27/07/2026
Kribi, le 27 juillet 2026
À Kribi, l'inclusion des personnes handicapées s'invite dans la lutte contre le changement climatique
Voir la vulnérabilité climatique et l'exclusion sociale comme deux combats séparés, c'est se priver d'une partie de la solution. C'est précisément le pari que fait le CJARC à travers son projet de consolidation de l'inclusion sociale des personnes handicapées de Kribi, dont la participation active aux politiques locales de sécurité alimentaire vise à répondre, à son échelle, aux bouleversements climatiques qui frappent déjà la région.
Ce lundi, la ville balnéaire a accueilli une double séquence symbolique : une visite de terrain sur le site du projet, suivie d'une cérémonie solennelle de remise de matériel de communication aux personnes handicapées bénéficiaires. Un moment protocolaire, certes, mais qui condense une évolution de fond dans la manière de penser l'action sociale au Cameroun.
Une cérémonie, plusieurs symboles
Le programme de la journée, minutieusement réglé, en dit long sur les acteurs mobilisés autour de cette initiative. Aux côtés de l'équipe de l'antenne CJARC de Kribi et de sa direction générale, la cérémonie a réuni la municipalité, représentée par Madame le Maire de Kribi 1er, le Coordonnateur national du Programme de Microfinancements du Fonds pour l'Environnement Mondial (GEF SGP), ainsi qu'une déléguée du Ministère des Affaires Sociales (MINAS). Une convergence institutionnelle - collectivité locale, coopération internationale, tutelle ministérielle - rarement réunie pour une remise de matériel, mais qui traduit une reconnaissance partagée : celle du lien encore trop peu formalisé entre inclusion du handicap et résilience climatique.
Le choix du partenaire financier n'est d'ailleurs pas anodin. Porté par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au nom du Fonds pour l'Environnement Mondial, le GEF SGP finance historiquement des micro-projets environnementaux communautaires. Que ce programme investisse aujourd'hui dans du matériel de communication destiné à des personnes handicapées illustre un glissement conceptuel important : la sécurité alimentaire et l'adaptation climatique ne peuvent être pensées sans la participation de tous les citoyens, y compris - et peut-être surtout - de ceux que les crises environnementales frappent le plus durement, souvent en silence.
Le matériel, un outil, pas une fin
Au-delà du symbole, la journée avait une portée résolument pratique. La remise du matériel de communication s'est accompagnée d'une session de formation à son utilisation - un détail qui distingue une politique d'inclusion véritable d'un simple geste caritatif. Doter des personnes handicapées d'outils sans les former à leur usage revient à déplacer la barrière plutôt qu'à la lever. En intégrant cette dimension pédagogique dans son programme, le CJARC semble avoir tiré les leçons d'expériences antérieures où l'aide matérielle, généreuse sur le papier, échouait faute d'accompagnement.
C'est également ce que suggère la devise de l'association, fondée en 1988 et engagée de longue date auprès des personnes déficientes visuelles : « Perdre la vue mais garder la vision pour une société inclusive ». Une formule qui résume assez bien l'ambition du projet kribien - remplacer la capacité manquante par un outil, sans jamais réduire la personne handicapée à son manque.
Une reconnaissance institutionnelle qui ne doit pas rester isolée
Reconnu ONG par arrêté ministériel depuis 2013 et doté d'un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies, le CJARC bénéficie d'une légitimité institutionnelle qui dépasse le cadre local. Cette légitimité, la ville de Kribi et le MINAS l'ont visiblement reconnue en s'associant pleinement à l'événement de ce lundi.
Reste une question, essentielle pour l'avenir de ce type d'initiative : celle du passage à l'échelle. Un projet pilote, aussi réussi soit-il, ne vaut que par sa capacité à essaimer. La présence, aux côtés du CJARC, d'un coordonnateur national et d'une représentante ministérielle laisse entrevoir une volonté de tirer de l'expérience kribienne des enseignements réplicables ailleurs au Cameroun, où le déficit d'inclusion des personnes handicapées dans les politiques climatiques et alimentaires reste, pour l'essentiel, à combler.
À l'heure où le changement climatique redessine les priorités de développement du pays, l'exemple de Kribi rappelle une évidence trop souvent oubliée : une politique d'adaptation qui laisse une partie de la population hors du jeu n'est, au mieux, qu'une politique à moitié réussie.