03/06/2026
MARTINEZ ZOGO ET LE DEVOIR DE MÉMOIRE
Par Juliette Schlegl
Certaines voix continuent de parler longtemps après leur disparition.
Ce sont les voix qui ont porté les espoirs des sans-voix, les colères des oubliés et les rêves de ceux qui refusent de renoncer à la justice.
Martinez Zogo était de celles-là.
Journaliste populaire, chroniqueur redouté, homme de parole et de conviction, il a marqué son époque en donnant la parole à ceux qui en étaient privés. Il n’était pas parfait. Aucun être humain ne l’est. Mais il avait choisi une voie difficile : celle de la parole libre.
Dans de nombreuses sociétés, les écrivains, les journalistes, les artistes et les intellectuels constituent la mémoire vivante d’un peuple. Ils observent. Ils questionnent. Ils dérangent parfois. Ils rappellent à la société ses promesses non tenues et ses contradictions.
L’Afrique a toujours produit des femmes et des hommes de cette trempe.
Des écrivains qui ont dénoncé l’injustice.
Des journalistes qui ont enquêté malgré les risques.
Des artistes qui ont utilisé leur musique, leurs livres ou leurs poèmes pour porter les aspirations de leurs peuples.
Martinez Zogo appartenait à cette tradition.
Sa disparition tragique a bouleversé le Cameroun et bien au-delà. Pourtant, au-delà de l’émotion légitime, une question demeure : que faisons-nous de son héritage ?
La mémoire ne doit pas être un rendez-vous occasionnel. Elle ne doit pas réapparaître uniquement lors des procès, des commémorations ou des débats médiatiques.
La mémoire est une responsabilité.
Honorer Martinez Zogo, c’est défendre la liberté d’expression.
C’est encourager la lecture dans des sociétés où le livre peine encore à trouver sa place.
C’est soutenir les auteurs qui écrivent souvent dans l’indifférence.
C’est protéger les journalistes qui continuent d’informer malgré les pressions.
C’est transmettre aux jeunes générations le goût de la vérité, de la réflexion et de l’engagement citoyen.
En tant qu’auteure, je suis convaincue qu’un peuple qui cesse de lire finit par oublier comment penser par lui-même.
En tant qu’artiste, je sais que les chansons, les poèmes et les récits peuvent parfois survivre plus longtemps que les discours politiques.
En tant que citoyenne, je crois que la mémoire collective est l’une des richesses les plus précieuses d’une nation.
Martinez Zogo n’appartient plus seulement à sa famille, à ses collègues ou à ses auditeurs.
Il appartient désormais à l’histoire.
Et l’histoire nous regarde.
Elle nous demande si nous aurons le courage de préserver la vérité, de défendre la liberté et de transmettre aux générations futures les leçons de notre temps.
Les hommes passent.
Les idées demeurent.
Les voix s’éteignent.
Mais certaines continuent de résonner dans la conscience des peuples.
Martinez Zogo est de celles-là.