11/08/2026
🛑 TRIBUNE — Quand la justice devient un instrument privé : alerte sur une dérive inquiétante au Cameroun
Par OUMBE DANILO B., vice président de l'Association Camerounaise Pour la Promotion du Droit et la Justice (ACPDJ)
I/ Une arrestation qui interroge plus qu’elle ne rassure
L’interpellation récente d’une influenceuse connue pour ses contenus “gossip”, à l’aéroport, alors qu’elle s’apprêtait à quitter le territoire, soulève une série de questions graves. Officiellement, il lui est reproché des faits de diffamation à l’encontre d’une chaîne YouTube et de son promoteur. Mais derrière cette qualification juridique, un malaise profond s’installe.
Car comment comprendre qu’une simple affaire de diffamation (infraction de nature ESSENTIELLEMENT civile dans bien des systèmes modernes) conduise à une PRIVATION DE LIBERTÉ PROLONGÉE ? Une semaine de GARDE À VUE. Une semaine. Là où la loi encadre strictement cette MESURE EXCEPTIONNELLE. Comme on dit souvent ''la liberté est la règle et la privation de liberté, l'exception ".
Plus troublant encore : il ressort que cette mesure aurait servi de levier pour obtenir d’elle des excuses publiques. Une pression qu’elle aurait refusée.
Si ces faits sont avérés, on franchit un seuil particulièrement préoccupant :
👉 celui où la privation de liberté devient un outil de contrainte morale et médiatique.
Ce n’est plus seulement une affaire. C’est un signal.
II/ La garde à vue : d’exception à banalité dangereuse
Dans un État de droit, la privation de liberté est une mesure grave. Elle doit rester l’exception, strictement encadrée, justifiée par des nécessités impérieuses d’enquête.
Lorsqu’elle devient un réflexe, un outil commode, voire une arme de pression dans des conflits d’opinion ou d’image, alors c’est toute l’architecture des libertés publiques qui vacille.
Utiliser la garde à vue pour arracher des déclarations, extorquer des aveux, obtenir des excuses ou contraindre une parole est une dérive grave. Cela revient à détourner un instrument judiciaire de sa finalité.
La garde à vue (ou la détention provisoire) ne doit jamais devenir :
➡️un moyen d’intimidation
➡️un instrument de règlement de comptes
➡️un outil de négociation forcée
➡️ou pire, un service “à la demande” pour les plus influents✍️
Sinon, ce n’est plus la justice qui agit. C’est une justice qui est utilisée.
III/ Diffamation : le mot-valise qui fait taire
Il devient urgent de poser un diagnostic lucide : au Cameroun, le terme “diffamation” est aujourd’hui vidé de sa substance pour devenir un outil d’intimidation massive.
On y range :
➡️la critique,
➡️l’opinion,
➡️l’analyse,
➡️voire le simple désaccord.
Or, dans un État de droit, la liberté d’expression inclut le droit de critiquer, y compris de manière virulente, tant que cela reste dans le cadre légal.
La diffamation n’est pas un “joker juridique” permettant de faire taire toute voix dissonante.
Sinon, demain, toute parole devient un risque pénal. Et toute prise de parole devient un acte de courage.
IV/ Peut-on privatiser la justice ?
La question est brutale, mais elle mérite d’être posée :
Assiste-t-on à une privatisation rampante de l’appareil judiciaire au Cameroun 🇨🇲 ?
Lorsqu’un individu disposant de moyens financiers ou de connexions peut, semble-t-il, déclencher :
➡️une interpellation à l’aéroport sans convocation préalable,
➡️une garde à vue prolongée,
➡️une pression pour obtenir des excuses publiques,
➡️une procédure pénale lourde
pour une affaire de réputation…
Alors le doute s’installe. Et ce doute est dangereux.
Car la justice ne doit jamais donner le sentiment d’être :
➡️sélective
➡️instrumentalisée
➡️ou influencée.
UNE JUSTICE PERÇUE COMME INJUSTE PERD SA LÉGITIMITÉ.⚠️
V/ Être une personne publique : assumer le revers de la médaille
Il faut également rappeler une évidence que certains semblent oublier :
On ne peut pas vouloir la lumière sans accepter ses conséquences.
Être entrepreneur, personnalité publique ou acteur médiatique implique :
➡️exposition
➡️critique
➡️surveillance
C’est le prix de la visibilité.
Et surtout, cela impose une grande responsabilité :
👉 celle de MESURER l’OPPORTUNITE D'UNE ACTION JUDICIAIRE.
Car engager des poursuites, ce n’est pas seulement “avoir raison en droit”.
C’est aussi :
➡️attirer l’attention
➡️ouvrir la porte à des investigations
➡️réveiller des zones d’ombre
➡️exposer des éléments qu’on aurait préféré garder discrets.
Les procès ont cette particularité :
ils ne contrôlent pas toujours ce qu’ils révèlent.
Un excès de procéduralisme n’impressionne pas. Il interroge.
VI/ Présomption d’innocence : un principe sacré, pas optionnel
Dans toute cette affaire, un principe fondamental semble relégué au second plan :
👉 La présomption d’innocence.
Toute personne est innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie de façon DÉFINITIVE par une juridiction compétente.
La transformer en coupable médiatique ou judiciaire avant l’heure est une dérive grave.
Et utiliser la détention comme un moyen de pression — notamment pour obtenir des excuses publiques — revient à inverser la logique du droit :
ON CONTRAINT D'ABORD, ON JUGE ENSUITE
C’est inacceptable.
Le Cameroun est un État de droit. Il doit le rester.
Il est essentiel de le rappeler avec force :
🇨🇲 LE CAMEROUN EST UN ÉTAT DE DROIT.
Et en tant que tel :la liberté d’expression est un droit fondamental. Son encadrement relève uniquement de la loi et les abus doivent être sanctionnés par des procédures régulières et non par des mesures arbitraires ou disproportionnées.
ON NE PROTÈGE PAS LA RÉPUTATION (intérêt privé) EN DÉTRUISANT LES LIBERTÉS (intérêt collectif).
On ne renforce pas l’autorité de la justice en la transformant en outil de silence.
VII/ Conclusion : refuser la normalisation de l’inacceptable
Ce qui est en jeu dans cette affaire dépasse largement une influenceuse, une chaîne YouTube ou un conflit d’ego.
Ce qui est en jeu, c’est :
➡️notre rapport à la liberté,
➡️notre conception de la justice,
➡️et notre tolérance face aux abus.
ACCEPTER AUJOURD'HUI, C'EST BANALISER DEMAIN.
Et banaliser, c’est ouvrir la voie à toutes les dérives.
VIII/ Appel à la vigilance citoyenne
L'ACPDJ appele :
➡️les autorités judiciaires à garantir l’indépendance et la rigueur des procédures;
➡️les citoyens à défendre activement leurs libertés;
➡️les acteurs publics à faire preuve de responsabilité et de retenue.
Car une chose est certaine :
👉 UNE SOCIÉTÉ OÙ L'ON A PEUR DE PARLER EST UNE SOCIÉTÉ QUI RECULE.
👉 Une justice qui intimide au lieu de protéger est une justice qui se perd.
IV/ Reprenez votre pouvoir : ne restez plus seuls face aux abus
Aujourd’hui, ce qui arrive à une personne peut arriver à n’importe qui demain.
Face aux dérives, le silence isole et l’organisation protège.
C’est précisément pour cela qu’existe l’Association Camerounaise pour la Promotion du Droit et la Justice (ACPDJ).
👉 En y adhérant, vous :
➡️bénéficiez d’une assistance juridique en cas de litige ou d’abus
➡️êtes accompagné face aux intimidations judiciaires
➡️rejoignez une communauté engagée pour la défense des droits fondamentaux
➡️contribuez activement à renforcer l’État de droit au Cameroun, notre cher et beau pays.
Dans un contexte où certains tentent de faire taire, S'ORGANISER DEVIENT UN ACTE DE RÉSISTANCE.
Ne soyez pas spectateur des injustices.
Ne devenez pas la prochaine cible isolée.
Rejoignez l’ACPDJ dès aujourd’hui.
Parce que vos droits n’ont de valeur que si vous avez les moyens de les défendre.
✊ Adhérez. Protégez-vous. Faites bloc.
OUMBE Danilo B., consultant en Droit des affaires, vice-président de l'Association Camerounaise Pour la Promotion du Droit et la Justice (ACPDJ)
Association Camerounaise pour la Promotion du Droit et la Justice-ACPDJ