11/06/2026
Ce soir, je déambule dans les rues de Rabat. Je profite de cette ambiance joyeuse. Les familles se réunissent, les adolescents rient ensemble dans l’insouciance de leur âge.
Je marche lentement, heureux et mélancolique.
Alors, c’est là que s’arrête mon voyage ?
Je revisite ces dernières semaines sans encore oser penser à d’autres projets. Je laisse cette saveur m’infuser tranquillement, ce sentiment d’accomplissement personnel.
Les mois de doute rendent aujourd’hui cette réussite encore plus précieuse. Dans la poussière du chemin, je me suis forgé. Au gré des rencontres, j’ai appris à aimer davantage, à découvrir à travers les autres une forme simple et universelle du bonheur.
Trois mille kilomètres.
Le vent de Tarifa, la canicule vers Kénitra, quelques soucis gastriques, une irritation mal placée qui m’aura accompagné quinze jours, et quelques kilos abandonnés le long de la route.
Mais ce ne sont pas ces difficultés que je retiendrai.
Je retiendrai les paysages, parfois arides mais toujours habités. Je retiendrai surtout l’accueil que m’a offert le peuple marocain.
Cette année, mon regard a changé.
J’ai appris à ralentir. À sourire. À aller vers les enfants qui m’interpellaient au bord des routes. Ils ne m’ont jamais agressé. Au contraire.
Chaque jour, on m’a offert quelque chose.
Un café parce que je n’avais pas de monnaie. Une bouteille d’eau tendue à travers la vitre d’une voiture. De la nourriture. Un échange Instagram. Un sourire.
Mon regard est différent cette année.
Qu’ont-ils vu ?
Un homme seul sur son vélo, dans l’effort et dans l’ouverture.
Certainement pas un touriste.
C’est peut-être toute la différence.
Ce soir, je suis triste parce que le voyage s’arrête.
Demain, je serai heureux de retrouver Anne-Marie.
Durant tous ces mois de doute, elle m’a offert un soutien sans faille. Elle a su croire en ce projet lorsque moi-même je vacillais parfois. Par sa confiance, sa présence et son amour, elle a largement contribué à rendre cette aventure possible.
Nous partagerons ensemble les derniers jours de ce voyage à Rabat.
Puis je retrouverai ma vie quotidienne.
Je retrouverai mon travail, que j’aime partager avec mes collaborateurs. Ils accomplissent tous un travail formidable. Une grande partie de la réussite de ce voyage leur appartient aussi. Je les remercie sincèrement.
Je suis également reconnaissant envers eux de m’avoir permis de partir l’esprit libre. Leur engagement, leur sérieux et leur confiance ont rendu cette aventure possible.
Je suis assis à la terrasse d’un café face à l’océan.
Je savoure une glace.
Une chanson marocaine s’élève doucement. Son refrain semble me parler :
« Je commence seulement maintenant à aimer ma vie,
alors même que je la vois courir devant moi… »
Je comprends alors que ce voyage ne m’a pas seulement conduit jusqu’à Rabat.
Il m’a rapproché de moi-même.
Je terminerai ces lignes par cette phrase de Saint-Exupéry, tirée de Terre des hommes :
« La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres, parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. »
Je me lève.
Et je pars en silence.