05/09/2026
[ 🐺 Mais alors… combien y a-t-il de loups dans le Rhône ? Partie 1]
C’est probablement l’une des questions qui nous est le plus souvent posée.
Et la réponse mérite mieux qu’un chiffre lancé au hasard.
👉 Compter des loups, ce n’est pas simplement additionner les observations.
Un même individu peut être photographié plusieurs fois, sur plusieurs communes, à plusieurs jours d’intervalle.
À l’inverse, un loup peut être présent sur un territoire sans être détecté pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Certains individus peuvent ainsi passer complètement sous les radars des dispositifs de suivi.
C’est ce que l’on appelle la détectabilité imparfaite : ne pas détecter un animal ne signifie pas qu’il est absent.
🔬 Alors, comment fait-on ?
Notre méthode de suivi s’inspire des principes de suivi utilisés par l’Office français de la biodiversité (OFB) dans le cadre du Réseau Loup-lynx.
Les données sont recueillies au fil du temps et croisées : photographies, vidéos, indices de présence, localisation, dates d’observation, caractéristiques des individus et répétition des détections.
Mais lorsqu’il s’agit de déterminer de manière fiable l’identité d’un individu, la génétique constitue aujourd’hui la référence.
L’OFB utilise notamment des prélèvements non invasifs — poils, fèces, urine ou autres échantillons biologiques — afin d’obtenir le profil génétique individuel d’un loup.
Ces profils permettent ensuite de savoir si plusieurs prélèvements correspondent au même animal ou à des individus différents.
📊 Et ensuite ?
C’est là qu’intervient la méthode dite de capture-recapture.
Le principe est simple :
➡️ on identifie des individus grâce à leur profil génétique ;
➡️ lors des échantillonnages suivants, on recherche si ces mêmes individus sont à nouveau détectés ;
➡️ la répétition de ces détections permet aux modèles statistiques d’estimer la probabilité de détection et, par conséquent, d’estimer le nombre d’individus qui n’ont pas été détectés.
Autrement dit :
on ne considère pas que les individus détectés représentent toute la population. Le modèle cherche justement à estimer la fraction de la population qui échappe au dispositif.
C’est une distinction fondamentale.
🐾 Trois observations de loups ne signifient donc pas nécessairement qu’il y a trois loups.
Si trois loups sont observés simultanément au même endroit, il est évidemment possible d’identifier trois individus présents à cet instant.
En revanche, trois observations distinctes, réalisées à des endroits ou à des moments différents, peuvent correspondre au même individu observé à plusieurs reprises… ou à plusieurs individus différents.
📹 Un exemple très concret : le loup de Claveisolles
La vidéo que nous vous partageons en est une parfaite illustration.
Ce loup a été capté à plusieurs reprises par nos pièges photographiques.
Pour quelqu’un qui découvrirait ces images séparément, il pourrait être tentant de comptabiliser chaque observation comme un nouveau loup.
Pourtant, il s’agit bien du même individu, identifié grâce au croisement des différentes observations et de ses caractéristiques.
👉 Plusieurs détections ne signifient donc pas forcément plusieurs loups.
C’est précisément pour cette raison qu’on ne peut pas simplement additionner les observations pour obtenir un nombre de loups présents sur un territoire.
Il faut pouvoir identifier et différencier les individus, puis croiser leurs détections dans le temps et dans l’espace.
📷 Et nos pièges photographiques dans tout ça ?
Ils sont extrêmement précieux.
Ils permettent de documenter la présence du loup, ses déplacements, son utilisation du territoire et, lorsque les images sont suffisamment caractéristiques, de reconnaître certains individus.
Mais une photographie ne permet pas à elle seule de conclure à l’absence des autres individus.
De la même manière, photographier trois loups différents permet d’affirmer que ces trois individus existent, mais pas que seulement trois loups sont présents sur l’ensemble du territoire.
C’est toute la différence entre un nombre minimum d’individus détectés et une estimation de la population réellement présente.
🎯 Notre rôle n’est donc pas de gonfler les chiffres.
Il n’est pas non plus de les minimiser.
Notre rôle est de chercher, observer, identifier, croiser les données et communiquer ce que les faits permettent réellement d’établir.
Aujourd’hui, dans le Rhône, notre suivi nous permet de documenter des individus, des déplacements et une présence avec de plus en plus de précision.
Mais nous ne transformerons jamais artificiellement un nombre d’animaux détectés en « nombre total de loups présents ».
Parce qu’en science, ne pas avoir détecté un animal ne signifie pas qu’il n’existe pas.
Et lorsqu’il s’agit du loup, la rigueur compte. 🐺
🔎 Et concrètement, combien de loups suivons-nous aujourd’hui dans le Rhône ?
👉 Rendez-vous dans la PARTIE 2, où nous vous présenterons les individus que nous avons pu identifier et suivre sur notre territoire.