30/09/2026
🏫Mouvement lycéens
À tous ceux qui ne veulent parler des mobilisations lycéennes que pour commenter leur forme, regardons aussi les conditions dans lesquelles on demande aux jeunes d’étudier.
À la rentrée 2026, 4 018 emplois d’enseignants sont supprimés dans le budget de l’Éducation nationale. Et selon une enquête du SNES-FSU menée dans 1 033 collèges et lycées, 53 % des établissements interrogés avaient au moins un professeur manquant à la rentrée.
On nous parle de « creux démographique ». Mais moins d’élèves devrait être l’occasion de réduire les effectifs par classe et d’améliorer les conditions d’apprentissage, pas simplement de supprimer des postes. En lycée général et technologique, les classes comptaient en moyenne 30,2 élèves en 2025, contre 27,7 en 2010.
Et il n’y a pas que les enseignants. L’école inclusive repose aujourd’hui sur plus de 140 000 AESH. Pourtant, 98 % d’entre eux travaillent à temps incomplet et leur temps de travail représente en moyenne 63 % d’un temps plein. Le rapport de la DEPP montre aussi que 90 % estiment leur rémunération insuffisante au regard du travail effectué.
La santé des jeunes est également en jeu. En 2024, 19 % des lycéens présentaient un risque important de dépression.
Et même les toilettes racontent quelque chose de l’état de notre école. Santé publique France rappelle qu’environ 30 % des élèves ne vont pas aux toilettes à l’école. Les raisons sont multiples : hygiène, confort, intimité, sécurité. Dans une enquête nationale de la DEPP, 16,1 % des collégiens déclaraient se sentir en insécurité dans les toilettes.
Quant aux bâtiments, une enquête du SNES-FSU auprès de 633 établissements du second degré montre que seuls 32 % des répondants jugeaient leur établissement en bon état général. Des moisissures étaient signalées dans 18 % des établissements et des défauts d’aération dans 43 %. Et 91 % des répondants déclaraient avoir subi un inconfort thermique lié au chaud ou au froid.
Pour les températures, il n’existe pas à notre connaissance de mesure nationale suffisamment robuste permettant d’affirmer que « X % des établissements sont trop chauds » ou « Y % trop froids ». Mais tous ceux qui travaillent ou étudient dans ces établissements savent ce que signifie une salle où l’on grelotte ou où l’on étouffe. Quand on ne veut pas voir la fièvre, il suffit parfois de casser le thermomètre.
Et puis il y a le numérique.
Les lycéens sont de plus en plus dépendants des outils numériques pour accéder à leurs cours. Manuels, exercices, ressources pédagogiques : une partie du travail passe désormais par l’ordinateur et l’ENT. Or, quand l’ordinateur tombe en panne, n’est pas remplacé rapidement ou que la connexion fait défaut, l’élève peut se retrouver sans accès à ses ressources de travail. La DEPP recense en 2024 en moyenne 66 terminaux pour 100 élèves dans les lycées généraux et technologiques et 95 pour 100 dans les lycées professionnels.
Le numérique doit être un outil au service des apprentissages, pas une condition d’accès au savoir.
Et derrière tout cela, il y a aussi la précarité des familles. En 2024, 22,4 % des enfants de moins de 18 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine. Les fonds sociaux de l’Éducation nationale existent justement pour aider les familles à faire face aux dépenses de cantine, de fournitures, de matériel ou de transport.
Alors non, la question n’est pas seulement de savoir si une mobilisation lycéenne nous plaît ou non.
Avant de juger leurs comportements, regardons ce qu’on leur demande de supporter : des classes chargées, des enseignants manquants, des personnels d’accompagnement insuffisamment reconnus, une santé mentale fragilisée, des bâtiments parfois dégradés, des toilettes où certains ne se sentent pas en sécurité, et un accès au savoir de plus en plus dépendant du numérique.
Les lycéens ne vivent pas dans un monde abstrait. Ils vivent cette réalité-là, tous les jours.
Leur parole mérite donc d’être entendue et leurs conditions d’étude prises au sérieux.