17/07/2026
Algérie : Quand le climatiseur tourne à 16°C sur fond de piratage et de larmes de crocodile
Nous excellons dans un sport national : le lynchage numérique des institutions. Dès que le réseau électrique flanche sous le poids de millions de climatiseurs réglés en mode « banquise » en plein mois de juillet, les smartphones chauffent plus vite que les transformateurs. On crie au scandale, on exige un service digne de la Suisse, tout en oubliant un détail croustillant : la citoyenneté ne s'arrête pas là où commence la resquille.
Comment appelle-t-on le fait de pirater sauvagement le réseau public pour pomper l'électricité, le gaz ou l'eau sans débourser un centime ? Du vol, tout simplement. Un sabotage en règle que l'on maquille trop souvent en « système D » ou en « droit légitime » face à l'État.
Le civisme dans le noir : La culture de la gratuité absolue
La vraie différence entre nos contrées et les nations occidentales ne réside pas dans l'absence de pannes, mais dans la maturité des usagers. Prenez l'exemple de l'Allemagne ou de l'Europe du Nord : là-bas, la sensibilisation est un investissement massif et permanent. Les compagnies d'énergie dépensent des fortunes en campagnes percutantes pour ancrer une évidence : l'énergie a un coût et des limites. On y apprend à modérer sa consommation durant les heures de pointe (12 h-17 h) et à stabiliser son thermostat à 21 °C. Chez nous, on préfère la consommation passive, illimitée et, si possible, non facturée.
Le piratage des lignes et des conduites est un secret de Polichinelle. Des particuliers aux unités de production entières, on pille la collectivité nationale pour faire tourner son confort ou son commerce au détriment de la sécurité de tous.
> Le dindon de la farce : En Allemagne, un habitant qui tenterait de bidouiller un compteur ou de tirer un câble sauvage au vu et au su de tous verrait la police et les techniciens débarquer dans le quart d'heure, alertés par ses propres voisins. Chez nous, la solidarité de quartier s'est transformée en complicité passive. On ferme les yeux sur le vol du voisin, oubliant que, lorsque le réseau saute sous la surcharge, c'est toute la rue qui paie l'addition. Voler l'État, c'est d'abord voler son propre double de clés.
L'algorithme face à la combine : Le miroir de l'honnêteté
La technologie s'achète, mais la conscience sociale s'éduque. Si les réseaux allemands ou anglo-saxons gèrent les flux grâce à une numérisation transparente et à des alertes SMS millimétrées au moindre incident — un modèle de transparence dont Sonelgaz devrait impérativement s'inspirer —, le système repose avant tout sur une confiance mutuelle.
Lors d'une panne majeure en Occident, il est courant que la compagnie d'électricité propose de rembourser les denrées perdues dans les congélateurs sur simple déclaration. Imaginons une seconde ce dispositif appliqué en Algérie : les formulaires déborderaient instantanément de homards virtuels, de gigots d'agneau fantômes et de produits de luxe prétendument avariés dans des réfrigérateurs pourtant vides. Le constat est amer : aucun algorithme, aussi perfectionné soit-il, ne pourra jamais corriger un déficit d'honnêteté collective.
Électricité : Les propositions pour un sevrage collectif
Pour rompre ce cercle vicieux, la répression pure ne suffira pas. Il faut contraindre au civisme par des incitations modernes :
● Un matraquage publicitaire agressif, quotidien, sur les écogestes et la gestion des pics de consommation à la télévision et à la radio.
● Un « bonus de sobriété » via un algorithme récompensant directement sur la facture les ménages qui acceptent de lever le pied en été.
● Des subventions massives à la rénovation thermique (isolation, double vitrage) pour les foyers modestes, calquées sur les programmes d'efficacité énergétique européens, afin de réduire le besoin maladif de climatisation.
● Une refonte des programmes scolaires dès le plus jeune âge pour enseigner qu'éteindre une ampoule inutile ou chasser le gaspillage est le premier acte de défense du pays.
L'effort de l'ombre face aux critiques de salon
Pendant que les commentaires acerbes et les insultes fusent sur les écrans, il convient de saluer le leadership réactif au plus haut sommet de l'État face à cette crise, ainsi que le déploiement héroïque des équipes de terrain du groupe Sonelgaz. Rétablir des lignes majeures en 6 à 8 heures sous une météo aussi extrême relève de la prouesse technique — là où de vieilles superpuissances européennes ou américaines mettent parfois 24 à 48 heures à réagir après une tempête ou une surcharge. Notre reconnaissance doit être entière envers ces travailleurs de l'ombre.
L'Algérie de demain, forte de ses 48 millions d'habitants, ne pourra pas se construire uniquement à coups de chèques étatiques si le citoyen refuse de grandir. Cesser d'être de simples consommateurs critiques derrière un écran pour devenir des acteurs responsables est une urgence nationale. Aucune infrastructure ne pourra jamais compenser le piratage des lignes, le vol du gaz et le silence complice d'un voisinage.