28/09/2026
Voici le texte de notre prise de parole lors du rassemblement du 26 septembre à Bron pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale :
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Dans l'Est lyonnais, là où il y a des friches industrielles et des populations précarisées, une industrie très énergivore se développe : celle des centres de données, les datacenters. Ces concentrations de serveurs informatiques sont la face cachée des services dits "dématérialisés". Au moins Vénissieux, Meyzieu, Saint-Priest et Bron sont concernés dans notre territoire.
Réfléchissons au type de vie que nous voulons.
Nous avons été incité·es d'abord, puis habitué·es, par les acteurs privés du numérique, puis par nos gouvernants, à utiliser des services numériques dans pratiquement tous les domaines de notre vie. Maintenant que nous sommes contraint·es et dépendant·es, l'utilisation de nos données pour nous surveiller, faire du profit et désormais doper des formes d'intelligence artificielle semble exponentielle, incontrôlable et inarrêtable.
Le projet de construction à Bron d'un data center à deux pas d'ici, doit nous faire réfléchir à nos vies et aux décisions auxquelles nous devrions être associé·es pour vivre dans un monde habitable.
Depuis quelques années, ces centres poussent comme des champignons en France. Et les populations ne sont consultées que pour les plus gros d'entre eux. Parce que de récentes lois simplifient les démarches pour construire ces centres. Pour permettre une souveraineté de nos données en Europe, la France s'est positionnée comme terre d'accueil des projets pour toute l'Europe.
Or, les datacenters créent des problèmes environnementaux partout dans le monde :
• production de chaleur qui augmente la température de l'air à proximité,
• surconsommation d'eau pour refroidir et fabriquer l'électricité nécessaire,
• surconsommation d'électricité pour son fonctionnement,
• rejet de polluants à cause des système de refroidissement,
• bruit de la ventilation constante et des groupes de secours testés régulièrement,
• dépendance aux pays producteurs de matériaux électroniques,
• production de déchets électroniques à cause du renouvellement fréquent des serveurs,
• émission de CO2 à cause des groupes de secours qui fonctionnent en permanence,
• opérateurs privés y compris pour des données publiques,
• pas ou très peu de création d'emplois dans la durée.
Partout, des collectifs s'organisent pour contester ces projets.
Le projet de Bron soulève lui aussi des questions légitimes, même s'il n'est pas gigantesque, et même s'il se veut "à hautes exigences environnementales". On sait par exemple qu'il sera économe en eau par rapport à d'autres, mais il s'étalera sur 1000m2, aura 6 étages et sera voisin des habitations du quartier de Parilly et des Essarts. On sait qu'il devra faire rempart au bruit du périphérique, mais n'y a-t-il pas d'autres moyens de le faire ? On sait qu'une partie de la chaleur produite sera récupérée dans le chauffage urbain, mais l'été, où ira la chaleur ? Et pendant les nombreuses canicules à venir ? Et puis est-ce vraiment nécessaire de construire cela tout près de nos habitations ?
C'est aussi la mise à l'écart des habitant·es des quartiers de Parilly et des Essarts qui nous interroge.
En décembre 2025, le conseil municipal de Bron a voté la vente à la Métropole de la parcelle destinée à construire ce data center. En février 2026, un communiqué de presse de la Métropole sur la construction certaine du datacenter et le choix de l'opérateur privé a été publié. En mai 2026, un court article est paru dans le magazine de la métropole Le Met'. Alors que sa mise en service est annoncée en 2028 après deux ans de travaux, ce projet de datacenter de Bron-Parilly n'a pas fait l'objet d'une consultation ni d'une communication dans le quartier (ni panneaux d'affichage, ni réunions publiques). Cet été, très peu de personnes de ces quartiers étaient informées de ce projet, alors que celui de l'aménagement de la ZAC de Parilly dans son ensemble fait l'objet de communications régulières.
Aujourd'hui, de nombreuses questions sont encore sans réponse. Quelles seront les conséquences environnementales de ce datacenter ? On ne connaît pas non plus la puissance du projet ni la date du début de construction pourtant annoncée en 2026. Que devient la végétation existante ? Est-ce que les besoins en électricité, cumulés à ceux des autres centres de données de l'Est Lyonnais, vont concurrencer nos autres besoins pour la métropole ?
Nous devrions tous et toutes nous sentir concerné·es, réfléchir à nos usages, à ce que nous voulons préserver de vie réelle et à ce que nous acceptons comme vie numérique. Nous devrions exiger une implication citoyenne dans ce type de décision, parce que le contexte est préoccupant.
Parce que de l'argent public est placé dans ce projet.
Parce que les canicules passées et celles à venir vont augmenter en intensité et en fréquence.
Parce que les besoins en électrification augmentent.
Parce que les pénuries d'eau et d'autres ressources sont déjà là et seront notre quotidien dans un avenir de plus en plus proche.
Parce que nombre de datacenters ont des autorisations de montée en puissance une fois qu'ils sont construits.
Et parce que c'est au cœur de quartiers défavorisés que ces projets voient le plus souvent le jour.