15/04/2026
"𝐋’𝐢𝐧𝐭𝐨𝐮𝐜𝐡𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐚𝐯𝐚𝐧𝐭 𝐥’𝐢𝐧𝐟𝐚𝐢𝐥𝐥𝐢𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ ?
𝐿𝑒 𝐺𝑎𝑏𝑜𝑛 𝑎̀ 𝑙’𝑒́𝑝𝑟𝑒𝑢𝑣𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑙𝑖𝑏𝑒𝑟𝑡𝑒́ (𝑙𝑎 𝑙𝑜𝑖 𝑑𝑒𝑣𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑖𝑛𝑠𝑡𝑟𝑢𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑟ôl𝑒)
Depuis le coup d’État, une constante n’a jamais quitté le pouvoir en place : la logique de l’exclusion, de la restriction des libertés et de la confiscation.
Jour après jour, décision après décision, texte après texte, cette logique se déploie, s’installe et s’assume. Elle ne dit pas toujours son nom. Elle se cache derrière des mots rassurants : régulation, sécurité, ordre public. Mais sa nature profonde est connue dans l’histoire des peuples.
𝐂𝐞𝐭𝐭𝐞 l𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚 𝐮𝐧 𝐧𝐨𝐦 : 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐜𝐭𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞.
Il est écrit dans l’Évangile selon Luc (11 :11-13) :
« Q𝑢𝑒𝑙 𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑟𝑚𝑖 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒 𝑝𝑒̀𝑟𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒𝑟𝑎 𝑢𝑛𝑒 𝑝𝑖𝑒𝑟𝑟𝑒 𝑎̀ 𝑠𝑜𝑛 𝑓𝑖𝑙𝑠, 𝑠'𝑖𝑙 𝑙𝑢𝑖 𝑑𝑒𝑚𝑎𝑛𝑑𝑒 𝑑𝑢 𝑝𝑎𝑖𝑛 ? 𝑂𝑢 s'𝑖𝑙 𝑑𝑒𝑚𝑎𝑛𝑑𝑒 𝑑𝑢 𝑝𝑜𝑖𝑠𝑠𝑜𝑛, 𝑙𝑢𝑖 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒𝑟𝑎-𝑡-𝑖𝑙 𝑢𝑛 𝑠𝑒𝑟𝑝𝑒𝑛𝑡 ? »
Les Gabonais demandent de l’eau, on resserre sur eux l’étau de la censure.
Ils demandent l’électricité, c’est la servilité qui leur est exigée.
Ils demandent l’emploi et c’est la surveillance que, sur eux, l'on déploie.
Ils réclament la justice, veulent la sécurité, aspirent à une vie digne et, à la place, on leur répond par des ordonnances liberticides.
Voilà la vérité que veulent cacher les slogans et autres déclarations du pouvoir.
Les priorités du peuple sont pourtant connues : l’eau, l’électricité, l’emploi, la santé, l’éducation, la sécurité, la justice, la lutte contre la vie chère, etc…
Mais le gouvernement fixe ses propres priorités et déploie ailleurs son agenda : 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗼̂𝗹𝗲𝗿, 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗱𝗶𝗿𝗲, 𝗰𝗲𝗻𝘀𝘂𝗿𝗲𝗿, 𝗶𝗻𝘁𝗶𝗺𝗶𝗱𝗲𝗿, 𝗲𝗺𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲𝗿.
Cette logique ne date cependant pas d’aujourd’hui. Elle est aussi vieille que le nouveau pouvoir.
Depuis le coup d’État du 29 août 2023 en effet, cette logique traverse tous les moments importants de ce pouvoir et inonde tous les textes majeurs qu'il adopte :
- La Charte de la Transition
- Le Dialogue national dit inclusif
- La Constitution
- Le Code électoral
- La loi sur les partis politiques
- Le Code de la nationalité
- Les ordonnances sur les réseaux sociaux
Pris isolément, chacun de ces moments et/ou textes peut être présenté comme une réforme. Mais mis bout à bout, ils révèlent une cohérence implacable avec comme unique fil conducteur la volonté de diviser, d’écarter, d’exclure, de bannir.
Diviser les citoyens entre ceux qui sont gabonais à part entière et ceux qui, hélas, sont gabonais entièrement à part.
Écarter ceux qui dérangent pour promouvoir ceux qui s’alignent, les doigts sur la couture du pantalon.
𝗘𝘅𝗰𝗹𝘂𝗿𝗲 𝗰𝗲𝘂𝘅 𝗾𝘂𝗶 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗲𝘀𝘁𝗲𝗻𝘁.
N’attribuer les marchés publics qu’aux seuls copains, coquins et consanguins pour mieux asseoir leur mainmise sur l’économie nationale.
Comme on peut le voir, ce n’est pas qu’une série de décisions, c’est une stratégie.
Une stratégie de verrouillage progressif de l’espace politique, économique, social et désormais numérique.
La publication au Journal officiel des ordonnances du 26 février 2026 marque un tournant grave.
Les textes publiés au Journal Officiel n°110 du 8 au 15 avril 2026, consacrent un dispositif inédit : une réglementation des réseaux sociaux qui engage la responsabilité de tout utilisateur, y compris celui qui partage un contenu, et impose une identification stricte de chaque citoyen.
Ainsi, tout utilisateur doit désormais fournir ses données personnelles, y compris son Numéro d’Identification Personnel (NIP) pour accéder aux plateformes numériques.
Ce n’est plus une simple régulation, c’est une mise sous surveillance généralisée.
Exiger le NIP pour accéder aux réseaux sociaux, c’est transformer chaque citoyen en individu traçable. C’est instaurer une société où parler devient un risque et où partager devient un délit potentiel. C’est la fin de l’anonymat, mais surtout le début de la peur. Car lorsque l’État sait qui parle, il peut décider qui doit se taire.
George Orwell n’avait pas écrit un roman (1984), il avait écrit un avertissement et, aujourd’hui, au Gabon, cet avertissement devient réalité.
𝘉𝘪𝘨 𝘉𝘳𝘰𝘵𝘩𝘦𝘳 n’est plus une fiction. Il est une réalité au Gabon.
À travers ces ordonnances, le pouvoir se dote d’un outil redoutable :
- Responsabilité solidaire de tous les acteurs
- Sanctions pénales lourdes (jusqu’à plusieurs années de prison),
- Possibilité de suspendre des comptes ou restreindre des contenus en urgence.
- Ralentir ou bloquer l’accès à certaines plateformes.
Nous ne sommes plus dans la régulation. Nous sommes dans l’ingénierie du contrôle social.
Plus troublant encore est la chronologie des faits : ces ordonnances sont datées du 26 février 2026, mais publiées seulement le 8 avril 2026.
Le gouvernement avait pourtant annoncé l’organisation préalable d’un forum citoyen sur la régulation des réseaux sociaux. Ce forum n’a jamais eu lieu.
𝐀𝐮𝐜𝐮𝐧 𝐝𝐞𝐛𝐚𝐭, 𝐚𝐮𝐜𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧, 𝐚𝐮𝐜𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐩𝐚𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞.
Et pourtant, des textes lourds de conséquences pour nos libertés apparaissent, comme sortis de nulle part.
Alors une question doit interpeler chaque Gabonais : par quel passe-passe institutionnel des textes aussi majeurs peuvent-ils tous être datés du même 26 février ?
Ce n’est plus du droit, c’est une forme de magie administrative. Et quand le droit devient flou, c’est toujours la liberté qui recule.
Ces décisions ne sont pas isolées, elles s’inscrivent dans une trajectoire cohérente : celle d’un pouvoir qui gouverne par la peur et qui, par là, masque la peur qu’il a de la liberté et des esprits libres. D’où la seule chose qu’il lui reste :
- Censurer les réseaux sociaux.
- Restreindre l’expression libre.
- Multiplier des textes coercitifs.
À chaque étape, la même logique : 𝗿é𝗱𝘂𝗶𝗿𝗲 𝗹’𝗲𝘀𝗽𝗮𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗹𝗶𝗯𝗲𝗿𝘁𝗲𝘀.
On nous parle de lutte contre la désinformation, mais qui définit ce qui est vrai ?
𝗢𝗻 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗽𝗮𝗿𝗹𝗲 𝗱’𝗼𝗿𝗱𝗿𝗲 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗰, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮𝘂 𝗻𝗼𝗺 𝗱𝗲 𝗾𝘂𝗲𝗹 𝗼𝗿𝗱𝗿𝗲 ?
On nous parle de responsabilité, mais pourquoi seulement celle des citoyens, jamais celle du pouvoir ?
L’histoire nous enseigne une chose essentielle : toute dictature commence toujours par encadrer la parole car celui qui contrôle ce qui se dit, contrôle ce qui se pense. Et celui qui contrôle ce qui se pense, contrôle ce qui se fait.
𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 !
À force de vouloir fabriquer une pensée unique, le pouvoir oublie une leçon fondamentale : Frankenstein finit toujours par échapper à son créateur.
𝐔𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐪𝐮’𝐨𝐧 𝐬𝐮𝐫𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐟𝐢𝐧𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐬𝐞 𝐫𝐞𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫.
𝐔𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐪𝐮’𝐨𝐧 𝐟𝐚𝐢𝐭 𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐟𝐢𝐧𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐫 𝐬𝐞 𝐫𝐚𝐝𝐢𝐜𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫.
𝐔𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐪𝐮’𝐨𝐧 𝐞𝐱𝐜𝐥𝐮𝐭 𝐟𝐢𝐧𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐫 𝐬𝐞 𝐥𝐞𝐯𝐞𝐫.
Le 26 février 2026 n’est pas une date anodine. Elle marque peut-être le moment où le Gabon a basculé. Non pas dans l’ordre, mais dans le contrôle. Non pas dans la régulation, mais dans la restriction. Non pas dans la démocratie, mais dans sa mise sous tutelle.
𝐋𝐞𝐬 𝐆𝐚𝐛𝐨𝐧𝐚𝐢𝐬 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐦𝐢𝐞𝐮𝐱.
𝐈𝐥𝐬 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐪𝐮𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞̀𝐠𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐮𝐫𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐚𝐧𝐜𝐞.
𝐈𝐥𝐬 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐚̀ 𝐥’𝐞́𝐜𝐨𝐮𝐭𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐧𝐞 𝐦𝐞𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐮𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐞́𝐜𝐨𝐮𝐭𝐞.
𝐋𝐞 𝐆𝐚𝐛𝐨𝐧 𝐚 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐭 𝐮𝐧 𝐚𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐦𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐞𝐬 𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐭𝐬.
Car gouverner, ce n’est pas craindre son peuple. C’est lui faire confiance. Aujourd’hui, la question n’est plus technique. Elle est profondément politique.
𝗤𝘂𝗲𝗹 𝘁𝘆𝗽𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗲𝘁𝗲 𝘃𝗼𝘂𝗹𝗼𝗻𝘀-𝗻𝗼𝘂𝘀 ?
Une société de citoyens libres, ou une société d’individus sous contrôle ?
𝐏𝐚𝐫 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐞𝐬𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐞𝐬 𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞𝐬, 𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐢𝐧𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐚𝐜𝐫𝐞 𝐥’𝐢𝐧𝐭𝐨𝐮𝐜𝐡𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐝𝐮 𝐏𝐫𝐞́𝐬𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐑𝐞́𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐟𝐮𝐭 𝐞𝐧 𝐬𝐨𝐧 𝐭𝐞𝐦𝐩𝐬 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐮 𝐫𝐨𝐢 𝐝𝐞 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞. 𝐍𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐪𝐮’𝐚̀ 𝐥𝐮𝐢 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐫𝐝𝐞𝐫 𝐥’𝐢𝐧𝐟𝐚𝐢𝐥𝐥𝐢𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐩𝐚𝐩𝐚𝐥𝐞, 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐛𝐨𝐮𝐜𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐫𝐚 𝐛𝐨𝐮𝐜𝐥𝐞́𝐞.
L’histoire jugera. Ceux qui sont à la manœuvre comme ceux qui approuvent ne pourront pas dire qu’ils y ont été contraints.
Il appartient désormais à chacun de rester lucide. Car lorsqu’un pouvoir entreprend de surveiller ce que vous dites, c’est qu’il a décidé de prendre le contrôle de votre pensée et d’imposer la pensée unique.
Face à cela, que faire ?
Lutter, innover, contourner, exister.
En un mot : rester debout."
𝐀𝐥𝐚𝐢𝐧-𝐂𝐥𝐚𝐮𝐝𝐞 𝐁𝐢𝐥𝐢𝐞-𝐁𝐲-𝐍𝐳𝐞
𝐴𝑛𝑐𝑖𝑒𝑛 𝑃𝑟𝑒𝑚𝑖𝑒𝑟 𝑀𝑖𝑛𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒
𝑃𝑟𝑒𝑠𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑢 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖 𝐸𝑛𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒 𝑃𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝐺𝑎𝑏𝑜𝑛 (𝐸𝑃𝐺)