26/10/2024
Archéologie du sionisme, Gérard Haddad, ed. Salvator
Amis, je vous invite chaleureusement à lire ce livre. Est-ce le bon moment alors que nous vivons un tombereau d’horreurs commises par Israël ? Le dégout nous étreint tous face à ce génocide, le premier documenté en direct, jour après jours, ignominie après ignominies… que rien n’arrête. Je comprendrais sans reproche que submergé de visions d’horreurs il ne vous soit pas possible aujourd’hui d’ouvrir ce livre qui n’est pas une simple critique mais une œuvre qui cherche à comprendre, à fouiller l’histoire dans ses contradictions et ressors contradictoires. Comprendre le sionisme n’est pas l’accepter, surtout dans son développement « herzlien » comme le désigne Gérard Haddad. Simplement comprendre pour mieux sortir de cet enfer.
Toute l’âme de Gérard transparait dans ce livre, le juif qu’il est de toujours, le Tunisien de naissance et d’affection, le psychanalyste lacanien de renom, et enfin l’enfant du sionisme au rêve qui tourne au cauchemar. Pour ceux qui connaissent, il est dans la lignée du grand Yeshayahou Leibowitz.
Des amis non juifs me demandent souvent « qu’est-ce qu’être juif ?». Je crois que c’est la question la plus casse-tête qu’il soit. J’ai le sentiment que le premier tiers du livre procure une approche, enfin il me semble car elle fait écho aux discussions passionnées de mon enfance. Dans une période toute autre… en quête d’humanisme, d’émancipation, de respect de la vie. Vous savez, cette lointaine époque où les Juifs étaient massivement dans la diversité de la gauche révolutionnaire. Soupire.
Ce livre dévoile quantité d’éléments vivants qui éclairent la trajectoire du sionisme, sans les invectives caricaturales où le sionisme est déshumanisé et n’offrant de perspective que l’écrasement, que la guerre. C’est là toute la force de ce livre. Il ouvre d’immenses perspectives. En ramenant le sionisme des débuts à sa dimension humaine (le pauvre Herzl !), Gérard en psychanalyste apporte une désacralisation de l’histoire. Nous découvrons quelques uns des débats qui ont traversé la naissance du sionisme. Tels Asher Ginsberg (Ahad Ha’Am) et Martin Buber qui tenteront vainement de donner une autre voie au Congrès sioniste. Et qui, aujourd’hui, imaginerait que le nom de rue le plus fréquent en Israël, Ben-Yehouda, l’inventeur de l’hébreu moderne, prônait l’égalité entre juifs et arabes ?
Gérard a pour thèse que l’idéologie qui l’a emporté dans le « sionisme herzlien » a été un sionisme d’Etat dont l’armée est au cœur. La nation, elle, a été méprisée. Enfin une perspective constructive pour que le peuple juif se sorte de ce gouffre sanguinaire immonde.
Peut être une suite (de ma part) ultérieurement.
Serge Grossvak