12/10/2026
GLOIRE À NOS ANCIENS 🇲🇫
octobre 1970
Au Tchad , la CPIMa du 6ème RIAOM, capitaine Canal, a reçu pour mission de contrôler la ligne des palmeraies située au Nord-Ouest de Faya-Largeau. Au cours d'un déplacement routier, elle tombe dans une embuscade entre Gouro et Kindimi (Tibesti). Le commando du lieutenant Neau perd 11 tués et 16 blessés. Côté rebelles, les pertes sont de 40 tués et d'une trentaine de blessés. Parmi nos tués, le sergent-chef Dimitri Voronine, atteint d'une b***e en plein cœur en se lançant dans un assaut désespéré pour débusquer les rebelles. Il était agé de 24 ans et, s'était engagé au 1er RPIMa, à 19 ans, dès la fin de ses études secondaires. Il s'était distingué d'emblée par sa vivacité d'esprit, sa générosité et ses indéniables qualités de chef. Son a été donné à la 169ème promotion de l'ENSOA en 1998.
Sergent-chef Dimitri Voronine, parrain de la 169e promotion
de l'École nationale des sous-officiers d'active.
Dimitri Voronine est né le 26 mars 1946 à Paris. Son père, ancien officier de l'armée impériale russe, a participé à la Grande Guerre avant de se réfugier en Estonie lors de la Révolution d'Octobre 1917. Il a rejoint la France en 1929 après avoir connu, confie-t-il, " la pire épreuve dans la vie d'un homme : la guerre civile ".
Dimitri est élevé dans la culture et la langue russes mais éprouve un profond attachement à sa Patrie d'adoption. A l'adolescence, il découvre le parachutisme pour lequel il voue une véritable passion.
Après d'excellentes études au lycée Buffon, à Paris, il décide d'embrasser la carrière des a***s.
Dès les premiers instants de sa vie militaire au 1er Régiment Parachutiste d'Infanterie de Marine, en octobre 1965, Dimitri Voronine est remarqué pour sa vivacité d'esprit et sa générosité. Son dynamisme et son goût pour l'aventure trouvent au sein des troupes parachutistes l'occasion de s'exprimer pleinement.
Comme il aime le rappeler : " jamais, il ne regrette son choix et il est heureux de se trouver là où il est ". Son sens des relations allié à une énergie peu commune le désignent naturellement pour commander un groupe. Les examens qui marquent l'accès au grade de sergent s'enchaînent alors bien vite mais le caporal Voronine les passe avec une facilité jugée déconcertante. Le 1er septembre 1966, il est nommé sergent.
Au rythme soutenu que l'entraînement à la conduite des opérations exige des hommes, les séances de saut succèdent aux exercices de combat et aux épreuves sportives. Passionné par son métier, le sergent Voronine se révèle comme un excellent chef de groupe qui rayonne par son autorité naturelle et son
esprit d'initiative.
En juillet 1969, il débarque à Fort-Lamy, au Tchad. Il rejoint la 6e Compagnie Parachutiste d'Infanterie de Marine du 6° Régiment Intera***s d'Outre-Mer. Depuis quelques années, cette unité soutient la jeune armée tchadienne face aux menaces de sécession des populations toubous, au nord du pays.
A la section de livraison par air où il est affecté, le sergent Voronine découvre la fonction de chef de groupe d'arrimage-largage. Il s'adapte à ses nouvelles responsabilités avec le naturel et le sérieux qui le caractérisent. Néanmoins, il a choisi son métier pour le commandement des hommes et il ne s'épanouit pleinement que dans l'action collective et c'est avec enthousiasme qu'il prend bientôt les fonctions de sous-
officier adjoint dans une section de parachutistes. A l'entraînement et dans les exercices quotidiens, il étonne
par son endurance et il fait partager sa passion pour le métier militaire et le parachutisme. En quelques semaines, grâce à son activité débordante et à son éducation, il reçoit l'adhésion de tous et, le 1er janvier 1970, il est promu au grade de sergent-chef.
Cependant, au nord du Tchad, dans le département du Borkou-Ennedi-Tibesti, la situation se dégrade. Après une courte période d'apaisement, les rebelles toubous ont repris les a***s. Parfaitement adaptés au terrain, ils descendent des contreforts du Tibesti pour investir les palmeraies et lancer des actions de harcèlement sur les postes et les garnisons de l'armée tchadienne. Le sergent-chef Voronine participe aux missions de contrôle de la région.
Le 9 octobre, la CPIMA patrouille au nord de Faya-Largeau. Après une journée chaude et poussiéreuse, elle s'installe aux abords d'un puits. Au cours de la nuit, des coups de feu claquent : une bande rebelle tente de s'infiltrer dans le dispositif puis s'évanouit dans l'obscurité. Le lendemain, lacompagnie reprend sa progression. Elle atteint la palmeraie de Bedo, la fouille et l'occupe. Les heures passent sans autres mouvements que ceux du petit matin : en ce dimanche 11 octobre, la CPIMA doit
regagner Faya-Largeau. En tête de la colonne de véhicules, les parachutistes du 1er commando, aguerris et rompus aux embûches du désert, ont pris place aux côtés du sergent-chef Voronine.
A 16 h 30, la compagnie s'engage dans une zone où s'élèvent des monticules de cailloux et des buttes de sable. Soudain, c'est l'embuscade : un déluge de feu s'abat sur les véhicules du 1er commando.
Les parachutistes sautent des Dodges, se plaquent au sol et répliquent en tirant au jugé. La compagnie est immobilisée. Le sergent-chef Voronine tente de se dégager et lance un assaut désespéré à la tête d'un groupe. Son élan est brisé par une b***e qui l'atteint en plein cœur.
Les pertes au sein du commando sont sévères : les premières rafales tirées des rochers qui bordent la piste ont foudroyé onze parachutistes. A l'arrière, les 2e et 3e commandos ont immédiatement amorcé le débordement du dispositif adverse. Soutenus par la rage farouche de porter secours à leurs
camarades, ils s'emparent, l'un après l'autre, de chaque emplacement rebelle. En tête de colonne, seuls le chef du 1er commando et deux parachutistes sont indemnes. Réfugiés derrière leur véhicule, ils ripostent pendant trois heures aux tirs des rebelles. Le combat de Bedo a été l'engagement le plus meurtrier de la CPIMA pendant la campagne du Tchad. Il a été livré et mené seul par cette unité.
En s'engageant dans les troupes de marine, le sergent-chef Dimitri Voronine avait choisi de servir sa Patrie. Mort en soldat à 24 ans, il a rejoint ses aînés sur le chemin de l'Honneur en accomplissant sa vocation jusqu'au sacrifice suprême. La Médaille Militaire et la Croix de la Valeur militaire avec citation à
l'ordre de l'armée sont venues rendre un dernier hommage à ce sous-officier, modèle de passion et de dévouement, qui plaçait le service de la France au-dessus de tout.
Le sergent-chef Voronine était titulaire des décorations suivantes
− Médaille militaire à titre posthume ;
− Croix de la Valeur militaire avec citation à l'ordre de l'armée ;
− Croix du mérite militaire tchadien.