03/06/2026
Saïd me sert un thé à la menthe à 15 h Suit un tajine aux boulettes puis des fruits de saison.
19 h. Soupe de légumes, tajine d’agneau aux pruneaux, fruits.
J’avoue que lorsque le tajine du soir est arrivé, je n’avais pas vraiment faim.
J’ai tout mangé.
L’appétit vient en mangeant, dit-on.
Saïd m’interpelle :
— Fabrice, viens, je vais te faire visiter ma maison.
Au rez-de-chaussée, il me montre l’ancienne cuisine où sa mère fait encore le pain dans un four en terre. Je sens une véritable fierté dans sa démonstration. Les gestes sont précis, certainement répétés des centaines de fois au fil des années. L’endroit est sombre. Je m’assois quelques instants. La pièce est complètement enfumée.
Plus de la moitié de la maison est en cours de rénovation. Ici, les choses se font avec le temps. Beaucoup de temps.
Saïd m’emmène ensuite sur le toit. Nous admirons ce paysage préservé, presque inchangé depuis des décennies.
— Fabrice, le tremblement de terre, il y a deux ans, a tout détruit. Il a fallu tout reconstruire.
Dans le village, ( une trentaine de maisons) nous avions une dizaine de vaches. Les animaux sont morts sous les décombres. Il n’en reste plus que deux.
Puis il ajoute :
— J’ai fait une dépression après cet événement. Je ne dors plus la nuit. J’ai peur.
Je ne réponds pas.
Nous nous regardons longuement.
J’ai vu dans ses yeux sa tristesse, sa peur, mais aussi sa détermination à tout reconstruire.
Nous restons un moment côte à côte, dans un silence bienveillant.
Cette face du Maroc, je l’avais déjà vue il y a deux ans. On ne s’y habitue pas. C’est toujours aussi difficile à entendre et à voir.
Je ne dormirai presque pas. La nuit est agitée. Je finis par m’installer dehors sur un canapé. Les crapauds, les chouettes et tous les animaux nocturnes s’en donnent à cœur joie.
4 h 30. L’appel à la prière me réveille définitivement.
Je me lève.
Saïd revient de la mosquée et me prépare le petit-déjeuner : omelette berbère, olives, beurre, pain et confiture.
Avant de partir, je lui souhaite de prendre soin de lui et de réussir son projet.
Une belle rencontre, Saïd.
5 h 50. Je donne mes premiers coups de pé**le. Il fait à peine jour.
Mon moment préféré.
34 kilomètres.
C’est la distance qui me sépare du sommet du col du Tizi n’Test, perché à 2 180 mètres d’altitude.
Il me faudra beaucoup d’énergie. La route n’est qu’une succession de cailloux et de terre compactée.
Les pelles mécaniques s’affairent à démonter la montagne pour élargir la route et faciliter un jour l’accès au col.
Au sommet, je m’arrête pour boire un café.
Le gérant m’explique que la route a été refaite sur dix kilomètres et qu’ensuite il ne reste « que » vingt kilomètres de travaux.
Paroles de Marocain…
La réalité sera un peu différente : cinq kilomètres de route parfaite et près de trente kilomètres de cailloux, de terre et de pistes défoncées.
La descente m’épuise et me détruit les trapèzes.
Debout sur les pé**les, les mains crispées sur les freins en permanence.
J’ai pesté un bon nombre de fois.
Malgré cela, les 135 kilomètres qui me conduisent jusqu’à Taroudant me plaisent.
Je jette un dernier regard derrière moi.
Je quitte les montagnes de l’Atlas avec une pointe de nostalgie.
Elles m’en ont fait voir de toutes les couleurs.
Mais quel terrain d’aventure !
Dans la difficulté, je me construis. J’éprouve de la fierté et ce petit sentiment d’aventure qui donne tant de saveur au voyage.
Taroudant me plaît dès le premier regard.
Je m’y sens immédiatement bien.
Ses immenses remparts sont magnifiques. Je reste toujours admiratif devant ces vestiges du passé qui traversent les siècles.
L’accueil que me réserve la gérante est adorable. Elle multiplie les attentions pour que je me sente bien.
Taroudant, la petite sœur de Marrakech, m’a immédiatement envoûté.