03/07/2026
🔴Le bruit des moteurs ne devrait jamais couvrir celui de la fraternité 👬👫👭
Il fut un temps où appartenir au monde de la moto était avant tout une histoire de passion. Une poignée de femmes et d’hommes se retrouvaient autour d’une même envie : rouler, découvrir, s’entraider et partager des valeurs de respect, de solidarité et de liberté. La moto n’était pas un moyen de se distinguer des autres, mais un pont qui rapprochait des personnes d’horizons différents.
Aujourd’hui, en Afrique, et plus particulièrement en Côte d’Ivoire, cette image semble parfois s’effriter.
Le nombre de motos augmente, le nombre de passionnés aussi. Pourtant, plus la communauté grandit, plus elle paraît divisée. Les clubs se multiplient à un rythme impressionnant. Chaque désaccord devient parfois le point de départ d’un nouveau club. Au lieu de renforcer les structures existantes, chacun préfère créer la sienne. Ce qui aurait pu être une richesse devient parfois une source de dispersion.
À cela s’ajoutent les rivalités, les conflits d’ego, les incompréhensions, les querelles de leadership et une concurrence qui dépasse souvent la passion elle-même. Certains événements sont organisés aux mêmes dates pour se faire concurrence. Certaines initiatives sont critiquées avant même d’être soutenues. Les réussites des uns deviennent parfois les frustrations des autres.
Et puis il y a l’argent.
L’argent, qui devrait être un simple moyen de financer des projets, finit parfois par devenir une finalité. Des désaccords naissent autour des cotisations, des sponsors, de la visibilité ou encore des bénéfices liés aux événements. Là où l’on devrait parler de sécurité routière, de formation, de solidarité ou d’entraide, les discussions tournent parfois autour de l’intérêt personnel.
Le résultat est préoccupant.
Des passionnés quittent les clubs.
D’autres choisissent de rouler seuls.
Des femmes hésitent à intégrer ce milieu qu’elles perçoivent comme conflictuel.
Des jeunes, pourtant attirés par la culture moto, préfèrent rester spectateurs plutôt que d’intégrer une communauté qu’ils jugent divisée.
Il est alors légitime de se poser plusieurs questions.
À quel moment avons-nous oublié que nous partageons tous la même passion ?
Pourquoi considérer un autre club comme un adversaire alors qu’il défend, lui aussi, la culture moto ?
Pourquoi créer dix petits groupes incapables de collaborer quand une union forte pourrait faire évoluer tout le milieu ?
Que laisserons-nous aux générations futures si nous continuons sur cette voie ?
Le véritable défi n’est peut-être pas de créer toujours plus de clubs.
Le véritable défi est de construire une véritable communauté.
Une communauté où chaque club conserve son identité tout en respectant celle des autres.
Une communauté où les événements ne sont plus des terrains de compétition mais des occasions de rassemblement.
Une communauté où les femmes trouvent naturellement leur place et peuvent même diriger des organisations sans avoir constamment à prouver leur légitimité.
Une communauté où les anciens transmettent leur expérience au lieu d’entretenir les divisions.
Une communauté où l’on célèbre les réussites des autres comme une victoire collective.
Les solutions existent.
Créer un cadre permanent de dialogue entre les clubs.
Établir un calendrier commun des grands événements afin d’éviter les conflits de dates.
Mettre en place des actions communes autour de la sécurité routière, des œuvres sociales et de la formation.
Encourager une charte de bonne conduite entre les clubs, basée sur le respect, la solidarité et l’éthique.
Valoriser davantage les projets collectifs que les intérêts individuels.
Enfin, rappeler sans cesse que la moto n’est pas seulement une machine.
C’est une culture.
Un état d’esprit.
Une famille.
Le rugissement d’un moteur est beau lorsqu’il est accompagné du respect de celui qui roule à côté de nous.
La grandeur d’un club ne se mesure pas au nombre de ses membres, ni à la taille de son cortège, ni au prestige de son logo. Elle se mesure à sa capacité à unir, à inspirer et à servir la communauté.
Le jour où les motards comprendront que la concurrence les affaiblit mais que l’union les rend incontournables, le milieu de la moto en Côte d’Ivoire, et plus largement en Afrique, retrouvera toute la noblesse qui a fait naître cette passion.
Car au fond, peu importe le nom inscrit sur le blouson.
Lorsque les casques sont fermés et que les moteurs démarrent, nous sommes tous animés par la même passion : celle de la route, de la liberté et de la fraternité.