22/08/2026
Le personnage de Bécassine apparaît pour la première fois en 1905 dans un hebdomadaire destiné aux petites filles de la bourgeoisie, "La Semaine de Suzette". L’héroïne est une jeune bretonne émigrée à Paris, qui trouve une place de bonne d’enfant chez la marquise de Grand’Air. Publiées en dernière page du journal, les premières aventures de Bécassine acquièrent une grande popularité auprès des jeunes filles parisiennes, qui retrouvent incarnées dans ce personnage leurs propres nounous qui sont prés de 200 000 au début du siècle, et pour 150 000 d'entre elles, bretonnes. C'est à leur réputation de femmes "bonnes travailleuses" supposée robustes mais aussi naïves et honnêtes que l'on doit la réputation des bretonnes dans ce contexte. Un autre argument, imparrable à l'époque et qui semble aujourd'hui bien ridicule, celui du lait ! Venant d'une région connue pour son beurre et sa crême, produit grâce au bon lait des vaches, les bretonnes ont, par extension, du bon lait. Au début du 19e l'immigration féminine bretonne avait déjà déplacée des dizaines de milliers de femmes vers l'Ile de France.
Si on ne voit pas Bécassine allaiter la petite Loulotte, au cours de ses aventures, on la voit déployer un éventail de savoir-faire et de techniques peu accessibles aux femmes de son époque : conductrice d'auto, aviatrice, inventrice, voyageuse... Au fur et à mesure des aventures, son passé et son identité se dévoilent enfin : Annaïk Labornez, née en 1885 à Clocher-les-Becasses. Si le personnage est attachant, il est très vite pointé comme la traduction du mépris envers le peuple breton. Bécassine d'ailleurs, n'a pas de bouche (!), ce qui après la Première guerre mondial fait écho, pour les militants, à la lutte pour la conservation de la langue bretonne au moment où le français est imposé à l'école. Autour de Bécassine s'est donc cristallisé l'histoire de la Bretagne et de son rapport au reste de la France tant sur le plan économique que culturel. Voilà pour un peu de backstory :)