15/02/2026
De Stephane Salord cofondateur de notre collectif :
"Refusons la mort annoncée de la rivière La Thumine !
Cette semaine on va s'intéresser à la rivière La Thumine, affluent de l'Arc, bordant à l'ouest La Constance sur tout son long, et qui a deux visages totalement différents.
Au fond du vallon, on l’aperçoit à peine. La Thumine ne fait pas de grands méandres photogéniques, ne traverse aucune place célèbre : elle glisse du Jas de Bouffan, derrière les parkings, longe les clôtures des lotissements, disparaît sous un rond‑point avant de réapparaître, plus loin, dans un fouillis de branches à La Constance, en pleine nature et champs agricoles. Vue du boulevard urbain du Jas de Bouffan, on croirait un simple fossé, une « servitude technique » parmi d’autres; mais si l’on descend sur ses berges, on découvre un petit monde serré autour de l’eau et de ses zones humides : une ripisylve encore dense, galerie d’ombres fraîches au milieu du dur béton.
Cette ripisylve, ce ruban d’arbres et de buissons qui accompagne la rivière, fonctionne comme une colonne vertébrale verte pour tout l’ouest aixois. Saules, frênes, robiniers, ormes et fourrés épineux s’y entremêlent, offrant des perchoirs aux oiseaux, des abris aux hérissons, aux renards, aux reptiles, et des zones humides précieuses pour les amphibiens. On y a recensé plus de 170 espèces animales et plus de 200 espèces végétales, dont certaines protégées, preuve que ce petit vallon sans gloire est, en réalité, un noyau de biodiversité coincé entre ville et campagne.
Pourtant, l’histoire de la Thumine ne commence évidement pas avec les immeubles ni les parkings aixois. Il faut remonter à l’Antiquité pour retrouver un tout autre paysage : celui d’un versant raviné, où l’eau descend naturellement vers la plaine de l’Arc, et où les habitants aménagent rapidement des drains, des fossés, des petits ouvrages de pierre pour domestiquer les ruissellements. Les archéologues ont mis en évidence des drains orientés ouest–est, suivant la pente, des fosses de plantation, des trous de poteaux, autant de traces d’un terroir organisé autour de l’écoulement de l’eau : sans ce travail patient, les terres seraient restées trop humides, impropres à une agriculture intensive.
Au XIXᵉ siècle, le cadastre napoléonien montre un paysage de vignes et d’oliviers structurés par ce vallon de la Thumine. Le ruisseau et ses fossés associés forment une infrastructure discrète mais vitale : ils drainent les parcelles, évitent l’engorgement des sols, participent à la fertilité des cultures. À cette époque, on ne parle pas de « corridor écologique » mais, de fait, la Thumine et sa ripisylve jouent déjà ce rôle : couloir humide au milieu des champs, refuge pour la faune, zone tampon lors des fortes pluies.
La grande bascule intervient au XXᵉ siècle, lorsque le plateau du Jas‑de‑Bouffan puis, plus largement, l’ouest d’Aix, se couvrent d’immeubles, de lotissements, de zones commerciales. Les routes se multiplient, les surfaces s’imperméabilisent, les ruissellements s’accélèrent, et la Thumine se retrouve progressivement recalibrée, rectifiée, parfois busée ou bordée de murs en béton. On lui demande d’évacuer les eaux pluviales d’un quartier entier, alors qu’elle n’était qu’un petit ruisseau agricole; son lit est enfermé, ses berges rognées, son identité de rivière presque effacée derrière sa fonction de « collecteur pluvial » !
C’est dans ce contexte que la notion de corridor vert prend tout son sens. Malgré les aménagements, la ripisylve de la Thumine n’a pas totalement disparu; au contraire, elle s’est maintenue comme un des rares linéaires boisés continus encore présents dans ce secteur. Les études menées par la MRAE concernant le projet de la ZAC de la Constance identifient clairement ce vallon comme une continuité écologique indispensable à préserver : bande d’arbres et de buissons qui relient l'ensemble aux espaces plus ouverts de la plaine de l’Arc, permettant le déplacement des espèces et jouant un rôle de filtre naturel pour les polluants transportés par les eaux. Mais la proximité de tels travaux nuira inévitablement à la La Thumine, à sa sérénité, et à son rôle écologique, vu l'immensité des terrassements envisagés… Après la Zac du Jas de Bouffan, ce sera alors la deuxième mort de la Thumine…
Autour de la Thumine, la ripisylve cumule en réalité plusieurs fonctions. Elle protège les berges contre l’érosion, stabilise les sols par ses racines, ombrage l’eau et limite son réchauffement, indispensable à la vie aquatique. Elle capte une partie des nitrates, des sédiments et des polluants venus des surfaces urbaines, joue le rôle de « station d’épuration naturelle » avant que l’eau ne rejoigne l’Arc. Pour la faune, c’est une autoroute verte : même si le lit est étroit, la bande boisée continue permet aux oiseaux, aux chauves‑souris, aux petits mammifères et aux insectes de circuler dans un paysage de plus en plus fragmenté.
Mais cette richesse écologique se trouve aujourd’hui sous pression. Le projet que nous contestons de ZAC de la Constance, les projets de voirie et l’augmentation considérable du trafic renforceront considérablement les risques : artificialisation accrue des sols, ruissellement plus rapide, pollution diffuse, perturbations lumineuses et sonores.
Notre collectif alerte sur le fait qu’un petit affluent comme la Thumine, déjà très sollicité, pourrait basculer définitivement si sa ripisylve est amputée ou trop fragmentée par les aménagements.
Dores et déjà mal entretenue et obstruée, l'arrivée de La Thumine au bas de la route de Valcros (voir photo Arc Fleuve Vivant ci dessous) est un enjeu d'aménagement et d'écologie important avant de se jeter dans l'Arc."