02/06/2026
En 1848, Pauline Roland se présente au bureau de vote de Boussac, dans la Creuse. Elle est institutrice, militante socialiste, mère de trois enfants.
Elle veut exercer le droit que la République vient de proclamer universel.
On la renvoie chez elle. Elle est une femme.
Elle a 42 ans. Il lui reste quatre ans à vivre.
Née à Falaise en 1805, initiée dès sa jeunesse au socialisme saint-simonien, Pauline Roland passe les décennies suivantes à se battre sur deux fronts indissociables : l'émancipation des femmes et la justice sociale. Elle écrit dans les premiers journaux féministes français. Elle cofonde des associations d'instituteurs socialistes. Elle milite pour le mouvement coopératif ouvrier. Elle vit en union libre et donne son nom à ses enfants — un geste radical dans la France bourgeoise du XIXe siècle.
En 1850, le gouvernement de la Deuxième République la fait arrêter. Les chefs d'accusation sont consignés dans les archives : socialisme, féminisme et « débauche ». Elle est emprisonnée pendant sept mois.
Cinq mois après sa libération, le coup d'État du 2 décembre 1851 balaie la République. Louis-Napoléon Bonaparte prend le pouvoir. La plupart des amis de Pauline Roland fuient à l'étranger. Elle reste à Paris.
Le 6 février 1852, elle est arrêtée. Elle refuse de se repentir. Elle refuse de demander grâce. Le 24 mars 1852, elle est condamnée à dix ans de déportation en Algérie.
Elle a 46 ans. Elle est institutrice, pas révolutionnaire armée. Elle a simplement passé sa vie à réclamer l'égalité.
Les conditions de détention détruisent sa santé. Ce sont finalement les interventions de George Sand et du poète Pierre-Jean de Béranger qui obtiennent sa libération anticipée. En novembre 1852, Pauline Roland prend le bateau pour rentrer en France. Elle meurt à Lyon le 16 décembre 1852, à 47 ans, épuisée, avant d'avoir pu revoir ses enfants.
Victor Hugo lui consacre dans Les Châtiments un poème entier intitulé "Pauline Roland" et une partie du poème "Les Martyres" — l'un des seuls hommages que son époque lui rendra.
Les femmes françaises obtiendront le droit de vote en 1944. Quatre-vingt-douze ans après la mort de Pauline Roland.
Son nom figure aujourd'hui sur quelques rues, quelques lycées. Mais elle reste absente de la plupart des récits historiques.
Cette histoire mérite mieux que l'oubli. Partagez-la avec quelqu'un qui ne la connaît pas encore.
Et vous : pourquoi, selon vous, l'histoire officielle a-t-elle si longtemps ignoré les femmes qui se sont battues pour des droits que nous considérons aujourd'hui comme évidents ?