08/06/2026
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Quand la présomption d'innocence fait taire la parole des victimes
La présomption d'innocence est un principe essentiel de notre justice. Personne ne devrait être condamné sans procès ni preuves. Pourtant, à force d'être invoquée dans le débat public, une question mérite d'être posée : sert-elle parfois davantage à protéger les personnes mises en cause qu'à rechercher la vérité ?
Lorsqu'une personnalité connue est accusée de violences sexuelles ou sexistes, les réactions sont souvent immédiates. Avant même d'écouter les personnes qui témoignent, des voix s'élèvent pour rappeler la présomption d'innocence. Juridiquement, elles ont raison. Mais socialement, l'effet produit est parfois tout autre : la parole des victimes se retrouve reléguée au second plan.
Or, parler n'est jamais simple. Derrière chaque témoignage se trouvent souvent des années de silence, de peur, de honte ou de culpabilité. Les victimes savent qu'elles s'exposent aux doutes, aux attaques et parfois à la haine. Dans ce contexte, répondre systématiquement « présomption d'innocence » peut être vécu comme une manière de ne pas entendre ce qu'elles ont à dire.
L'affaire du meurtre de la petite Lyhanna rappelle également une autre réalité : l'absence de condamnation ou de poursuites ne signifie pas toujours que les institutions ont correctement protégé les victimes potentielles. Dans cette affaire, des alertes avaient été émises et des inquiétudes exprimées. Pourtant, les mécanismes censés protéger n'ont pas permis d'éviter le drame. Cela invite à s'interroger sur notre tendance à attendre l'intervention de la justice avant de prendre au sérieux certains signaux.
Reconnaître la parole d'une victime ne revient pas à condamner automatiquement une personne mise en cause. Entre le déni et la condamnation sans procès, il existe un espace nécessaire : celui de l'écoute, de l'enquête et de la vigilance.
Une société juste ne doit pas choisir entre les droits de la défense et les droits des victimes. Mais elle ne peut pas non plus accepter que la présomption d'innocence devienne un réflexe qui étouffe les témoignages ou décourage celles et ceux qui osent parler.
La question n'est donc pas de supprimer la présomption d'innocence. La question est de savoir pourquoi nous sommes parfois plus prompts à défendre la réputation des personnes accusées qu'à entendre celles qui disent avoir subi des violences. Tant que cet équilibre restera rompu, de nombreuses victimes continueront à penser que leur parole compte moins que le doute accordé à ceux qu'elles accusent.
Cette réflexion n'est pas seulement théorique. Elle touche directement aux valeurs que nous portons au sein de La Bulle Arc-en-Ciel.
Notre association réaffirme son attachement à la convergence des luttes. Les discriminations et les violences ne se vivent pas en silos : sexisme, LGBTQIA+phobies, violences conjugales, violences sexuelles, harcèlement ou discriminations de genre sont souvent liés par les mêmes mécanismes de domination, de silence et d'invisibilisation.
C'est pourquoi nous souhaitons renforcer notre engagement aux côtés de nos amies du Cidff Haute Marne . Leur travail quotidien d'écoute, d'accompagnement et d'information constitue un maillon essentiel dans la lutte contre toutes les formes de violences et de discriminations.
Pour La Bulle Arc-en-Ciel, prendre en compte la parole des victimes n'est pas un acte accessoire : c'est une nécessité démocratique et humaine. Écouter ne signifie pas juger. Mais refuser d'entendre ou minimiser les témoignages contribue à perpétuer les violences et à isoler celles et ceux qui en sont victimes.
Nous voulons donc participer pleinement à la construction d'une société où chaque personne victime de violences ou de discriminations fondées sur le sexe, le genre, l'identité de genre ou l'orientation sexuelle puisse être écoutée, respectée, accompagnée et crue. Une société où la recherche de la vérité ne se fait pas au détriment de la parole des victimes, mais grâce à elle.
Parce que les droits humains sont indivisibles, la lutte pour l'égalité des personnes LGBTQIA+ est aussi une lutte pour les droits des femmes, pour la protection des victimes et pour une société plus juste pour toutes et tous.
Il sera aussi question, lors de la garde à vue du chanteur de 67 ans, d’une « dénonciation officielle émanant des autorités belges, le 1ᵉʳ juin, portant sur des faits de viol et d’agression sexuelle » commis en 2010 à Bruxelles.