02/09/2026
FÉMINICIDES AU CAMEROUN : UNE URGENCE NATIONALE QUI NE PEUT PLUS ATTENDRE
Note de conjoncture
Une épidémie qui s'accélère
56 femmes tuées en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025 : 200 vies perdues en trois ans (+37,5 %), selon les chiffres du gouvernement (Minproff). 2026 s'annonce pire : plus de 61 cas recensés en huit mois, dont 16 au d'août et 9 en 8 jours entre le 17 et le 25 août, et 53 cas déjà à fin juillet — parmi lesquels 7 jeunes filles de 10 à 22 ans violées puis tuées. Dernier cas en date : Une femme quotidiennement battue par son mari le nommé Bekolo Nvé François au quartier Ekounou à Yaoundé, renoue avec on marie 3 mois après et meurt sous ses coups dimanche 30 août 2026 à 5h30. Dans la majorité des cas, l'auteur est un conjoint, ex-partenaire ou proche.
Des conséquences qui dépassent la victime
Enfants orphelins sans prise en charge psychosociale organisée ; climat de peur et de défiance envers des institutions perçues comme résignées ; banalisation du phénomène, désormais traité comme un « fait divers ordinaire » (KOACI) ; coût humain et économique durable pour les familles et la nation. Selon ONU Femmes, 22 % des Camerounaises de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques ou se*****es d'un partenaire en un an, et 979 000 personnes, à 94 % des femmes et filles, ont besoin de services liés aux violences basées sur le genre. Cependant ces chiffres sont loin d'être exhaustifs. En effet dans les zones éloignées des métropoles, de nombreuses femmes meurent de féminicides et sous les coups e leurs conjoints. Ces cas ne sont pas relayés, faute e couverture de connexion internet et du silence complice des membres des familles.
Un cadre juridique dépassé
Le Code pénal ne reconnaît aucune incrimination autonome du féminicide : il se limite à l'homicide (art. 275) et l'assassinat (art. 276), sans circonstance aggravante liée au genre — d'où des requalifications a minima et des peines symboliques (affaire Diane Yangwo). Le viol n'est puni que de 5 à 10 ans et 100 000 à 200 000 FCFA d'amende. Un avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre, validé dès 2024 par le Minproff avec la Banque mondiale, ONU Femmes et l'UNFPA, n'est toujours pas devant l'Assemblée Nationale. Il se trouve sur la table du Premier Ministre depuis 2024. Des « lois féminicidaires » subsistent, permettant au mari de gérer seul les biens du foyer et d'entraver le travail de son épouse. La ligne verte 116 existe, mais reste réservée aux enfants bien qu'il ne porte pas de fruits et les femmes adultes n'ont aucun numéro national dédié opérationnel.
Nos propositions, pour agir ensemble
• Femmes et jeunes filles : identifiez les signes précurseurs (contrôle, isolement, jalousie possessive, menaces), gardez un contact de confiance informé, dénoncez tôt auprès des Gender Desks — ne restez jamais seules face à un danger déclaré.
• Hommes : refusez la culture de la possession, de malentendus, de l'incompréhension, de la colère, d'autorirarisme, excessif, de haine, de rancunes, du manque de maîtrise de soi, de la violence, de la jalousie meurtrière, ne couvrez jamais un pair violent, devenez des relais actifs de prévention en famille et dans la communauté.
• ONG et société civile : intensifiez le signalement communautaire, l'accompagnement juridique et psychologique gratuit, et les campagnes de sensibilisation toute l'année de la famille jusqu'à tous les démembrements étatiques, pas seulement lors des journées symboliques.
• Gouvernants : adoptez sans délai la loi sur les violences basées sur le genre; créez une incrimination autonome du féminicide avec circonstance aggravante ; abrogez les lois féminicidaires ; déployez un numéro vert national, gratuit, actif 24h/24 et 7j/7, dédié aux femmes en danger ; formez des Officiers de Police Judiciaire spécialisés dans chaque commissariat, car la plupart des féminicides sont précédés de plaintes ignorées ou de violences répétées jamais prises au sérieux ; rendez compte chaque année devant le Parlement.
« Chaque signature, chaque signalement, chaque loi votée c'est une vie qui peut être sauvée. »
Parce que nous avons une Nation à Bâtir et un Cameroun à construire.
T.N
Tiriane Noah, 2e Vice-présidente MRC , Présidente ASFEMM