23/09/2021
CAMEROUN : BIEN CONNAITRE LE PASSE
POUR MIEUX PREPARER L’AVENIR
Avant 1884, année de signature du traité de protectorat entre les Allemands et les chefs Duala, l’espace géographique actuel du Cameroun était occupé par des royaumes autonomes n’ayant entre les plus proches que des rapports diplomatiques scellés généralement par les mariages inter royaumes et surtout inter cours royales.
A partir de 1884, les colons allemands ont entrepris d’élargir le protectorat en soumettant successivement, parfois au prix d’âpres et meurtrières luttes, ces royaumes. C’est ainsi que le grand Kamerun allemand de 750000 km2 est constitué en 1911, avec des peuples qui sont forcés pour être ensemble. En dépit de la destitution de certains rois particulièrement résistants ou hostiles aux travaux forcés, les Allemands ont eu plutôt de l’admiration pour les royaumes. C’est ainsi qu’ils ont créé des cantons là où les royaumes bien organisés n’existaient pas, avec la tenue coloniale pour distinguer les chefs.
A la suite de sa défaite à la première guerre mondiale (1914-1918), l’Allemagne perd ses possessions africaines. Par le traité de Versailles de 1919, la Société des Nations (SDN) les attribue aux puissances victorieuses sous mandat de classe B. Le Kamerun allemand est arbitrairement scindé en deux : le Cameroun occidental et le Cameroun oriental.
Le Cameroun occidental d’environ 250000 km2 est confié à la Grande Bretagne. Elle y pratique l’administration indirecte (indirect rule) en laissant les royaumes gérer leurs affaires de proximité avec une partie des impôts collectés. Elle y impose aussi l’Anglais comme langue officielle et le système scolaire anglais.
Le Cameroun oriental d’environ 500000 km2 est confié à la France. Elle y pratique le jacobinisme, c’est-à-dire le modèle français d’administration fortement centralisée où tout part des dirigeants centraux. Elle y mène une politique d’assimilation. Ainsi, les rois sont caporalisés et transformés en auxiliaires d’administration collecteurs d’impôts, le Français imposé comme langue officielle et le système scolaire français également imposé.
Dans l’un et l’autre cas, il suffit d’ajouter les religions importées pour compléter le dispositif d’un génocide culturel.
En 1946, l’Organisation des Nations Unies (ONU) transforme le mandat en tutelle afin d’inviter les puissances tutélaires à accélérer l’indépendance des territoires. C’est alors que l’Union des populations du Cameroun (UPC) créé en 1948 monte au créneau et va jusqu’à l’ONU en 1952 pour exiger la réunification avant l’indépendance. Mais, la France a un autre agenda et accorde l’indépendance au Cameroun oriental le 1er Janvier 1960 sous le nom de République du Cameroun. A l’issue du referendum organisé par l’ONU au Cameroun occidental le 11 février 1961 et dont les résultats ont été fortement contestés par la République du Cameroun, la partie Sud du Cameroun occidental (Southern Cameroon) décide de rejoindre la République du Cameroun, tandis que la partie Nord (Northern Cameroon) opte pour le Nigeria.
La conférence de Foumban jette les bases du nouvel ensemble à deux états. La République fédérale du Cameroun est ainsi née le 1er Octobre 1961. Chaque état fonctionne suivant le legs colonial et l’Anglais et le Français deviennent les langues officielles. Contre toute attente, la fête nationale reste le 1er Janvier.
La République Unie du Cameroun, consacrée par le referendum organisé en violation de la constitution le 20 mai 1972, supprime les états fédérés, conserve le bilinguisme et opte purement et simplement pour le modèle de fonctionnement du Cameroun oriental (centralisation administrative). Les populations du Cameroun occidental perdent ainsi la gestion de leurs affaires de proximité, d’où les débuts de leurs récriminations sur la gouvernance.
En 1984, un décret du Président de la république transforme la République unie du Cameroun en République du Cameroun, nom du Cameroun oriental à son indépendance le 1er Janvier 1960. Cette transformation est la goutte d’eau qui fait définitivement déborder le vase de la colère des populations de l’ancien Etat fédéré du Cameroun occidental. En effet, non seulement elles ont perdu en 1972 la gestion de leurs affaires de proximité, mais elles semblent déceler une absorption total dans le système français sans leur avis. Par ailleurs, en dépit du bilinguisme proclamé, les hauts dirigeants francophones répugnent s’exprimer en Anglais.
Il va sans dire que la crise qui court dans l’ancien Cameroun occidental trouve son fondement dans la perte en 1972 des prérogatives octroyées par les Anglais aux autorités locales pour la gestion des affaires locales. Pourquoi mettre fin à d’heureuses prérogatives exercées avec bonheur pendant 53 ans, au lieu de les étendre dans tout le pays ? Sommes-nous plus colons que les Anglais ?
La décentralisation prévue dans la constitution de 1996 aurait pu remettre les pendules à l’heure. Mais 23ans après, le gouvernement n’arrive pas à se départir de la centralisation : pas de compétences exclusives pour les collectivités décentralisées, pas de transfert des moyens financiers suffisants, tutelle à priori, communauté urbaine non élue, organe dirigeant non élu mais investi, etc.
Pour les conditions minimales d’une bonne décentralisation administrative, confère notre ouvrage intitulé « La décentralisation, l’éducation, l’unité nationale et la lutte contre la pauvreté au Cameroun ».
Professeur Tchegho Jean-Marie
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