki/Giacomo_Zanella

Raimon de Penyafort Manuel de l’inquisiteur - Summa juris canonici (1221)

Nicolas Eymerich Manuel de l’inquisiteur Directoire des Inquisiteurs (Directorium Inquisitorum), adapté par Francisco Peña en 1578 et partiellement publié en français sous le titre de Manuel des Inquisiteurs, manuel juridique dans lequel il explique l'origine, les droits et les procédés de l'Inquisition.

Bernard Gui Manuel de l’inquisiteur - Practica Inquisitionis hreticae pravitatis, rédigé entre 1319 et 1323. - Liber sententiarum (Livre des sentences) recueille les actes de 11 sermons généraux (appelés sermo generalis) et ses 916 décisions de justice prises, pendant son mandat d'inquisiteur à Toulouse, contre 636 personnes (décisions individuelles ou concernant toute une communauté)

Giacomo Zanella (né le 9 septembre 1820 à Chiampo, dans l'actuelle province de Vicence, en Vénétie - mort le 17 mai 1888 à Cavazzale, un hameau sur le territoire de la commune de Monticello Conte Otto) était un écrivain italien et prêtre du XIXe siècle, poète, universitaire, professeur de...

Adresse

Montségur

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque Les rencontres de Montsegur publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Contacter L’organisation

Envoyer un message à Les rencontres de Montsegur:

Partager