26/12/2025
Ce grand Monsieur âgé, je l'ai vu à la Mugefci il y a quelques années, accompagné d'une personne pour ses médicaments TPC. Anonyme là en toute humilité mais dans la dignité, ce monument dont nos parents relataient les exploits de développement avec la SODERFA, Crédit Côte d’Ivoire, et OPEI dont il fut le fondateur. Mais ses idées révolutionnaires pour l'époque ont été combattues avec véhémence.
J'ai vécu ce moment privilégié de le voir en vrai pour la première fois ce jour là, à la Mugefci au Plateau.
Il n'est plus de ce monde hélas, mais rien que son nom éveille des sentiments de fierté pour toute une région pour le modèle de générosité et d'humanisme qu'il a été au service de sa communauté.
Reposez en paix papa.
Armand Blé
Témoignage
LE MONUMENT WÊ ANTOINE SIBI GBÉO !
Ma dernière rencontre avec le grand des grands Antoine Sibi Gbéo date de la rencontre au palais présidentiel de côte d'ivoire lorsque le président Ouattara a fait appel aux filles et fils Wê pour leur promettre un fonds pour la reconstruction des sites des Kouïs et Glaés à l' ouest de la côte d' ivoire.
En qualité de premier fils Wē candidat à l'élection présidentielle de notre pays, j' avais eu un siège non loin de notre regretté frère le général Mathias Doué. Je vois dehors le papa Sibi Gbéo tenu par la main par l' un de ses neveux. Il marchait difficilement sous le poids de l' âge. Je dépose mon sac à main dans mon siège et je sors pour l' accueillir, le tenir par la main et le faire rentrer dans cette salle où les hommes politiques du moment dans cette salle ne le connaissaient pas.
Je le fais asseoir dans mon fauteuil et je passe à l' arrière de la salle où je suis resté debout confondu aux autres frères et sœurs non connus et qui n' avaient pas eu de place pour s' asseoir.
J' agissais ainsi parce que je savais que ce monsieur est un monument auquel personne ne peut se comparer de nos jours.
Nous regarderons dans le passé, nous ne verrons pas son égal, et nous jetterons un coup d'œil dans le future, nous ne serons pas certains d' avoir son égal.
Né à Kontrou ( Facobly) dans la tribu Saho, il a connu une vie difficile. N' étant pas né beau de visage, il lui était difficile d' avoir même une petite amie. Il a été sujet à toutes sortes de moqueries.
Ayant étudié en Europe, les gens l' appelaient l' homme aux 36 diplômes.
il a pu se marier avec une femme blanche dont les parents sont issus du cercle du pouvoir Français. Les Wê de Facobly ont donné un nom à cette femme blanche " TCHIN GNRON" ou femme de Vengeance.( ayant été rejeté par les femmes wê à l' époque, il s' est trouvé une femme blanche issue d' une grande et puissante famille Européenne).
Une fois en côte d'ivoire, sa présence sur le territoire donnait des nuits blanches à Houphouet Boigny. Sibi Gbéo est perçu comme un communiste qui est capable de renverser Houphouet et pour cela, Houphouet met en garde tous les cadres de l' ouest de l' approcher ou même de le recevoir chez eux .
Sibi Gbéo devrait devenir un sans abri en côte d'ivoire, un homme qui devrait marcher et vivre dans les rues.
Lorsque l' un des hauts cadres de Facobly Jean Thès accepte de l' héberger chez lui, Houphouet le convoque pour demander pourquoi lui , son compagnon veut offrir un logement à Sibi Gbéo, un communiste aux idées subversives?
Jean Thès répond à Houphouet, Mr le Président, oui c'est parce que c'est un homme dangereux pour ta vie et la vie de notre jeune République que j' ai décidé de le garder chez moi pour pouvoir le surveiller minutes après minutes, car le laisser dans les rues pourrait effectivement mettre en danger notre jeune République. C'est ainsi que Sibi Gbéo a pu trouver un abri à Abidjan.
Il crée la société ivoirienne OPEI ( office pour la promotion des entreprises ivoiriennes) qui lui a été arraché plus t**d par l' État pour la transformer en Capen.
Le plus glorieux de ses pas mais aussi le plus dure va commencer quand il a créé la Soderfa ( société pour le développement de Facobly). Cette société coopérative avait pour but de faire un développement endogène remarquable. Sous la direction de Sibi Gbéo, la société achetait tous les produits agricoles de la région, les revendait au plan national et prenait le bénéfice pour acheter des mini cars en boutiques roulantes qui partaient livrer les produits de premières nécessités aux populations dans des villages enclavés( pétrole, savon, huile, ....) à des prix très bas comparés aux prix sur les marchés. Il yavait aussi des mini cars de transport en commun aux prix très bas comparés aux prix des autres cars des transports privés, et chaque Décembre, un grand festin était organisé dans sa cour à Facobly avec pour invités toutes les populations de Facobly, toutes les danses traditionnelles avec le Takouaebly kohin( cors) qui était sa danse preferée, danse guerriere, danse majestueuse.
En un rien, Facobly était devenue un centre d' excellence pour le développement rural, pour le développement local.
Nzikan devenu après champion du transport en commun venait apprendre à Facobly. Les chinois y étaient pour aider aux techniques de la riziculture dans les bas fonds.
Moments de grandes joies , moments d' espoir dans cette petite zone, mais moments de grands troubles au palais présidentiel d' Abidjan.
Houphouet a dit voilà ce que je disais. Sibi Gbéo est un communiste à l' esprit subversif, voici, il est entrain de transformer Facobly en un État dans un État.
Les cadres sont convoqués clandestinement. On leur propose des postes ministériels s'ils réussissent à mettre Sibi Gbéo hors d' état de nuire.
Une guerre éclate parmi les cadres de Facobly , en particulier ces cadres qui ont aussi été éduqués en France comme Sibi Gbéo.
Sibi Gbéo est accusé de détournements de fonds de la Soderfa.
Mais quand Sibi Gbéo fait appel aux assemblées générales pour faire le point des finances, ceux qui accusent ne se présentent pas à ces rencontres pour en faire toute la lumière.
Houphouet fait miroiter les postes ministériels pour diviser les cadres, mais même quand ils ont porté des coups à Sibi Gbéo et ont demantelé la Soderfa, aucun cadre n' a pu être nommé ministre dans le gouvernement d'houphouet, et jusqu'à l' instant où j' écris ces mots, Facobly et Kouibly n' ont jamais eu un fils ou fille nommé ministre en côte d'ivoire, sauf Jean Thès qui a été secrétaire d'État pour juste quelques semaines.
Les dernières tentatives de réconciliation des cadres à Facobly n' auront été qu' un mouvement elephantuesque pour rien. Les douleurs des fausses accusations ont laissé des marques indélébiles . La Soderfa est morte, les cars de transport en commun, les cars boutiques roulantes qui nous apportaient des bonbons dans nos petits villages, et le pétrole pour les lampes , la station d' essence, la boulangerie moderne, sont abandonnés sur les lieux, rouillés jusqu' à leur décomposition totale à Facobly.
Houphouet a gagné sa bataille contre les Wê, Facobly a cessé d'être un État dans l' État. La Soderfa est terminée. Nous ne savons pas qui a détourné quoi. Ceux qui accusent et qui ont détruit l' élan de développement de Facobly n' ont pas non plus été nommés ministres. Ils sont rentrés dans leurs trous, morts après avoir été témoins des effets de leurs actions.
Pour se rassurer que Facobly ne devienne plus un ," état" dans un état, Houphouet a envoyé des colonels radicaux de l' armée ivoirienne comme sous préfets de Facobly dont le colonel Kouadio Ariko jaques, tous ces sous préfets étaient d' origine Akan comme Houphouet lui même.
C'est avec des grenades et revolvers que Kouadio Ariko jaques menaçait les wê pour leur imposer des projets qui nécessitaient des cotisations par tête dans chaque village jusqu' au jour où il s' est heurté à la révolte des vieux à Séambly mon village. Brandissant son revolver contre eux, deux vieux Klahon François et Fahe victor retirent leur flahés et bombant leur poitrine, demandent au sous préfets de tirer " s' il se sent garçon". Il a fini par baisser son revolver , et comme une traînée de poudre, les autres villages se sont opposés au projet FRAR pour lequel le sous préfet voulait faire soumettre nos populations.
Gloire et honneurs à nos regrettés Klahon François et Fahe victor !!!
Déçu des cadres de Facobly après le démantèlement de la Soderfa, Sibi Gbéo payait un mini car de transport en commun de marque Wolswagen appelé " AMOUGNAN"
Devenu maire de Man, cette ville a commencé à remonter la pente du développement. Une fois de plus, il a été attaqué de vouloir diriger la ville des Yacouba alors qu' il est Wê.
Il est rentré auprès de son épouse et ses enfants en France où il s'investissait dans ses champs de vignes et la production du vin, comme une entreprise personnelle, loin des complots de la côte d' ivoire.
Ainsi était " assassiné" le grand rêve d' une région économiquement forte et prospère.
Paix à son âme!!!
Honneurs et gloire à Antoine sibi Gbéo et à son épouse TCHIN GNRON !!!
C'était la contribution de Henri Tohou
Fils Wê de Facobly.