01/11/2025
RIP Serge Navetat, l’ami artiste et poète de Forcalquier « silence
écouter le silence furtif
de la conscience
lorsqu’elle murmure les noms
de la nature rendus invisibles à l’œil
nu et inhabité de l’humain
cette conscience
frôlement de l’être
contre la nature qu’elle approche
avec elle, elle peut ne faire qu’un
– soi et l’autre –
et la peinture serait-elle aussi une conscience ?
conscience éternelle vouée à extraire
des mythes de nos voix intérieures
– pierres précieuses qui rutilent –
éclairent de leur mille feux nos rétines repues de tant de visions
le silence, c’est le repos des voix tues
dans le silence se réorganise,
s’ordonne le monde mis en miettes
par les explosions de nos rires
et pensées
chacun conviendra que le silence
est la manifestation paisible
d’une perte, d’une absence
de rumeurs, paroles, cris, larmes
l’homme qui fait silence
qui le couve et le berce
joue à mourir parfois
sexaphone
à force de chanter
des amours clandestines
fatigué, éreinté et triste
d’avoir oublié des êtres abîmés
dans l’abstinence presque absolue
palingénésie
sexaphone
consolé par les douces voix de l’autre
à la fois proche et lointain,
léger et pesant,
présent et absent
celui-là, l’unique qui
au fond de notre mémoire
nous rappelle à son souvenir
l’autre
– qui peut être féminin ou masculin –
lorsque nous l’apercevons,
le concevons, l’aimons
sexaphone
chanson ancienne des amants
qui cousent l’habit du temps
quand les froideurs de l’hiver
les font frissonner
sexaphone
en sommeil,
les yeux clos
après un regard affectueux,
échangé, complice du silence
de ceux qui ont compris que... »
18 décembre 2000
Serge Navetat, « Phloèmes », Quiero, 2011.