23/01/2026
L’ECOLE IVOIRIENNE
L'ECOLE IVOIRIENNE : POURQUOI NOS ENFANTS ÉCHOUENT-ILS ?
QUE FAUT-IL FAIRE ?
Depuis le résultat du BACCALAUREAT 2019, nous assistons à des débats
ouverts sur la responsabilité des uns et des autres. Je m’invite dans ce débat pour
parler pédagogie. Notre choix pédagogique est la cause principale des échecs.
Ma contribution critique un système et non un ministre. Parlant de pédagogie, je
voudrais rappeler que chaque pays donne une mission à son école avant de
définir les approches pédagogiques qu’il adopte pour satisfaire cette mission.
Nous traitons tous les conséquences du mal, au lieu de nous attaquer au mal lui
même.
L’HISTOIRE DE NOTRE ECOLE
Les premières écoles ivoiriennes de 1887 à 1946 avaient une mission principale
de former des cadres pour l’administration coloniale.
En janvier 1944, la France, affaiblie économiquement par la Seconde Guerre
mondiale. Aussi, pour anticiper sur les difficultés d’après-guerre, le général De
Gaulle, à la conférence de Brazzaville, puis de Dakar, décide de donner une
nouvelle mission aux écoles des colonies : former une nouvelle classe de
citoyens capables de consommer les produits des industries de la métropole.
L’école moderne ivoirienne venait de naitre.
Ensuite vint les indépendances, FELIX HOUPHOUËT BOIGNY veut ‘’créer la
NATION IVOIRIENNE’’. Les internats sont ouverts et les élèves sont affectés
loin de leurs familles dans des régions différentes. Le but est de créer un
brassage ethnique et culturel. Cette école crée un volet formation des techniciens
et ingénieurs capables de soutenir l’industrialisation et la modernisation du pays.
Depuis 1980, les cours des matières premières chutent sur le marché mondial.
La Côte d’Ivoire passe par divers programmes d’ajustement. Les missions de
notre école sont mises en veilleuses. Les crises successives de 1990 à 2011,
plombent l’école et détruisent l’existant.
POURQUOI NOS RESULTATS SONT FAIBLES ?
Des études et rapports d’évaluation conduits par des chercheurs et des experts
ont identifié un certain nombre de facteurs comme étant à l’origine de la
faiblesse des résultats scolaires, dont notamment : - la dégradation des conditions de l’enseignement (K. Fadiga, 1997), - la mauvaise organisation de l’établissement (M. T Sawadogo et C. Yeo, 1997) - les programmes et les contenus de formation inadaptés ; l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi (Projet BAD V, 2002) ; - l’absence de partenariat entre les écoles de formation et les entreprises (Aska, 2000), etc. - Il faut y ajouter les contraintes liées d’une part à une croissance
démographique de près de 3,6 % par an, qui résulte d’une forte natalité, d’une
baisse de la mortalité et d’un solde migratoire international positif, et d’autre
part, à la jeunesse de la population (56 % des Ivoiriens ont moins de 20 ans).
Ces difficultés installent la démotivation chez la plupart des élèves. Les élèves
considèrent l’obtention des diplômes comme un prestige social plus qu’une
confirmation de compétence. Alors tous les moyens sont utilisés pour avoir ce
prestige.
L’ECOLE DES CHOMEURS
En 2002, une étude de la BAD montrait que notre école formait essentiellement
des cadres destinés au secteur secondaire et tertiaire qui représentent 10% du
marché de l’emploi. Donc 90% du marché de l’emploi ne sont pas couverts par
la formation scolaire.
Ce marché qui couvre les secteurs primaires (agriculture), secondaire informel
(artisanat) et tertiaire informel (commerces informels) est laissé à l’abandon et
flairé par les ressortissants de la sous-région. Ces derniers viennent en masse les
occuper. (La nature ayant horreur du vide).
Le taux de chômage est de 2% selon, le ministre de l’emploi et de 70 à 90%
selon la BAD. Le débat fait rage. Qui est chômeur ? Pour les jeunes c’est le
diplôme qui donne du travail. Et chaque jeune ivoirien qui n’aura pas le travail
lié à son diplôme se considérera comme un chômeur. Alors, si un maitrisard en
sociologie se retrouve maçon, il dira qu’il est au chômage. Il ne fera aucun
projet de vie autour de ce boulot et continuera toute sa vie à passer les concours
de la fonction publique.
QUE FAUT-IL FAIRE ?
REDEFINIR LA MISSION DE NOTRE ECOLE
Former des citoyens capables de se prendre en charger et d’occuper n’importe
quel emploi et de le moderniser.
L’école doit être le lieu qui fait éclore le talent d’un jeune.
L’école doit donner la possibilité à tous les enfants de réussir selon leurs
compétences et leurs talents.
Le diplôme ne doit plus être vu seulement comme un moyen d’intégrer la
fonction publique ou de demander de l’emploi au privé.
Le diplôme doit être la confirmation d’une compétence et la possibilité d’une
réussite.
LES PEDAGOGIES VARIEES ET INEFFICACES
La Côte d’ivoire est déjà passée par diverses formes de pédagogie qui ont tous
eu leurs forces et leurs faiblesses. La plupart, ont montré leurs limites très tôt.
Nous avons eu : - L’enseignement traditionnel ; - L’enseignement télévisuel ;
- La pédagogie par objectifs ; - La formation par compétence - L’apprentissage par compétence. - Aujourd’hui, on parle de plus en plus d’entreprenariat sans une réelle stratégie
lisible.
En gros, de toutes ces pédagogies, seul l’enseignement télévisuel semble être
différent dans la pratique.
Pour toutes les autres aucun changement structurel considérable n’a été apporté
dans notre manière d’enseigner, hormis les sciences expérimentales qui avaient
eu des laboratoires et du matériel grâce à un programme des bailleurs de fonds.
La majorité de ces laboratoires sont redevenus des salles de classe à la fin du
programme. Le matériel a été stocké dans des salles de collection.
CREER UNE NOUVELLE APPROCHE PEDAGOGIQUE ET DE
NOUVEAUX DIPLOMES DU SECONDAIRE ET D’ECOLES
Nos élèves échouent parce que notre école les confine tous dans un seul schéma
de compétence : réussir théoriquement dans les matières dites classiques : math,
physique, français, philo…
Voici ma réflexion en la matière : - Conserver les séries de Baccalauréat A, D, C, E, G … pour les élèves ayant les
aptitudes théoriques et capables de faire des études universitaires
immédiatement après le secondaire. - Mettre en place un autre type de ‘’BACCALEAUREAT’’ dans les ECOLES
D’ENSEIGNEMENT GENERAL qui formeront les élèves pour le marché de
l’emploi et de l’auto-emploi. Ce BAC sera dédié à tous les secteurs pourvoyeurs
de richesses. Rien ne sera défini par le système comme spécialité de l’élève.
* Les élèves choisiront eux-mêmes le métier pour lequel l’école devra les
préparer. L’école pourra juste classer cet emploi par secteurs : l’agriculture, le
commerce, l’artisanat, le transport, la communication, l’événementiel, le sport,
les loisirs, l’informatique et technologie….
* Ces élèves passeront une moitié du temps en classe et une autre moitié au
travail, de la seconde à la terminale.
* L’école établira un partenariat avec les entreprises (des PME, le coopératives
agricoles, les grandes entreprises) afin qu’elles leur apportent le soutien pratique
dans la formation des élèves moyennant des avantages fiscaux ou des soutiens
financiers et ou matériels.
* Ces élèves seront principalement formés en classe, à la citoyenneté : création
d’entreprise, comptabilité d’entreprise, gestion d’entreprise, marketing et
publicité, fiscalité, la législation et l’administration, finance … Cette formation
sera théorique, par projet et par étude de cas.
* L’outil informatique devra être l’outil principal de travail.
QUEL TYPE D’EVALUATION ?
Ø Les élèves auront des notes en classe et des notes en entreprise qui auront la
même valeur.
* Les notes en classe se feront par des projets présentés en Power Point, des
discussions et débat, des exposés devant des invités praticiens.
* Les notes d’entreprise seront des notes d’habiletés de travail : ponctualité,
assiduité, créativité et innovation, collaboration, autonomie, fiabilité,
organisation, l’utilisation de la technologie…
* A ces notes s’ajouteront un volet bénévolat. Chacun de ces élèves doit avoir
un calendrier de bénévolat auprès de la communauté à travers les associations.
* L’EXAMEN DU BAC consistera à la présentation d’un projet final cumulé
des notes des 3 années du second cycle.
* Ce BACCALAUREAT ne sera admis dans aucune université.
Ainsi, nous formerons des citoyens capables de produire pour eux-mêmes dans
n’importe quel secteur d’emploi, de se reconvertir s’il le faut et de servir la
communauté.
LA PARCERELLE
Le système doit donner la chance à chacun de refaire sa vie s’il le veut.
* Il ne faut confiner aucun citoyen dans une compétence donnée. Permettre à
chacun de pouvoir prendre des cours à n’importe quel âge pour compléter son
diplôme du BAC et poursuivre les études universitaires qu’il veut faire.
Par exemple : Un élève qui avait fait le BAC général avec spécialité ELEVAGE
peut vouloir faire la filière Sciences Naturels d’une université. Que le système,
lui définisse seulement les matières qu’il devra étudier (SVT, PC, MATH,
Français) et les notes qu’il devra obtenir pour s’inscrire en Sciences Naturels à
l’université.
LES BOURSIERS IVOIRIENS A L’ETRANGERS
Il faut purement et simplement supprimer les bourses et financer nos universités
avec cet argent.
Il faut plutôt donner des bourses de motivation aux meilleurs étudiants de nos
universités.
Les bourses pour l’étranger seront uniquement données aux travailleurs et aux
universitaires pour aller se perfectionner et revenir relever le niveau scolaire,
universitaire et des entreprises.
La majorité de nos boursiers financés sur le budget public ne rentrent pas au
pays. Autant, désengorger nos universités et y maintenir nos meilleurs élèves
pour relever le niveau de l’enseignement supérieur.
CONCLUSION
Tant que nous continuerons dans le schéma élitiste actuel, notre premier réflexe
sera de mettre un entonnoir pour filtrer au maximum le nombre de bachelier.