11/02/2026
Akhiir felaween
Hommage (4)
Elle ne savait quelle direction. prendre, monter ou descendre !
Dans chacune des trois maisons voisines de la leur habitait Ghanima ; à quelle porte devait-elle frapper ?
Laquelle devait-elle appeler ?
Elle enfila ses chaussures ou plutôt la première paire qu’elle trouva devant elle , puis sortit, gravissant la pente vers la maison de Da Belaid.
Baya dit :
« Nek yellis n Ahmed » , oubliant au passage quelques lettres, mais le sens de la phrase était parvenu.
« Laɛslama, yelli… amek tssiliḍ, i yemmaoulane-im uthniɣ wara ? »
Baya répondit simplement :
« Ça va… »
Puis elle ajouta : « … Azzlamit », incapable de former une phrase complète.
Mais la voisine comprit son mot, le replaça aussitôt dans une phrase, et lui tendit depuis la cuisine une boîte d’allumettes. Baya la prit et rentra chez elle comme quelqu’un qui vient de remporter une transaction d’actions à la Bourse de Wall Street.
Comme à l’accoutumée, les rues du village demeuraient silencieuses tout au long de la semaine. Tous l’avaient déserté, sauf quelques familles que les circonstances avaient contraintes à rester.
La plupart des villageois avaient construit de nouvelles maisons à quelques centaines de mètres plus haut, au-dessus du vieux village. Tous avaient adopté le nouveau modèle d’habitation : on bâtissait un ou plusieurs garages, puis on élevait la maison au-dessus.
Ils avaient vécu des générations entières loin de la route goudronnée ; désormais, leur rêve était de s’en rapprocher. Chacun garait sa voiture au rez-de-chaussée puis montait chez lui, estimant avoir accompli là un pas gigantesque dans sa vie — et dans celle des générations à venir.
Et le village resta, avec toutes ses maisons vides, où le vent sifflait parfois, relayé par le grincement des criquets. Les saisons s’y succédaient, lançant des appels de détresse à un monde qui ne prêtait aucune attention à l’héritage des ancêtres.
Des maisons qui avaient vu leur naissance et celle de leurs aïeux, qui avaient résisté aux neiges, aux chaleurs et aux épreuves, demeuraient là, après des décennies, seules — sans enfants pour égratigner leurs murs, sans mères pour balayer leurs ruelles, sans pères pour allumer les feux qui les réchauffaient.
Sans ces grands-mères aux dos courbés, qui pourtant avaient marché des miles et des miles, patienté des générations durant, et leur avaient conté les merveilles de Teryel, de Thaouklith et de Yemma Jdida, lors des nuits d’hiver sans lampes — seules les bougies tenaient encore, en position de veille, luttant contre leur propre font.