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14/04/2026

Invitée de la Bibliothèque de Radio Orient, Nadira Naït Ouyahia nous présente son premier roman « Kaïssa, à la recherche du père perdu », publié aux Éditions Orient.

14/04/2026

Entretien avec Nadira Nait Ouyahia sur son roman "Kaïssa" : elle explore l'absence paternelle, la tradition orale kabyle et le pouvoir de la fiction pour réparer ce qui a manqué.

31/01/2026

Kaïssa, à la recherche de son père perdu est le premier roman de Nadira Naït Ouyahia. Cette dernière a déjà proposé aux lecteurs un recueil de poèmes, en kabyle et en français, intitulé Udem n wayyur (L’éclipse), où elle célèbre plusieurs figures de la poésie et de la révolte. Plu...

04/01/2026

LE MONDE SELON KAISSA OU LE VERTIGE D’UN ROMAN

Chronique du journaliste-écrivain Arezki Metref dans Le Soir d'Algérie

De toute évidence, ça fait longtemps que je n’ai pas lu quelque chose d’aussi tranquillement fort, silencieusement puissant. Quand on referme ce roman, on ne le quitte pas vraiment ou plus exactement, lui ne nous quitte pas. Il continue de creuser dans la friabilité de l’émotion, de forer l’affect, de sonder nos vulnérabilités. Il persiste à surnager en nous comme un chant ancien qui refuse d’etre voué à l’extinction. On continue de frémir avec Kaïssa, de marcher dans ses pas, à inhaler son silence.

Alors, une question surgit des marges de cette histoire : pourquoi sommes-nous ému par cette plongée dans le destin de ces femmes kabyles, suspendues entre les lois immuables de leur terre et les murmures de leur âme ? Et soudain, on comprend. Eurêka. Oui, cela fait penser à Taos Amrouche. À cette voix qui pleure et qui chante, dans le même sanglot euphorique, qui invoque les absentes et les oubliées, tisserande de ponts entre les mondes.

Certains romans ne se contentent pas de raconter. Ils avancent à pas feutrés, comme une enfant sur les sentiers de pierres, traînant derrière elle une absence trop lourde pour ses jeunes épaules. « Kaïssa : À la recherche du père perdu » (1), le premier roman d’une jeune auteure qui promet, Nadira Naït Ouyahia, est de ceux qui sont plus que de la littérature. Ce n’est pas une lecture, c’est un trajet. On traverse un rêve brisé, une douleur sans nom, un désert sans fin.

Dans un village accroché aux flancs du Djurdjura, une fillette voit surgir un jour un homme qu’on lui dit être son père. Il arrive sans bruit, avec un xylophone en bois peint — étrange offrande dans le paysage de silence millénaire de cette montagne qui en a tant vu. Puis ce père déjà fantomatique, une ombre furtive, repart. Sans explication. Sans adieu. Comme un souffle qui passe, et ne revient pas. Et c’est là que commence la quête de Kaïssa. Elle n’est pas à la quête d’un homme, mais d’une vérité enfouie. Elle cherche un sens qui se dérobe comme l’eau entre les doigts.

À l’école, quand la maîtresse demande : « Et ton père, Kaïssa ? », l’enfant baisse les yeux. Elle ne peut même pas dire qu’il est mort. Car il n’est pas mort. Il est pire que mort : il est flouté. Il est absence. Il est silence. Il est cette béance dans la mémoire qu’on ne peut combler ni par les mots ni par les larmes. Alors Kaissa invente. Elle ment. Elle se tait. Elle fabule. En cherchant à comprendre, elle commence à ecrire, à emmêler réalité vidée et fiction remplie de frémissements. Elle demande, interroge, questionne. Et chaque question devient une gifle, chaque regard une blessure.

Ce roman est énigmatique comme une procession intérieure devant le mausolée de Cheikh Mohand Elhocine. C’est une errance dans les dédales de l’oubli. Le xylophone, ce jouet offert comme une promesse, devient le totem d’une étreinte avortée. Il tinte, parfois oui, mais il ne parle pas. Comme le père évanoui, comme une note de musique abrégée. Comme l’histoire familiale. Comme celle de la Kabylie elle-même, parfois, quand elle se referme sur ses blessures et ses secrets.

Dans sa recherche, Kaïssa fouille les silences, les non-dits, les gestes, les paysages, les rides des anciens, les talismans, les rêves qui s’effilochent. Elle se demande si ce père est revenu un jour ou si elle l’a inventé pour survivre. L’absence devient présence. Le doute, certitude intime. Et le lecteur, lui, vacille entre réel et mirage, entre mémoire et mythe.

Et c’est là que réside la magie : dans ce roman qui semble renouer avec une forme de narration linéaire, presque classique — une enfance, une quête, une révélation qui est une non-révélation — mais qui, par ce retour aux sources, réinvente le genre. Dans un monde littéraire saturé de ruptures factices, de voix éclatées, de temporalités disloquées, revenir à une structure simple devient un acte de sorcellerie douce. La ligne droite devient un sortilège. Elle guide. Elle éclaire sans aveugler.

Ce choix narratif est d’autant plus puissant qu’il s’inscrit aussi dans une tradition orale kabyle, où les histoires se transmettent comme des talismans, de bouche à oreille, dans un ordre sacré. Nadira Naït Ouyahia ne modernise pas cette tradition : elle l’habite. Elle la fait résonner dans un présent tremblant, où les pères s’effacent, où les enfants cherchent des repères, où les femmes portent le poids des silences comme des faix invisibles.

Et dans cette fidélité à une forme ancienne, elle touche à une vérité nouvelle. Car ce qui semble linéaire ne l’est jamais tout à fait. Chaque souvenir est une spirale. Chaque absence, une boucle. Chaque mot, une pierre posée sur le chemin du retour aléatoire. Le roman devient alors un chant de l’origine, une quête de soi à travers l’autre, un miroir tendu à ceux qui n’ont jamais su nommer leur douleur.

Nadira Naït Ouyahia écrit comme on tisse les tapis de haute laine qui protège de l’hiver kabyle. Chaque mot est une entaille, une maille, un fil noué et dénoué. Chaque phrase, une incantation. On pense à Taos Amrouche, bien sûr — à ses complaintes qui disent l’exil intérieur des femmes kabyles. Mais ici, la voix est celle d’une enfant qui n’a pas encore appris à crier. Elle murmure. Elle respire dans le froid. Elle avance.

Ce roman est une plainte tranquille. Un silence sur une partition. Une mélopée. Un chant de détresse sublimé par la poésie du manque. Il ne peut que parler à tous ceux qui ont connu l’absence, l’attente, le silence des pères, le vertige de l’inexplicable. Il ne répare aucune fêlure. Il la sublime. Et dans cette compréhension, il offre une forme de paix — fragile, mais tenace.
À lire comme on écoute une berceuse triste, les yeux embués, le cœur serré. Pour se sentir moins seul dans ses propres silences. Cela fait longtemps qu’on n’avait pas entendu une voix aussi juste, aussi nue, aussi nécessaire.

Nadira Nait Ouyahia, « Kaïssa, « A la recherche du père perdu », Editions Frantz Fanon (Algérie), Orients-Editions (France),1300 DA / 18 €, 210 pages.

Kaïssa, à la recherche du père perdu" disponible à Michelet dès demain. À Librairie papier d'or Ait Taleb
20/12/2025

Kaïssa, à la recherche du père perdu" disponible à Michelet dès demain.
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