13/05/2026
D’OÙ VIENT LA REDD+ ? HISTOIRE, ÉVOLUTION ET ENJEUX MONDIAUX
Pendant longtemps, le monde considérait les forêts uniquement comme des réserves de bois, des terres agricoles potentielles ou des espaces à exploiter. Pourtant, au fil des décennies, les scientifiques ont découvert une réalité alarmante : la destruction des forêts contribue fortement au changement climatique mondial.
Lorsqu’une forêt est coupée ou brûlée, le carbone qu’elle stockait depuis parfois des centaines d’années est libéré dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone (CO₂), principal gaz responsable du réchauffement climatique. Les forêts ne sont donc pas seulement des arbres : elles jouent le rôle de gigantesques “puits de carbone”, capables d’absorber et de stocker le CO₂ de l’atmosphère.
Face à l’accélération du changement climatique, la communauté internationale a commencé à mettre en place plusieurs mécanismes de coopération environnementale mondiale.
En 1992, lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, naît Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, souvent appelée CCNUCC.
Cette convention marque un tournant historique : les États reconnaissent officiellement que le changement climatique représente une menace sérieuse pour l’humanité et qu’une action collective devient indispensable.
Quelques années plus t**d, en 1997, le monde adopte le Protocole de Kyoto. Ce protocole impose principalement aux pays industrialisés des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cependant, à cette époque, la question des forêts tropicales et de la déforestation n’était pas encore pleinement intégrée dans les grands mécanismes climatiques internationaux.
Au début des années 2000, les chercheurs et experts internationaux constatent une réalité inquiétante : la déforestation représente une part importante des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Certains rapports estiment même qu’elle contribue davantage aux émissions mondiales que l’ensemble du secteur des transports dans certaines périodes.
C’est dans ce contexte qu’apparaît progressivement le concept de REDD.
En 2005, lors des négociations climatiques internationales, plusieurs pays forestiers tropicaux proposent une idée révolutionnaire : les pays qui réduisent la déforestation devraient être récompensés financièrement.
L’idée était simple mais puissante :
si les forêts rendent un service climatique au monde entier en stockant du carbone, alors leur protection doit aussi avoir une valeur économique.
La REDD signifiait initialement : “Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation forestière”.
Mais au fil des négociations internationales, le mécanisme évolue.
Les experts comprennent qu’il ne suffit pas seulement d’empêcher la destruction des forêts.
Il faut également conserver les forêts existantes ; gérer durablement les ressources forestières ; restaurer les écosystèmes dégradés et augmenter les stocks de carbone forestier.
C’est ainsi qu’apparaît la REDD+, le “+” représentant ces nouvelles dimensions.
La REDD+ devient alors un mécanisme international majeur de lutte contre le changement climatique, associant environnement, économie, gouvernance, développement local, justice climatique, finance carbone et conservation forestière.
Les grandes conférences climatiques appelées COP (Conférences des Parties) vont progressivement renforcer la place de la REDD+ dans les politiques climatiques mondiales.
En 2015, le 'Accord de Paris' reconnaît officiellement l’importance des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique.
La REDD+ devient alors un outil stratégique pour de nombreux pays africains, asiatiques et latino-américains.
Aujourd’hui, la REDD+ dépasse largement la simple protection des arbres.
Elle soulève des questions majeures :
Comment protéger les forêts sans aggraver la pauvreté ?
Comment rémunérer équitablement les communautés locales ?
Qui contrôle réellement les financements climatiques ?
Comment éviter la corruption et le greenwashing ?
Les crédits carbone sont-ils une vraie solution climatique ?
En Afrique, ces questions sont particulièrement importantes.
Entre pression démographique, pauvreté énergétique, exploitation du bois, agriculture extensive et changements climatiques, les forêts africaines sont à la fois fragiles et stratégiques pour l’avenir de la planète.
La REDD+ apparaît donc comme un mécanisme à la croisée de l’écologie, de l’économie, de la politique internationale, du développement local,
et de la justice climatique mondiale.
Dans la prochaine publication, nous allons décortiquer en détail ce que signifie réellement REDD+, lettre par lettre, afin de comprendre les différents piliers de ce mécanisme mondial.
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