26/08/2026
Retour de Paul Biya : Acte 2 — Un retour sans effet sur les réalités sociales
Le retour spectaculaire de Paul Biya au Cameroun, abondamment relayé comme un événement politique majeur, n’a produit aucun effet tangible sur les réalités sociales du pays. Sociologiquement, ce contraste entre la mise en scène du pouvoir et la persistance des violences quotidiennes révèle une dissociation profonde entre l’État symbolique et l’État réel.
Alors que le pays était invité à célébrer ce retour, la société camerounaise, elle, continuait de s’enfoncer dans une spirale de violences extrêmes — notamment les féminicides, dont la fréquence et la brutalité témoignent d’une crise structurelle.
Une série de féminicides qui interroge la structure sociale
Entre le 6 et le 26 août 2026, 14 féminicides ont été recensés, soit 1,4 féminicide par jour.
Cette liste n’est pas seulement un inventaire macabre : c’est un symptôme sociologique d’un pays où les corps des femmes deviennent les terrains d’expression de violences systémiques.
Voici quelques cas parmi les plus marquants :
• 6 août — Bokito : une femme enceinte meurt lors d’une césarienne confiée à des stagiaires.
• 7 août — Bertoua : une braiseuse de poissons est agressée et dépouillée en rentrant chez elle.
• 7 août — Ngat (Centre) : une femme assassinée, son corps abandonné sur la route.
• 8 août — Bitoutouk (Nyong-et-Kéllé) : Ekassy Samantha, 16 ans, violée à mort par Pala Miguel.
• 11 août — Yaoundé : Daïna Tikeng, mariée depuis 2 mois, égorgée par son conjoint violent.
• 12 août — Yaoundé : Blandine Diane, enceinte, tuée par son copain pour 50 000 FCFA.
• 13 août — Yaoundé : Kenfack Fortune, étudiante, jetée d’un véhicule en marche après une soirée.
• 18 août — Yaoundé : un bozailleur décapite sa compagne enceinte.
• 20 août — Belabo : une femme retrouvée violée et assassinée.
• 21 août — Yaoundé : une mère de trois enfants décapitée par son conjoint.
• 21 août — Meiganga : une femme venue chercher du travail tuée et enterrée par un trafiquant d’ossements.
• 23 août — Douala (Logpom) : Tezembong Hervé charcute sa femme devant leurs enfants.
• 25 août — Yaoundé (Hôtel Salvador) : Beguel Merline assassinée par un homme rencontré en ligne.
• 25 août — Mbalmayo : Delphine Bih empoisonnée par son mari avec du raticide.
🧠 Analyse sociologique : ce que révèle cette violence
Ces féminicides ne sont pas des faits divers isolés. Ils traduisent :
• une crise de la masculinité violente → masculinité toxique
• une défaillance institutionnelle → défaillance de l’État social
• une banalisation du meurtre des femmes → violence de genre
• une fatigue collective face à l’insécurité → fatigue sociale
Le retour du président n’a rien modifié à ces dynamiques. Il n’a pas rétabli la confiance, ni renforcé les dispositifs de protection, ni adressé les causes structurelles de la violence.
🎭 Retour spectaculaire vs. retour structurel
La question essentielle demeure :
Qu’est-ce qui a changé depuis ce retour théâtral ?
Rien.
Parce que le Cameroun n’a pas besoin d’un retour spectaculaire, mais d’un retour structurel, d’un retour normatif, d’un État qui agit sur les causes profondes plutôt que sur les symboles.
Ceux qui attendent un changement immédiat continueront d’attendre.
La salle d’attente est grande, et le système politique camerounais fonctionne précisément sur cette mise en attente permanente du peuple.
LAFAMILLEDABORD