VIS TES REVES

VIS TES REVES C'est l’histoire de Fabrice qui va faire un grand tour en vélo car il ne peut pas donner sa moelle et

Participez à la réalisation du rêve de Claire et Antoine : https://www.helloasso.com/associations/vis-tes-reves-82/formulaires/1

Saïd me sert un thé à la menthe à 15 h Suit un tajine aux boulettes puis des fruits de saison.19 h. Soupe de légumes, ta...
03/06/2026

Saïd me sert un thé à la menthe à 15 h Suit un tajine aux boulettes puis des fruits de saison.

19 h. Soupe de légumes, tajine d’agneau aux pruneaux, fruits.

J’avoue que lorsque le tajine du soir est arrivé, je n’avais pas vraiment faim.

J’ai tout mangé.

L’appétit vient en mangeant, dit-on.

Saïd m’interpelle :

— Fabrice, viens, je vais te faire visiter ma maison.

Au rez-de-chaussée, il me montre l’ancienne cuisine où sa mère fait encore le pain dans un four en terre. Je sens une véritable fierté dans sa démonstration. Les gestes sont précis, certainement répétés des centaines de fois au fil des années. L’endroit est sombre. Je m’assois quelques instants. La pièce est complètement enfumée.

Plus de la moitié de la maison est en cours de rénovation. Ici, les choses se font avec le temps. Beaucoup de temps.

Saïd m’emmène ensuite sur le toit. Nous admirons ce paysage préservé, presque inchangé depuis des décennies.

— Fabrice, le tremblement de terre, il y a deux ans, a tout détruit. Il a fallu tout reconstruire.

Dans le village, ( une trentaine de maisons) nous avions une dizaine de vaches. Les animaux sont morts sous les décombres. Il n’en reste plus que deux.

Puis il ajoute :

— J’ai fait une dépression après cet événement. Je ne dors plus la nuit. J’ai peur.

Je ne réponds pas.

Nous nous regardons longuement.

J’ai vu dans ses yeux sa tristesse, sa peur, mais aussi sa détermination à tout reconstruire.

Nous restons un moment côte à côte, dans un silence bienveillant.

Cette face du Maroc, je l’avais déjà vue il y a deux ans. On ne s’y habitue pas. C’est toujours aussi difficile à entendre et à voir.

Je ne dormirai presque pas. La nuit est agitée. Je finis par m’installer dehors sur un canapé. Les crapauds, les chouettes et tous les animaux nocturnes s’en donnent à cœur joie.

4 h 30. L’appel à la prière me réveille définitivement.

Je me lève.

Saïd revient de la mosquée et me prépare le petit-déjeuner : omelette berbère, olives, beurre, pain et confiture.

Avant de partir, je lui souhaite de prendre soin de lui et de réussir son projet.

Une belle rencontre, Saïd.

5 h 50. Je donne mes premiers coups de pé**le. Il fait à peine jour.

Mon moment préféré.

34 kilomètres.

C’est la distance qui me sépare du sommet du col du Tizi n’Test, perché à 2 180 mètres d’altitude.

Il me faudra beaucoup d’énergie. La route n’est qu’une succession de cailloux et de terre compactée.

Les pelles mécaniques s’affairent à démonter la montagne pour élargir la route et faciliter un jour l’accès au col.

Au sommet, je m’arrête pour boire un café.

Le gérant m’explique que la route a été refaite sur dix kilomètres et qu’ensuite il ne reste « que » vingt kilomètres de travaux.

Paroles de Marocain…

La réalité sera un peu différente : cinq kilomètres de route parfaite et près de trente kilomètres de cailloux, de terre et de pistes défoncées.

La descente m’épuise et me détruit les trapèzes.

Debout sur les pé**les, les mains crispées sur les freins en permanence.

J’ai pesté un bon nombre de fois.

Malgré cela, les 135 kilomètres qui me conduisent jusqu’à Taroudant me plaisent.

Je jette un dernier regard derrière moi.

Je quitte les montagnes de l’Atlas avec une pointe de nostalgie.

Elles m’en ont fait voir de toutes les couleurs.

Mais quel terrain d’aventure !

Dans la difficulté, je me construis. J’éprouve de la fierté et ce petit sentiment d’aventure qui donne tant de saveur au voyage.

Taroudant me plaît dès le premier regard.

Je m’y sens immédiatement bien.

Ses immenses remparts sont magnifiques. Je reste toujours admiratif devant ces vestiges du passé qui traversent les siècles.

L’accueil que me réserve la gérante est adorable. Elle multiplie les attentions pour que je me sente bien.

Taroudant, la petite sœur de Marrakech, m’a immédiatement envoûté.

Il est 6 h, Marrakech s’éveille…Il est 6 h, Marrakech s’éveille.À la terrasse du seul café ouvert de la place Jemaa el-F...
02/06/2026

Il est 6 h, Marrakech s’éveille…

Il est 6 h, Marrakech s’éveille.

À la terrasse du seul café ouvert de la place Jemaa el-Fna, j’ai en tête la chanson de Dutronc. La place est vide. Seuls les agents municipaux sont déjà à l’œuvre, armés de leurs balais de paille pour effacer les traces de la nuit.

Je bois un café noir, règle les 13 dirhams — soit le double d’ailleurs — et profite de cet instant suspendu. Je suis seul. Le jour se lève à peine, il fait 20 degrés, et la route devant moi s’ouvre sur une lumière spectaculaire. Face à moi, les montagnes de l’Atlas se dessinent peu à peu. On devine encore quelques sommets enneigés. Le contraste entre les palmiers et ces cimes blanches est magnifique.

Trente-cinq kilomètres plus loin, j’arrive dans un village plutôt joli. Le GPS m’annonce la première montée des douze à venir.

Pourtant, j’ai déjà avalé près de 500 mètres de dénivelé positif. Ce long faux plat qui n’en est pas un m’a fait grimper tranquillement à près de 3 % de moyenne.

Je suis à la fois excité, ému et humble. L’Atlas est une montagne qui se respecte. Ses montées sont longues, exigeantes et souvent torrides.

De village en village, la progression est agréable. Tout est plus vert que je ne l’imaginais et un oued accompagne la route, apportant un peu de fraîcheur à cette lente ascension.

Je m’arrête prendre un café à une petite carriole installée au bord de la route, comme on en trouve parfois le long des grands axes.

J’ai toujours apprécié leur accueil chaleureux. Et leur café est souvent excellent.

Nous discutons quelques minutes. Une photo, un échange d’Instagram, puis il me demande :

— Tu as du pain ?

Je lui fais signe que non.

— Bouge pas !

Deux minutes plus t**d, il revient avec un pain encore chaud, soigneusement emballé dans du papier.

— Tiens, c’est cadeau. Bonne route à toi.

Inch’Allah.

Marrakech est désormais loin derrière moi. Je retrouve l’accueil simple et généreux du Maroc rural. Ça fait du bien.

Mon gîte se situe au pied du col, mais avant d’y arriver, il m’a fallu parcourir une trentaine de kilomètres sur une route défoncée par les éboulements et les nombreux travaux de réparation.

Quarante et un degrés sur les contreforts sud. Il commence sérieusement à faire chaud.

Parfois, je dois attendre quinze minutes en plein soleil que les pelles mécaniques terminent de dégager la chaussée. À chaque arrêt s’engagent des discussions avec les ouvriers des travaux publics, toujours curieux de voir passer un cycliste chargé de sacoches.

Ces paysages minéraux me rappellent certains versants du Ventoux, avec ce côté lunaire et aride.

J’ai chaud. Très chaud.

À 13 h 30, j’arrive enfin au gîte.

L’accueil est incroyable : thé à la menthe, petits gâteaux, puis un délicieux tajine aux boulettes accompagné d’un melon jaune bien frais.

La chambre est un dortoir partagé. Une autre voyageuse arrive dans l’après-midi. Elle vient de République dominicaine et voyage seule depuis deux ans.

Vingt-cinq ans à peine.

Elle dormira dans une chambre à part… pour ceux qui commencent déjà à se faire un film.

Demain matin, départ à 6 h.

Au programme : 35 kilomètres de montée avant une longue descente vers Taroudant, « la petite sœur de Marrakech », comme aiment l’appeler les Marocains.

Au total : 135 kilomètres et 2 000 mètres de dénivelé positif.

Ça va piquer.

Mais bon… quand on aime, on ne compte pas.

Enfin c’est ce que l’on raconte 😅

Cela fait bientôt trois semaines que je suis parti. Mon esprit se libère, mon corps retrouve ses sensations. L’EBV est d...
01/06/2026

Cela fait bientôt trois semaines que je suis parti. Mon esprit se libère, mon corps retrouve ses sensations. L’EBV est derrière moi. Je n’y pense plus, je n’ai plus aucun symptôme.

Il y a exactement six mois apparaissaient les premiers signes. Mon corps m’envoyait un message biologique très clair : quelque chose me pesait.

Pendant cinq mois et demi, ce fut la galère. Fatigue intense, maux de tête, courbatures, sensation de fièvre, acouphènes… J’en ai bavé.

Cinq mois et demi durant lesquels j’ai tout essayé : ostéopathe, kinésiologue, acupuncture, plantes chinoises… Et surtout cette impression permanente que je ne m’en sortirais jamais.

Trois semaines de voyage, et plus aucun symptôme.

Pourtant, tous les diplômés de la faculté de médecine des réseaux sociaux me l’affirmaient avec certitude :

— Tu fais trop de sport !

Merci pour vos conseils.

Sept heures de vélo par jour depuis trois semaines… Je n’en dirai pas plus.

L’étape pour rejoindre Marrakech s’est montrée particulièrement agréable. Pas de vent, pas de chaleur excessive avant l’arrivée en ville. Une longue ligne droite de 100 kilomètres, une large bande cyclable, les AirPods dans les oreilles, la musique que j’aime. Je chante, je siffle…

Le bonheur au bout du guidon.

Marrakech, la ville la plus occidentale de l’Orient. Une ville où l’on croise parfois davantage d’Européens que de Marocains.

Une ville où l’accueil berbère et musulman, si chaleureux ailleurs, semble bien loin. Je retrouve ici l’ivresse du business, l’agitation permanente, le bruit et les odeurs d’échappement.

Marrakech me fatigue. Trop de monde, trop de contrastes.

Tout y est trois fois plus cher qu’ailleurs. À quelques dirhams près, les prix sont désormais les mêmes que chez nous.

Au riad, l’accueil est exécrable. Il a fallu que je me dispute avec le gérant pour pouvoir rentrer mon vélo. Il me conseillait de le laisser dans un parking à vélos situé trois cents mètres plus loin, en pleine rue.

J’ai fini par lui dire :

— Si le vélo ne rentre pas, moi non plus. Je vais voir ailleurs.

Sur un ton ferme. Très ferme.

Hier encore, dans les montagnes, je buvais un café noir dans le petit bistrot d’un village perdu. Un vieil homme voulait me l’offrir parce que je n’avais pas la monnaie.

Deux mondes.

Les 38 degrés à l’ombre sont étouffants. Impossible de bouger l’après-midi. Mon organisme est mis à rude épreuve.

Ce matin, visite de Marrakech à vélo, dégustation de quelques plats locaux, puis repos à l’ombre et au frais dans le riad.

Je découvre aussi une autre facette de ce voyage : la solitude.

Elle n’est pas permanente. Souvent même, j’apprécie ces longues heures seul sur mon vélo, perdu au milieu de paysages immenses. Mais il y a parfois des moments plus difficiles.

Anne-Marie me manque.

Le soir, lorsque l’étape est terminée, que le vélo est rangé et que le silence revient, je pense à elle. Un message, une photo ou quelques minutes au téléphone suffisent souvent à me redonner le sourire, mais sa présence me manque.

Voyager à vélo procure un extraordinaire sentiment de liberté. Chaque matin, je pars où je veux, à mon rythme. Je suis seul maître de mon itinéraire.

Mais cette liberté a son revers.

Le voyageur à vélo est aussi fragile. Fragile face à la fatigue, à la chaleur, aux imprévus, aux petits soucis du quotidien. Fragile également face aux émotions.

Loin de ceux que l’on aime, tout est parfois ressenti plus intensément.

Peut-être est-ce aussi pour cela que ce voyage me transforme autant. Il me rappelle à quel point l’aventure est belle, mais aussi à quel point certaines personnes sont essentielles à notre équilibre.

Car demain est un jour important.

La montée du col du Tizi n’Test.

Le clou de mon voyage.

2 100 mètres d’altitude. Direction Taroudant. Au total, 230 kilomètres et 4 000 mètres de dénivelé positif sur deux jours. Les deux journées les plus sportives de cette aventure.

Et dire qu’il y a trois semaines, je me demandais encore si j’allais récupérer après avoir monté cinq ponts d’autoroute…

Je m’arrêterai à une centaine de kilomètres de Marrakech dans un gîte berbère où une famille propose le couvert et le logement. De toute façon, il n’y a rien d’autre dans le secteur.

Demain matin, départ très tôt. À 6 h 10, il fera tout juste jour, mais je profiterai encore longtemps de la fraîcheur matinale.

Une bonne partie de la route ne sera pas goudronnée.

Gravel obligatoire.

Je trépigne d’impatience.

6 h 20, 17 degrés, personne dans les rues. C’est le moment de la journée que je préfère. Cette fraîcheur, ce calme.Un ca...
30/05/2026

6 h 20, 17 degrés, personne dans les rues. C’est le moment de la journée que je préfère. Cette fraîcheur, ce calme.

Un café est déjà ouvert. Je demande s’il sert. Un petit noir, sans lait ni sucre. Il est excellent.

Le long de cette large route rectiligne, mon esprit se laisse gagner par la mélancolie. Le départ du matin est souvent un moment où je suis plus fragile moralement. Je pense à ma famille, à ma femme, à mes enfants, à mes collaborateurs au travail.

Puis, au bout de 30 kilomètres, arrive la première montée.

Le GPS annonce 14 kilomètres à 8 % de moyenne. Sauf que cela fait déjà deux kilomètres que je grimpe à 3 %. Et ça, ce n’est jamais bon signe…

Je sors d’un village et les pourcentages s’envolent. 12 %, puis 13 %, puis 15 %, puis 17 % !

Les kilomètres défilent et la pente ne redescend pratiquement jamais sous les 13 %. Certaines portions de 500 mètres affichent même 19 %.

Je progresse à 6 km/h, parfois 5 km/h, rarement davantage. La roue avant flotte. Lorsque je me mets en danseuse, la roue arrière patine.

Il me faudra 1 h 30 pour venir à bout de ce premier col.

Il m’a rincé ! J’ai pesté, juré et râlé après chaque virage où j’étais persuadé que la pente allait enfin s’adoucir.

Au sommet, place aux photos. Deux jeunes en moto m’interpellent. Photo de l’un, photo de moi, puis échange de nos comptes Instagram.

La descente est agréable. La route s’adoucit enfin et reste en bon état. Je prends de la vitesse, cheveux au vent !

Bon, en ce qui me concerne, c’est plutôt le cuir chevelu qui profite de l’aération.

Rapidement, le deuxième col se présente. Dix kilomètres seulement…

Je vais faire court : c’est pire.

Pendant 1 h 20, je grimpe presque exclusivement en danseuse et je bats même mon record personnel : 4 km/h !

Six heures trente après mon départ, j’arrive enfin à Ouzoud, célèbre pour ses cascades.

Une agitation incroyable règne dans ce petit bled. Ça sent l’attrape-touristes à plein nez. Un jeune garçon tente même discrètement de glisser la main dans ma sacoche avant. Mon regard suffit à le dissuader. L’ambiance ne me plaît pas vraiment.

Je m’arrête tout de même pour manger deux msemen au miel accompagnés d’un thé à la menthe. J’adore ça.

Mon hébergement n’est plus qu’à 2,8 kilomètres.

Enfin… à un détail près : ça monte tout le long.

Un dernier cadeau de la journée.

Mais cela en vaut largement la peine. L’endroit est magnifique, décoré dans la plus pure tradition berbère. Chaux, terre et paille se mêlent harmonieusement. Piscine, confort, calme : tout ce qu’il faut pour détendre et réparer mon pauvre corps malmené.

Je ne bougerai plus d’ici ce soir.

Au menu : salade marocaine, tajine et salade de fruits.

Parfait.

Demain, direction Marrakech. Seulement 160 kilomètres pour y parvenir.

Et une petite copine m’attend bien sagement : la canicule.

39 degrés annoncés pour les deux prochains jours.

L’Atlas va me livrer tous ses atouts : paysages uniques, isolement, générosité et accueil.Je m’adapte à ces chaleurs et ...
29/05/2026

L’Atlas va me livrer tous ses atouts : paysages uniques, isolement, générosité et accueil.

Je m’adapte à ces chaleurs et décide de partir au lever du jour. À 6 h 20, je donne mes premiers coups de pé**le. Il fait 18 degrés et, pendant deux à trois heures, personne à l’horizon.

Je prends un plaisir intense à rouler dans ces conditions. Le soleil levant offre aux paysages montagneux des lumières exceptionnelles. Le mélange du vert, des teintes rouille et du bleu indigo du ciel donne envie de tout photographier. Le silence m’apaise. Mon système nerveux me remercie.

Depuis Azrou, je roule ainsi chaque matin.

Je vais pour la première fois emprunter des chemins. Au moins vingt kilomètres de sentiers caillouteux qui m’obligent à une attention permanente. C’est magnifique, mais très énergivore.

Les oueds sont bordés de lauriers roses en fleurs et l’eau y coule encore… pour combien de temps ?

Ces conditions me permettent de me rencontrer davantage moi-même, mais aussi de faire des rencontres.

À 9 h 30, pause casse-croûte. Un banc à l’ombre d’un chêne vert semble m’attendre. Parfait pour me restaurer.

Deux hommes en mobylette arrivent et s’arrêtent.

— Salam.
— Salam.

— Tu vas bien ?
— Oui, et vous ?

Je m’avance vers eux et leur offre quelques kiwis séchés.

L’un des deux hommes fume une drôle de pipe en bambou.

Je lui demande ce qu’il y a dedans.

Les deux hommes éclatent de rire et m’expliquent que le cannabis pousse bien au Maroc. Il sort un petit sac plastique rempli d’herbe séchée et recharge fréquemment sa minuscule pipe.

Ils me demandent d’où j’arrive et semblent très étonnés par ma réponse.

— Inch’Allah.

Je continue ma route.

Deux heures plus t**d, le long d’une nationale monotone, deux jeunes cyclistes m’abordent.

— Salam !

Immédiatement, ils me proposent de nous arrêter boire un café. Nous échangeons nos comptes Instagram. Ils m’offrent le café, une bouteille d’eau et deux paquets de gâteaux. Nous roulerons une heure ensemble.

À 13 h 30, j’arrive chez mon hôte à Beni Mellal.

Un homme d’une quarantaine d’années, sec, avec un bandeau noir sur un œil.

Son visage est doux. Sa parole aussi. Il transpire la gentillesse.

Nous nous asseyons côte à côte sur un petit sofa. Il m’explique qu’il est diabétique et qu’il a perdu la vue de cet œil.

— Fabrice, cette météo n’est pas normale. On a bousculé la planète. Plus rien ne fonctionne normalement.

Ici aussi, les habitants sont choqués par la précocité de cette canicule.

Je m’installe, me do**he, puis j’entends une notification sur mon téléphone :

« Fabrice, c’est encore l’Aïd. Tu ne trouveras rien pour manger. À 19 heures, je t’apporte le repas. »

La veille, j’en avais fait les frais. Aucun restaurant ouvert. Seulement de quoi boire. J’avais terminé par un repas gastronomique maison : pâtes au thon et sauce tomate. Efficace, sans prétention.

Que penser de tous ces moments spontanés ?

Où voit-on cela chez nous ?

Cette entraide naturelle, cette solidarité communautaire qui semble aller de soi dans ces pays ?

Je n’en dirai pas plus.

Deux jours après l’Aïd, une odeur de putréfaction flotte partout. Dans les villages, les peaux abandonnées à chaque coin de rue renvoient l’odeur de la mort des six millions de moutons sacrifiés au Maroc.

C’est aussi cela, le Maroc.

Demain, je serai aux sources et aux cascades d’Ouzoud, chez l’habitant.

Une nouvelle expérience à découvrir.

Il me t**de déjà

⸻La nuit dans le riad s’est montrée particulièrement difficile.Vers 23 h, un groupe de cinq Chinois débarque. Ils parlen...
27/05/2026



La nuit dans le riad s’est montrée particulièrement difficile.
Vers 23 h, un groupe de cinq Chinois débarque. Ils parlent fort, prennent leurs aises. Puis un autre groupe arrive vers minuit, encore un autre vers 1 h du matin. Ils seront définitivement installés vers 2 h 30… Merci pour la discrétion chinoise !

Il faut dire que dans un riad, tout est ouvert. Pas de fenêtres, tout communique : les voix, les pas… et surtout le bruit.

5 h 45 debout. Petit déjeuner préparé avec la complicité de mon hôte, hyper agréable, et presque gêné de cette nuit agitée.

À 7 h, je suis déjà sur le vélo. Tout est encore fermé, mais il règne une agitation particulière. Les hommes sont déjà dehors ou marchent vers la prière. Aujourd’hui, c’est l’Aïd.

Je ne sais pas s’ils appellent ça la fête du mouton, mais pour lui, ce n’est clairement pas une fête…

Après les prières, tout le monde se rassemble autour de ces pauvres bêtes. À 10 h pile : crac ! Un coup de couteau ou de scie à la gorge, et c’en est fini des dernières heures de souffrance et des bêlements de lamentation.

Ici, au Maroc, chacun peut tuer sa bête chez soi.
Au fil de ma route monteront ensuite des odeurs de fumée et de grillades dans chaque rue, chaque village, chaque campagne. Ça sent le mouton partout.

Des carcasses jonchent les sols, l’arrière des pick-up, les trottoirs. Il y en a partout.
Puis, dans l’après-midi, ils grillent aussi les têtes entières et les pattes. Âmes sensibles s’abstenir…

Mais la route, elle, aura été magnifique. Même exceptionnelle.

Un enrobé neuf pendant cinquante kilomètres, dont vingt-cinq de montée jusqu’à 1 700 mètres d’altitude, avec une pente douce de 3 à 4 % quasiment tout le temps : le paradis.

Pas une voiture.
Je suis seul sur cette route bordée de cèdres et de pins.
J’ai adoré.

Ifrane, que je connaissais déjà, est toujours aussi belle.

L’hôtel Chamonix, la rue Vittel… on comprend vite à quoi la ville veut faire référence.
Golf international, piste d’aéroport, architecture alpine : tout est pensé pour attirer une clientèle élitiste. On se croirait presque ailleurs qu’au Maroc.

J’arrive ensuite à Azrou, quinze kilomètres plus loin.
Je cherche mon logement et tombe sur une jeune fille occupée avec sa mère et une autre femme autour du mouton fraîchement dépecé, suspendu dans le garage, sa peau posée juste en dessous.

Je m’approche. Je sens qu’elle a envie de discuter.

Nous échangeons quelques minutes autour de cette pauvre bête et, presque instantanément, surgit de la fenêtre une assiette remplie de petits morceaux de foie grillé qu’elle me propose de goûter.

Je ne refuse pas.

Je manque de m’étouffer en avalant trop vite, provoquant un fou rire général. Entre deux éclats de rire, elle m’indique que mon logement se trouve… trente mètres plus loin.

Quelques minutes plus t**d apparaît une jeune femme d’environ vingt-cinq ans, sourire aux lèvres :

— Soyez le bienvenu, Fabrice.

Elle m’installe dans son joli petit appartement fraîchement repeint puis redescend chez elle, à l’étage inférieur.

Vingt minutes plus t**d, on frappe à la porte.

La jeune femme m’apporte un premier plat : mouton, pommes de terre et brochette d’abats. Puis un deuxième : thé à la menthe, fruits et pain.

La magie du Maroc, c’est que tout cela est spontané.
Sans demande.
Sans calcul.
Simplement offert avec générosité et gentillesse.

Quel bonheur de recevoir autant d’attention.

Mais ce soir, c’est moi qui cuisine.

Mon ventre réclame des choses simples : pâtes à la Vache qui rit, œufs, yaourt nature et restes du midi. Mon estomac va me remercier.

Deux jours à manger tajines et couscous midi et soir : pause !

Demain, je reste dans l’Atlas.
L’étape me conduira à Khénifra.

Finie la canicule, du moins pour le moment : 13 degrés le matin, 29 l’après-midi.

Mon corps va enfin pouvoir souffler.

Meknès, ville impériale, souffre elle aussi de la canicule. Il m’est difficile d’aller visiter les monuments ; je me con...
26/05/2026

Meknès, ville impériale, souffre elle aussi de la canicule. Il m’est difficile d’aller visiter les monuments ; je me contente donc des souks de la médina et de leur pseudo fraîcheur.

Un important problème de réseau téléphonique m’empêche de capter quoi que ce soit de manière générale. Cela complique fortement les déplacements dans ce dédale de minuscules rues qui se ressemblent toutes.

De toute façon, je me sens fatigué. Ces journées de repos tous les six jours sont un minimum. Les fortes chaleurs y sont évidemment pour beaucoup.

Dans ces moments-là, ma femme Anne-Marie me manque terriblement. Mais je ne dois pas me laisser glisser vers la mélancolie ; il me reste encore beaucoup de route à parcourir. Et cette solitude sans étreinte rend parfois les choses plus difficiles encore. Nous nous contentons de WhatsApp quand cela fonctionne, c’est déjà précieux.

J’ai commencé à goûter aux premières pentes et vallons de l’Atlas pour arriver jusqu’à Meknès. À partir de demain matin, je vais prendre de l’altitude et, normalement, pendant cinq jours, les températures ne devraient plus dépasser les 28 degrés l’après-midi, avec 13 degrés le matin. Rien que d’y penser, cela ressemble à un luxe immense.

Demain, je rejoins Azrou en faisant une petite boucle par Ifrane. Je vais emprunter la même route qu’il y a deux ans. Cela dessine une sorte de X dans ma mémoire : la dernière fois, j’arrivais de Fès par la droite ; cette fois, j’arrive par la gauche avant de redescendre vers Khénifra puis en direction de Marrakech.

Demain, ce sera une montée presque permanente. Quatre-vingt-dix kilomètres d’une route montagneuse au cœur du parc naturel d’Ifrane, où singes et tortues terrestres vivent depuis toujours.

J’ai décidé de faire un brin de toilette à ma monture poussiéreuse. Sur les toits du riad, j’ai repéré un tuyau d’arrosage et je compte bien m’en servir.

Je m’y file. Brossage, éponge, puis je jette un œil aux freins, aux dérailleurs avant et arrière. Tout fonctionne bien. Jusqu’au moment où je lève les yeux et m’aperçois que la patte de fixation du porte-bagages est coupée. Catastrophe ! Il n’en reste qu’une et cela ne tiendra pas le choc bien longtemps.

Heureusement, au dernier moment, au moment de tout emballer à Montbeton, j’avais eu l’idée de prendre une patte de rechange… au cas où. L’idée qui me sauve ! Cette pièce de chez Ortlieb ne se trouve pratiquement que sur leur site.

J’ai dévalé les escaliers, vidé mes sacoches pour être sûr… c’est bon !

Moins de dix minutes pour réparer. L’aventure continue.

Un autre élément marque cette journée de demain : l’Aïd. Chez les musulmans, c’est une fête traditionnelle extrêmement importante. Et tout sera fermé !

Depuis quatre jours, je vois cet incessant trafic de moutons à vendre. Partout, j’entends leurs bêlements inquiets ; ils semblent presque sentir le sort qui leur est réservé. Demain matin, des milliers de moutons seront égorgés. Tradition oblige…?

Arrivé à Kénitra, Younes, mon hôte, m’installe dans un appartement cosy avec la climatisation.Ouf… 😥Il me conseille un r...
25/05/2026

Arrivé à Kénitra, Younes, mon hôte, m’installe dans un appartement cosy avec la climatisation.
Ouf… 😥

Il me conseille un restaurant juste à côté, réputé pour ses grillades de viandes marinées aux portions gigantesques.
N’ayant rien mangé depuis le matin, je commande un assortiment. C’est énorme, délicieux, mais impossible de finir.

À 21 h, il m’appelle :

— Fabrice, je passe dans 10 minutes. Je te prends avec moi et je te fais visiter la ville.
— Ok Younes, mais je ne me couche pas trop t**d, je suis fatigué.
— Oui bien sûr mon ami, inshalla j’arrive.

Younes débarque dans son Audi A4 et nous voilà partis pour une expérience unique.

Vitres ouvertes, musique à fond, nous traversons les quartiers de Kénitra.
Passant de 20 km/h à 120 km/h en quelques secondes, nous roulons entre quartiers modernes et populaires.
Les trottoirs débordent de monde. Tout vit, tout bouge, tout semble en effervescence.

Younes me dit :

— Fabrice, je vais te faire goûter des saucisses, tu vas voir, c’est un vrai délice !
— Younes… je sors de table, je n’ai vraiment plus faim !
— Juste un bout. Après tu gardes le reste pour demain matin.

Un couple fait griller sur un brasero des espèces de merguez préparées à la main, les doigts presque dans le feu.
Le pain rond est coupé puis rempli de ces saucisses dont le fabricant garde le secret depuis dix ans.

Me voilà forcé d’avaler un sandwich dégoulinant de gras et de sauce ultra piquante.
C’était goûteux… mais à ce moment-là je n’en pouvais plus.

Nous repartons ensuite vers la plage et ses animations nocturnes.

— Fabrice, t’aimes les huîtres ?
— J’adore oui !
— Ok, on s’arrête, elles sont excellentes !

À ce moment-là, j’ai presque hésité à aller me faire vomir pour refaire un peu de place…

Direction ensuite le parc d’attractions.
Nous avons rendez-vous avec un jeune censé m’avancer le lendemain jusqu’à Meknès.

Quelques appels plus t**d, nous arrivons sur le parking de la fête foraine.
Abdoula nous attend.

— C’est lui Fabrice. Il faut voir si le vélo et les bagages rentrent dans la Clio.

Le jeune descend de voiture, me serre la main puis m’embrasse à la façon musulmane.

Après de longues discussions, je les rassure : tout rentrera.
Il suffit de rabattre les sièges arrière.

— Dis-moi Younes, combien il me prend pour la course ?
— 450 dirhams, ça te va ?
— Ok, vendu.

Puis Younes me glisse discrètement :

— Fabrice, si la gendarmerie vous arrête, tu ne dis pas que tu as payé. Tu dis que c’est un ami et que vous allez voir de la famille. Sinon ils peuvent lui confisquer la voiture… et c’est pas bon.

Le marché est conclu.
Rendez-vous le lendemain matin à 6 h 30, en bas du logement.
À l’heure.

— Younes… maintenant tu me ramènes à l’appartement s’il te plaît. Je suis épuisé.

Il est minuit passé et mes yeux me brûlent de fatigue.

Je passe sur le fait que j’ai dû refuser au moins trois autres arrêts pour manger ou boire…

Cette nuit-là, j’ai découvert une autre jeunesse marocaine.
Débordante d’énergie, moderne, enthousiaste.

Les jeunes filles sont habillées comme chez nous.
Le regard pétillant, l’envie de vivre pleinement leur vie de femme.

J’ai vu aussi des jeunes hommes refusant le mariage pour profiter de leur liberté et multiplier les expériences.

J’ai entendu des discussions politiques étonnantes : certains soutiennent Trump et Netanyahou, fiers des accords militaires passés avec les États-Unis et Israël, des drones et hélicoptères Apache de dernière génération achetés par le Maroc.

J’ai demandé à Younes s’il trouvait normal qu’Israël ait rasé Gaza et le peuple palestinien.

Sa réponse est restée floue.
Il préférait parler des nouveaux hélicoptères Apache du gouvernement marocain.

J’ai découvert un autre Maroc.
Plus urbain évidemment, plus moderne, plus contradictoire aussi.
Un pays qui cherche à avancer, entre tradition, religion, mondialisation et désir de liberté.
Le pays où tout semble toujours possible grâce à Dieu :

« Inshalla. »

Allahu akbar.
La ilaha illa Allah. ( Dieu est le plus grand)

Merci Younes pour ton accueil et ta générosité

Il y a un problème que je n’avais pas vraiment prévu : le pic de canicule 🥵Sérieusement, ce n’est pas raisonnable de rou...
24/05/2026

Il y a un problème que je n’avais pas vraiment prévu : le pic de canicule 🥵
Sérieusement, ce n’est pas raisonnable de rouler avec de telles températures. J’ai vu jusqu’à 47 degrés affichés sur mon vélo. À 8 heures du matin, il fait déjà 33 degrés.
Je ne sais pas encore comment je vais gérer la suite : ils annoncent cinq jours à plus de 40 degrés à l’ombre… et moi, je ne roule jamais à l’ombre. Sur le bitume, la chaleur est encore plus écrasante.

Cette étape n’a pas été à la hauteur de mes attentes.
J’avais choisi de contourner le Rif par la côte, l’expérience difficile vécue il y a deux ans m’ayant un peu refroidi. Résultat : 130 kilomètres de routes défoncées, bordées d’interminables serres où poussent avocats, fraises, bananes, haricots verts et autres cultures maraîchères que l’on retrouve chez nous à prix cassés sur les étals.

Honnêtement, peu de choses à admirer sur cette portion.

En revanche, j’apprécie énormément la sympathie des habitants, enfants compris.
Quand ils me voient passer sur mon vélo sous cette fournaise, je lis dans leurs regards un mélange de respect, de compassion… et sûrement aussi un peu de folie.

La nuit dernière a été très courte.
Du bruit jusque t**d dans la nuit, puis à 5 heures du matin, un couple s’est violemment disputé sous ma fenêtre pendant plus d’une heure. Impossible de vraiment récupérer.

Aujourd’hui, j’ai vidé treize bidons de trois quarts de litre, plus trois canettes d’une boisson extrêmement sucrée.
Résultat : le ventre complètement en vrac.

Ce soir, je suis à Kénitra, grande ville portuaire au nord de Rabat.
Mais surtout : dans une chambre climatisée. Et rien que ça, ce soir, ressemble déjà à un luxe immense. J’espère enfin pouvoir dormir correctement et récupérer un peu.

Demain, direction Meknès.
Je vais quitter la côte pour rentrer dans les terres et rejoindre les contreforts de l’Atlas.

Adresse

Montauban
82000

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque VIS TES REVES publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Partager