VIS TES REVES

VIS TES REVES C'est l’histoire de Fabrice qui va faire un grand tour en vélo car il ne peut pas donner sa moelle et

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Ce soir, je déambule dans les rues de Rabat. Je profite de cette ambiance joyeuse. Les familles se réunissent, les adole...
11/06/2026

Ce soir, je déambule dans les rues de Rabat. Je profite de cette ambiance joyeuse. Les familles se réunissent, les adolescents rient ensemble dans l’insouciance de leur âge.

Je marche lentement, heureux et mélancolique.

Alors, c’est là que s’arrête mon voyage ?

Je revisite ces dernières semaines sans encore oser penser à d’autres projets. Je laisse cette saveur m’infuser tranquillement, ce sentiment d’accomplissement personnel.

Les mois de doute rendent aujourd’hui cette réussite encore plus précieuse. Dans la poussière du chemin, je me suis forgé. Au gré des rencontres, j’ai appris à aimer davantage, à découvrir à travers les autres une forme simple et universelle du bonheur.

Trois mille kilomètres.

Le vent de Tarifa, la canicule vers Kénitra, quelques soucis gastriques, une irritation mal placée qui m’aura accompagné quinze jours, et quelques kilos abandonnés le long de la route.

Mais ce ne sont pas ces difficultés que je retiendrai.

Je retiendrai les paysages, parfois arides mais toujours habités. Je retiendrai surtout l’accueil que m’a offert le peuple marocain.

Cette année, mon regard a changé.

J’ai appris à ralentir. À sourire. À aller vers les enfants qui m’interpellaient au bord des routes. Ils ne m’ont jamais agressé. Au contraire.

Chaque jour, on m’a offert quelque chose.

Un café parce que je n’avais pas de monnaie. Une bouteille d’eau tendue à travers la vitre d’une voiture. De la nourriture. Un échange Instagram. Un sourire.

Mon regard est différent cette année.

Qu’ont-ils vu ?

Un homme seul sur son vélo, dans l’effort et dans l’ouverture.

Certainement pas un touriste.

C’est peut-être toute la différence.

Ce soir, je suis triste parce que le voyage s’arrête.

Demain, je serai heureux de retrouver Anne-Marie.

Durant tous ces mois de doute, elle m’a offert un soutien sans faille. Elle a su croire en ce projet lorsque moi-même je vacillais parfois. Par sa confiance, sa présence et son amour, elle a largement contribué à rendre cette aventure possible.

Nous partagerons ensemble les derniers jours de ce voyage à Rabat.

Puis je retrouverai ma vie quotidienne.

Je retrouverai mon travail, que j’aime partager avec mes collaborateurs. Ils accomplissent tous un travail formidable. Une grande partie de la réussite de ce voyage leur appartient aussi. Je les remercie sincèrement.

Je suis également reconnaissant envers eux de m’avoir permis de partir l’esprit libre. Leur engagement, leur sérieux et leur confiance ont rendu cette aventure possible.

Je suis assis à la terrasse d’un café face à l’océan.

Je savoure une glace.

Une chanson marocaine s’élève doucement. Son refrain semble me parler :

« Je commence seulement maintenant à aimer ma vie,
alors même que je la vois courir devant moi… »

Je comprends alors que ce voyage ne m’a pas seulement conduit jusqu’à Rabat.

Il m’a rapproché de moi-même.

Je terminerai ces lignes par cette phrase de Saint-Exupéry, tirée de Terre des hommes :

« La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres, parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. »

Je me lève.

Et je pars en silence.

Arrivé à Rabat , terme de mon voyage depuis 30 jours
10/06/2026

Arrivé à Rabat , terme de mon voyage depuis 30 jours

09/06/2026
08/06/2026
Je remercie mon hôte pour son accueil. J’ai adoré son omelette berbère servie à mon arrivée hier après-midi, accompagnée...
08/06/2026

Je remercie mon hôte pour son accueil. J’ai adoré son omelette berbère servie à mon arrivée hier après-midi, accompagnée d’une bouteille d’eau. Le tout pour 2,50 €.

En général, je prends un petit-déjeuner copieux : quatre ou cinq œufs, des flocons d’avoine avec de la whey, un yaourt, une banane et un msemen. Puis, pendant le trajet, je grignote des bananes, du pain, du saucisson maison et toutes sortes de cochonneries sucrées que l’on trouve à profusion dans les petites épiceries le long de la route. Cela me fournit la dose de sucre dont j’ai besoin.

Dans mes trois bidons, il y a des électrolytes, indispensables sous ces chaleurs. J’emporte également deux ou trois bouteilles supplémentaires de cinquante centilitres. À l’arrivée, si je le peux, je prends une collation, souvent une omelette. Le soir, c’est un repas copieux à base de glucides et de protéines, accompagné d’un ou deux yaourts, de kéfir et de beaucoup d’eau.

C’est abondant, mais insuffisant pour couvrir mes dépenses énergétiques quotidiennes. Je brûle entre 5 000 et 7 000 calories par jour. Depuis un mois, je suis en déficit calorique permanent.

Je prends ma do**he, me sèche et, devant le miroir, je découvre l’état de maigreur dans lequel je me trouve. Les muscles ont fondu, il ne reste parfois que de la peau qui pend. Je me mets à pleurer. La fatigue accumulée me rend plus sensible, plus vulnérable.

Je savais en partant ce matin que la journée serait difficile. Je suis un peu stressé. Dès les premiers coups de pé**le, à 6 h 15, j’évite de penser à la distance et à la longueur de l’étape.

Je découpe mentalement la journée en deux parties.

La première : soixante-dix kilomètres au milieu des champs de blé. Les hommes et les femmes coupent les épis à la main. Pas une machine à l’horizon. Le sol est composé de schiste ; il détruirait rapidement le matériel agricole moderne. Et puis, vu la pauvreté que je traverse, je suppose qu’il n’existe pas beaucoup d’autres solutions. Partout, des ânes, des mulets, des charrettes et surtout beaucoup de courage.

Leurs encouragements à mon égard me touchent profondément. Pourtant, j’ai souvent envie de leur répondre : ce n’est pas moi le courageux, c’est vous.

La deuxième partie paraît plus simple sur le papier : soixante-quinze kilomètres en ligne droite et l’arrivée.

Mais deux éléments vont me mettre à rude épreuve : une pente constante de 2 à 3 % et un vent du nord de face.

Ce vent m’use. Il pilonne mon moral heure après heure. Aucun répit pendant huit heures de selle. Les légères montées, si faibles qu’elles n’apparaissent même pas sur mon Garmin, n’arrangent rien. Je pioche. Un coup de pé**le après l’autre.

J’avance, mais j’ai l’impression de ne pas avancer.

Même dans les Alpes ou les Pyrénées, lorsqu’on franchit un col, une descente finit toujours par arriver. Aujourd’hui, j’ai le sentiment de grimper sans cesse une pente qui n’en est pas vraiment une. Aucun sommet, aucune récompense, aucun moment où l’on se dit : ça y est, c’est gagné.

Juste le vent.

Et cette route qui semble ne jamais finir.

La chaleur s’invite durant les deux dernières heures. Mon compteur affiche 40 degrés.

Pourquoi je m’inflige cela, diront certains ?

La question, je me la pose parfois moi aussi.

La seule réponse que je trouve est la certitude de vivre une expérience humaine unique. Une introspection profonde. Une quête personnelle qui m’aide à mieux comprendre l’homme que je suis et la vie que je mène au quotidien.

Je ne trouverai pas toutes les réponses. Je ne résoudrai pas toutes les questions que je porte en moi. J’en suis conscient.

Mais je sais déjà que ce voyage me marquera pour toujours par son intensité.

Je sors de ma zone de confort. Je quitte les sentiers battus.

Et surtout, je vis.

Je vis chaque instant intensément, consciemment, avec une présence que je n’avais peut-être jamais connue auparavant.

Les deux jours de repos complet n’ont pas été du luxe. J’étais vraiment très fatigué.Essaouira est sans doute la ville i...
07/06/2026

Les deux jours de repos complet n’ont pas été du luxe. J’étais vraiment très fatigué.

Essaouira est sans doute la ville idéale pour récupérer. Bien sûr, il y a du tourisme, mais l’ambiance reste calme et apaisante. Si je devais la comparer à une ville française, ce serait un peu le Saint-Tropez du Maroc, sans le côté ostentatoire.

Tout est propre, remarquablement entretenu. On y trouve des restaurants pour tous les goûts, des galeries d’art, des artisans de qualité et cette médina fortifiée qui lui donne un charme particulier. Si je devais établir mon classement personnel des villes marocaines, Essaouira serait probablement en première position.

Je m’y suis immédiatement senti à l’aise. Dans les rues, on entend presque autant parler français qu’arabe. Les enseignes des cafés, les restaurants, les écaillers bretons, les crêperies à chaque coin de rue… par moments, on se croirait en Bretagne.

Mon riad est neuf et magnifique. Safia et Mouhamed sont plus qu’adorables. Une attention, un sourire, un mot gentil à chaque instant. Dans l’état de fatigue où je me trouvais, j’ai particulièrement apprécié leur bienveillance.

Ici, les rois sont les surfeurs et les kitesurfeurs. Il faut dire que le vent souffle avec une constance impressionnante. Quarante à quarante-cinq kilomètres par heure toute la journée, et même la nuit il continue de siffler dans les ruelles.

Le littoral atlantique est balayé en permanence par le vent du nord. Même les arbres semblent avoir grandi en se résignant à lui, inclinés dans sa direction.

En étudiant les prévisions météo pour la fin du voyage, le constat est sans appel : jusqu’à Rabat, le vent restera présent. Mon itinéraire initial longeait la côte. Rien que d’y penser, je revoyais déjà les longues heures de lutte contre le vent entre Séville et Tarifa. Je n’ai aucune envie de terminer ce voyage dans cet état d’épuisement.

Il faut changer de plan.

Je décide donc de rentrer dans les terres, en passant près de Marrakech avant de remonter vers Rabat. Le vent sera toujours défavorable, mais annoncé entre 20 et 25 km/h. C’est presque deux fois moins.

Au final, l’itinéraire passe de 450 à près de 600 kilomètres. Sur le papier, cela paraît absurde. Dans la réalité, c’est probablement le meilleur choix. J’ai deux jours d’avance sur mon planning et je préfère accumuler quelques kilomètres supplémentaires plutôt que de passer cinq jours à me battre contre les éléments.

Ce matin, je quitte Essaouira à la nuit noire.

Il est exactement 6 heures.

La journée qui m’attend ne sera pas une partie de plaisir : 130 kilomètres, près de 1 800 mètres de dénivelé positif et du vent de face. Les descentes seront rares.

Je vais traverser seulement deux petits villages. Ensuite, plus rien pendant près de cent kilomètres. Pas de commerces, pas de cafés, pas même un véritable lieu où s’arrêter. Le désert ou presque.

Durant des heures, aucune voiture ne me doublera. Aucune ne me croisera non plus. Pas un arbre pour offrir un peu d’ombre. Seulement quelques buissons rabougris qui résistent tant bien que mal à la chaleur et au vent.

Les températures fraîches de l’Atlas et de l’océan sont désormais derrière moi. La chaleur est revenue.

J’arrive finalement à Chichaoua à 14 h 30.

Huit heures et demie après mon départ.

Les possibilités d’arrêt étaient si rares que j’ai roulé quasiment sans interruption.

Mon hôte m’attend devant la porte avec un grand sourire.

— Fabrice ? Vous allez bien ? Bienvenue chez vous.

Je souris à mon tour.

— Oui, ça va… mais je suis un peu fatigué.

Et surtout, je n’ai presque plus de voix.

Cela m’arrive parfois après un gros effort. L’hyperventilation, l’air chaud et sec, la poussière… mes cordes vocales n’aiment pas ça. Chaque mot sort difficilement.

À cet instant, je mesure surtout l’intensité de cette journée.

Pourquoi 130 kilomètres aujourd’hui ?

Parce qu’il n’y avait rien avant.

Pourquoi 140 kilomètres demain ?

Parce qu’il n’y aura rien avant non plus.

Dans ces régions, je n’ai pas vraiment le choix. Il faut rejoindre les villes où l’on peut dormir, manger et se ravitailler.

Alors, pour deux jours encore, le mode guerrier est de rigueur, même si ce n’est plus celui que je préfère.

Ensuite, le voyage changera de visage.

La route s’orientera progressivement vers Rabat, les étapes deviendront plus faciles et, dans cinq jours, j’atteindrai le terme de cette aventure.

Déjà.

Comme souvent dans les voyages que l’on aime, j’ai parfois l’impression d’être parti hier. 😉😅🚴🏻‍♂️

Taroudant m’a plu. Cette ville est restée authentique, loin du tourisme de masse. Les souks sont de véritables marchés o...
05/06/2026

Taroudant m’a plu. Cette ville est restée authentique, loin du tourisme de masse. Les souks sont de véritables marchés où l’on trouve fruits, légumes, viandes, pâtisseries, quincaillerie et tout ce qui est utile à la vie quotidienne. Ici, pas de babioles ni de « made in China » à chaque coin de rue. La ville vit pour ses habitants avant de vivre pour les touristes.

Ce matin, je prends mon temps. L’étape ne présente pas de difficulté particulière. Je déjeune tranquillement chez mon hôte et, pour la première fois depuis le début du voyage, je donne mes premiers coups de pé**le à 9 h.

La liaison entre Taroudant et Agadir est dense. Voitures, camions, bus, mobylettes… tout défile à vive allure sur ces longues lignes droites.

Une grande première s’invite également à mon voyage : la pluie.

Une légère bruine tombe quelques minutes. Pas de quoi sortir les vêtements de pluie. Elle cesse presque aussitôt après mon départ.

Un peu plus loin, la circulation ralentit. Une voiture est arrêtée au milieu de la route. Des personnes s’agitent autour, téléphone à la main. En arrivant à hauteur, j’aperçois la vitre arrière totalement pulvérisée, avec un trou grand comme un ballon de football en son centre.

Je tourne la tête.

Au sol gît un homme d’une cinquantaine d’années, de forte corpulence. Son polo est couvert de sang. Sa tête est enveloppée dans un tissu lui-même imbibé de sang.

Je poursuis ma route sans m’arrêter. Cette scène me rappelle brutalement les dangers de la route. J’enlève mes AirPods. Je dois rester attentif.

Aujourd’hui, ce sera récupération. Les quatre derniers jours ont été particulièrement éprouvants.

J’apprécie la facilité du parcours au point de surnommer cette étape « le canal du Midi marocain ».

Un coup de klaxon.

Puis un autre.

Puis deux autres, plus insistants.

Un camion me prévient.

Ça ne va pas passer.

J’entends le 40 tonnes arriver derrière moi. En face, deux voitures se croisent. Nous sommes trop nombreux sur la chaussée.

Je plonge immédiatement sur le bas-côté. Une marche d’enrobé d’une vingtaine de centimètres me secoue violemment. Au même instant, le camion passe à moins de trente centimètres de mon épaule.

Ouf.

C’est bon pour cette fois.

Vers midi, j’entre dans la périphérie d’Agadir. Une succession de petits villages apparaît. La pauvreté y est omniprésente. Tout semble recouvert de la même teinte ocre : les routes, les maisons, la poussière et parfois même les visages.

On me regarde comme un extraterrestre.

Pourtant, ce sont surtout des sourires, des pouces levés, des salutations.

Et cela me touche profondément.

Je regarde mon compteur : il reste encore trente kilomètres.

C’est à ce moment-là que tout bascule.

Une fatigue intense s’abat sur moi. Mes trapèzes brûlent. Je n’ai plus de force dans les bras. Les douleurs réapparaissent. Les acouphènes aussi.

Je n’avance plus.

Je suis vidé.

Je termine l’étape en traversant les quartiers les plus huppés d’Agadir. Derrière de grandes barrières gardées, les vigiles lèvent les portails au passage des voitures. Deux mondes qui se côtoient sans vraiment se rencontrer.

Le soir, je m’installe dans une auberge de jeunesse.

Le jeune gérant me conduit jusqu’à ma chambre : moins de dix mètres carrés, pas de fenêtre, deux lits de 90 centimètres côte à côte, avec la cuisine commune juste derrière la porte.

Et pourtant, j’aime l’ambiance.

Cette atmosphère d’auberge espagnole où chacun partage un peu de son histoire, un conseil, un sourire ou un service.

Mais il y a un problème.

Je suis complètement épuisé.

Profondément.

Je m’écroule sur le lit et dors une bonne partie de l’après-midi, incapable de faire quoi que ce soit.

Mon corps m’envoie un signal d’alerte.

Et il est hors de question de ne pas l’écouter.

Comme si cela ne suffisait pas, je découvre que j’ai servi de festin à une colonie de punaises de lit ou à quelque autre bestiole du même genre. Des boutons rouges et extrêmement urticants apparaissent sur les jambes et les coudes.

Ça me gratte terriblement.

Il ne manquait plus que ça.

Je prends alors une décision immédiate.

Demain et après-demain seront consacrés au repos complet.

Un taxi m’emmènera jusqu’à Essaouira.

Je vais offrir à mon corps le repos qu’il mérite.

Depuis trois semaines, il ne m’a jamais abandonné. Il m’a porté sur les routes du Portugal, d’Espagne et du Maroc, dans le vent, la chaleur, les cols et la fatigue.

Aujourd’hui, c’est à mon tour de prendre soin de lui.

Je lui en suis reconnaissant.

Et, pour la première fois depuis le départ, je vais simplement lui dire merci.

Saïd me sert un thé à la menthe à 15 h Suit un tajine aux boulettes puis des fruits de saison.19 h. Soupe de légumes, ta...
03/06/2026

Saïd me sert un thé à la menthe à 15 h Suit un tajine aux boulettes puis des fruits de saison.

19 h. Soupe de légumes, tajine d’agneau aux pruneaux, fruits.

J’avoue que lorsque le tajine du soir est arrivé, je n’avais pas vraiment faim.

J’ai tout mangé.

L’appétit vient en mangeant, dit-on.

Saïd m’interpelle :

— Fabrice, viens, je vais te faire visiter ma maison.

Au rez-de-chaussée, il me montre l’ancienne cuisine où sa mère fait encore le pain dans un four en terre. Je sens une véritable fierté dans sa démonstration. Les gestes sont précis, certainement répétés des centaines de fois au fil des années. L’endroit est sombre. Je m’assois quelques instants. La pièce est complètement enfumée.

Plus de la moitié de la maison est en cours de rénovation. Ici, les choses se font avec le temps. Beaucoup de temps.

Saïd m’emmène ensuite sur le toit. Nous admirons ce paysage préservé, presque inchangé depuis des décennies.

— Fabrice, le tremblement de terre, il y a deux ans, a tout détruit. Il a fallu tout reconstruire.

Dans le village, ( une trentaine de maisons) nous avions une dizaine de vaches. Les animaux sont morts sous les décombres. Il n’en reste plus que deux.

Puis il ajoute :

— J’ai fait une dépression après cet événement. Je ne dors plus la nuit. J’ai peur.

Je ne réponds pas.

Nous nous regardons longuement.

J’ai vu dans ses yeux sa tristesse, sa peur, mais aussi sa détermination à tout reconstruire.

Nous restons un moment côte à côte, dans un silence bienveillant.

Cette face du Maroc, je l’avais déjà vue il y a deux ans. On ne s’y habitue pas. C’est toujours aussi difficile à entendre et à voir.

Je ne dormirai presque pas. La nuit est agitée. Je finis par m’installer dehors sur un canapé. Les crapauds, les chouettes et tous les animaux nocturnes s’en donnent à cœur joie.

4 h 30. L’appel à la prière me réveille définitivement.

Je me lève.

Saïd revient de la mosquée et me prépare le petit-déjeuner : omelette berbère, olives, beurre, pain et confiture.

Avant de partir, je lui souhaite de prendre soin de lui et de réussir son projet.

Une belle rencontre, Saïd.

5 h 50. Je donne mes premiers coups de pé**le. Il fait à peine jour.

Mon moment préféré.

34 kilomètres.

C’est la distance qui me sépare du sommet du col du Tizi n’Test, perché à 2 180 mètres d’altitude.

Il me faudra beaucoup d’énergie. La route n’est qu’une succession de cailloux et de terre compactée.

Les pelles mécaniques s’affairent à démonter la montagne pour élargir la route et faciliter un jour l’accès au col.

Au sommet, je m’arrête pour boire un café.

Le gérant m’explique que la route a été refaite sur dix kilomètres et qu’ensuite il ne reste « que » vingt kilomètres de travaux.

Paroles de Marocain…

La réalité sera un peu différente : cinq kilomètres de route parfaite et près de trente kilomètres de cailloux, de terre et de pistes défoncées.

La descente m’épuise et me détruit les trapèzes.

Debout sur les pé**les, les mains crispées sur les freins en permanence.

J’ai pesté un bon nombre de fois.

Malgré cela, les 135 kilomètres qui me conduisent jusqu’à Taroudant me plaisent.

Je jette un dernier regard derrière moi.

Je quitte les montagnes de l’Atlas avec une pointe de nostalgie.

Elles m’en ont fait voir de toutes les couleurs.

Mais quel terrain d’aventure !

Dans la difficulté, je me construis. J’éprouve de la fierté et ce petit sentiment d’aventure qui donne tant de saveur au voyage.

Taroudant me plaît dès le premier regard.

Je m’y sens immédiatement bien.

Ses immenses remparts sont magnifiques. Je reste toujours admiratif devant ces vestiges du passé qui traversent les siècles.

L’accueil que me réserve la gérante est adorable. Elle multiplie les attentions pour que je me sente bien.

Taroudant, la petite sœur de Marrakech, m’a immédiatement envoûté.

Il est 6 h, Marrakech s’éveille…Il est 6 h, Marrakech s’éveille.À la terrasse du seul café ouvert de la place Jemaa el-F...
02/06/2026

Il est 6 h, Marrakech s’éveille…

Il est 6 h, Marrakech s’éveille.

À la terrasse du seul café ouvert de la place Jemaa el-Fna, j’ai en tête la chanson de Dutronc. La place est vide. Seuls les agents municipaux sont déjà à l’œuvre, armés de leurs balais de paille pour effacer les traces de la nuit.

Je bois un café noir, règle les 13 dirhams — soit le double d’ailleurs — et profite de cet instant suspendu. Je suis seul. Le jour se lève à peine, il fait 20 degrés, et la route devant moi s’ouvre sur une lumière spectaculaire. Face à moi, les montagnes de l’Atlas se dessinent peu à peu. On devine encore quelques sommets enneigés. Le contraste entre les palmiers et ces cimes blanches est magnifique.

Trente-cinq kilomètres plus loin, j’arrive dans un village plutôt joli. Le GPS m’annonce la première montée des douze à venir.

Pourtant, j’ai déjà avalé près de 500 mètres de dénivelé positif. Ce long faux plat qui n’en est pas un m’a fait grimper tranquillement à près de 3 % de moyenne.

Je suis à la fois excité, ému et humble. L’Atlas est une montagne qui se respecte. Ses montées sont longues, exigeantes et souvent torrides.

De village en village, la progression est agréable. Tout est plus vert que je ne l’imaginais et un oued accompagne la route, apportant un peu de fraîcheur à cette lente ascension.

Je m’arrête prendre un café à une petite carriole installée au bord de la route, comme on en trouve parfois le long des grands axes.

J’ai toujours apprécié leur accueil chaleureux. Et leur café est souvent excellent.

Nous discutons quelques minutes. Une photo, un échange d’Instagram, puis il me demande :

— Tu as du pain ?

Je lui fais signe que non.

— Bouge pas !

Deux minutes plus t**d, il revient avec un pain encore chaud, soigneusement emballé dans du papier.

— Tiens, c’est cadeau. Bonne route à toi.

Inch’Allah.

Marrakech est désormais loin derrière moi. Je retrouve l’accueil simple et généreux du Maroc rural. Ça fait du bien.

Mon gîte se situe au pied du col, mais avant d’y arriver, il m’a fallu parcourir une trentaine de kilomètres sur une route défoncée par les éboulements et les nombreux travaux de réparation.

Quarante et un degrés sur les contreforts sud. Il commence sérieusement à faire chaud.

Parfois, je dois attendre quinze minutes en plein soleil que les pelles mécaniques terminent de dégager la chaussée. À chaque arrêt s’engagent des discussions avec les ouvriers des travaux publics, toujours curieux de voir passer un cycliste chargé de sacoches.

Ces paysages minéraux me rappellent certains versants du Ventoux, avec ce côté lunaire et aride.

J’ai chaud. Très chaud.

À 13 h 30, j’arrive enfin au gîte.

L’accueil est incroyable : thé à la menthe, petits gâteaux, puis un délicieux tajine aux boulettes accompagné d’un melon jaune bien frais.

La chambre est un dortoir partagé. Une autre voyageuse arrive dans l’après-midi. Elle vient de République dominicaine et voyage seule depuis deux ans.

Vingt-cinq ans à peine.

Elle dormira dans une chambre à part… pour ceux qui commencent déjà à se faire un film.

Demain matin, départ à 6 h.

Au programme : 35 kilomètres de montée avant une longue descente vers Taroudant, « la petite sœur de Marrakech », comme aiment l’appeler les Marocains.

Au total : 135 kilomètres et 2 000 mètres de dénivelé positif.

Ça va piquer.

Mais bon… quand on aime, on ne compte pas.

Enfin c’est ce que l’on raconte 😅

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