13/08/2026
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Elle s'appelait Marie Gouze.⠀
Née le 7 mai 1748 à Montauban, fille d'un boucher. Peu de moyens, aucune formation — le lot de presque toutes les femmes de son siècle.⠀
À dix-sept ans, on la marie à un officier de bouche. Louis-Yves Aubry. Il meurt peu après la naissance de leur fils. Elle est jeune, v***e, sans fortune. Elle prend une décision qui ne ressemble à rien de son temps : elle ne se remariera pas. Elle ne sera l'appendice de personne.⠀
Au début des années 1770, elle monte à Paris. Elle se choisit un nom de plume — Olympe de Gouges — et force les portes des salons littéraires et politiques où les femmes n'entrent d'ordinaire que comme ornement. Elle écrit. Des pièces de théâtre, d'abord. Contre l'esclavage : sa pièce Zamore et Mirza se heurte dès 1784 à la censure du lobby colonial. Il lui faudra cinq ans pour la voir jouée.⠀
Septembre 1791. La Révolution est en marche. Les hommes ont leur Déclaration des droits. Olympe écrit la sienne. Article par article, droit pour droit — mais pour les femmes. La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, adressée à la reine Marie-Antoinette. À l'article X, elle grave ces mots : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »⠀
Elle ne savait pas à quel point ces mots étaient prophétiques.⠀
En 1793, la Terreur tourne à la machine. Olympe est républicaine — profondément, sans ambiguïté — mais elle s'oppose à la peine de mort. Celle du roi comme celle de n'importe quel homme. Elle fait placarder sur les murs de Paris un texte intitulé Les Trois Urnes : il propose que le peuple choisisse entre trois formes de gouvernement. La loi interdit de remettre en cause la République. Placarder ce texte suffit.⠀
Elle est arrêtée le 20 juillet 1793.⠀
Elle passe de prison en prison. L'Abbaye. La Petite Force. Une maison de santé. Puis la Conciergerie, à la veille du procès. Le 2 novembre 1793, le Tribunal révolutionnaire la condamne à mort pour avoir attenté à la souveraineté du peuple.⠀
Le lendemain, 3 novembre, elle monte sur l'échafaud place de la Révolution.⠀
Avant que la lame tombe, elle déclare être enceinte.⠀
Le tribunal ordonne un examen médical. Sommaire. Le médecin ne peut pas confirmer la grossesse. L'exécution est maintenue sur-le-champ.⠀
Son corps est jeté dans une fosse commune, au cimetière de la Madeleine. Sans sépulture. Sans nom. Jamais retrouvé.⠀
Elle avait 45 ans.⠀
Dans les jours qui suivent, les autorités révolutionnaires font d'elle l'anti-modèle : celle qui a « oublié les vertus qui conviennent à son sexe » pour se mêler de politique. Au XIXe siècle, des historiens iront plus loin. Déséquilibrée, écriront-ils. Hystérique.⠀
Elle n'est toujours pas au Panthéon. Ses restes ayant disparu dans la fosse commune, il ne pourrait s'agir que d'un signe, d'une plaque. Ce signe n'est pas là.⠀
Combien de personnes savent qu'Olympe de Gouges a été guillotinée pour avoir réclamé les droits des femmes — et que son corps n'a jamais été retrouvé.⠀
La mémoire ne se transmet pas toute seule.