01/06/2026
𝙌𝙪𝙖𝙣𝙙 𝙡𝙖 𝙢𝙖𝙞𝙨𝙤𝙣 𝙙𝙚𝙫𝙞𝙚𝙣𝙩 𝙪𝙣 𝙘𝙝𝙖𝙢𝙥 𝙙𝙚 𝙗𝙖𝙩𝙖𝙞𝙡𝙡𝙚
Au centre d'écoute de l'ONG Femmes Plus, une femme que nous appellerons Awa est venue raconter son histoire. Une histoire qui ressemble malheureusement à celle de nombreuses femmes.
Awa est commerçante. Depuis plusieurs années, elle est mariée et mère de plusieurs enfants. Au début de leur vie commune, elle et son époux avaient pris une décision ensemble : pendant que son mari consacrerait ses revenus à la construction de leur future maison, elle prendrait en charge les dépenses quotidiennes du foyer.
Cet accord semblait équilibré. Chacun avait sa part de responsabilité dans la réalisation d'un projet commun : bâtir une famille stable et un patrimoine pour leurs enfants.
Pendant cinq longues années, Awa s'est battue au quotidien. Chaque matin, elle se levait tôt pour son commerce. Avec ses revenus, elle assurait la nourriture de toute la famille, payait les soins médicaux des enfants, leurs fournitures scolaires, leurs vêtements et de nombreuses autres dépenses courantes. Lorsque les fins de mois étaient difficiles, elle trouvait malgré tout des solutions pour que personne ne manque du nécessaire.
De son côté, son mari avançait progressivement dans la construction de la maison familiale.
Après des années de sacrifices, la maison fut enfin achevée. Awa croyait alors pouvoir profiter du fruit de leurs efforts communs. Elle imaginait une vie plus sereine dans ce foyer qu'ils avaient construit ensemble, chacun à sa manière.
Mais contre toute attente, son mari changea d'attitude.
Il commença à lui répéter que la maison lui appartenait exclusivement. Il lui faisait comprendre qu'elle n'avait aucun droit sur ce bien. Les insultes se multiplièrent. Les humiliations devinrent fréquentes. Chaque désaccord servait de prétexte à des menaces de la chasser du domicile.
Peu à peu, la violence psychologique s'installa. Il cherchait à la décourager, à la dévaloriser et à lui faire croire qu'elle n'avait aucune place dans cette maison pourtant bâtie grâce aux sacrifices de toute la famille.
Awa vivait désormais dans la peur permanente d'être mise à la porte avec ses enfants.
Pourtant, durant toutes ces années, elle avait contribué à la réalisation du projet familial. Si elle n'avait pas assumé seule les dépenses du ménage, son époux n'aurait probablement pas pu consacrer autant de ressources à la construction de la maison.
Son apport n'était peut-être pas visible dans les briques et le ciment, mais il était bien réel.
𝘼𝙣𝙖𝙡𝙮𝙨𝙚 𝙙𝙪 𝙘𝙖𝙨
Cette situation présente plusieurs formes de violences basées sur le genre (VBG) :
Violence psychologique : insultes, humiliations, intimidation et menaces d'expulsion.
Violence économique : négation de la contribution financière de l'épouse et tentative de l'exclure du patrimoine familial.
Violence émotionnelle : création d'un climat de peur et d'insécurité au sein du foyer.
La contribution d'une femme à travers la prise en charge du ménage, des enfants et des dépenses courantes constitue une participation essentielle à l'économie familiale. Cette contribution ne doit pas être ignorée ou minimisée.
𝙎𝙤𝙡𝙪𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 𝙥𝙤𝙨𝙨𝙞𝙗𝙡𝙚𝙨
1. Favoriser le dialogue et la médiation familiale
Lorsque cela est possible et sans mettre la victime en danger, une médiation menée par des personnes neutres et respectées peut permettre de rappeler les engagements pris par les deux époux et de rechercher une solution pacifique.
2. Accompagner la victime au plan psychosocial
La victime a besoin d'être écoutée, soutenue et accompagnée afin de retrouver confiance en elle et de prendre des décisions éclairées concernant son avenir et celui de ses enfants.
3. Rechercher une assistance juridique
Une consultation auprès d'un professionnel du droit peut permettre d'évaluer les droits de l'épouse selon la législation applicable, notamment en matière de mariage, de logement familial, de protection des enfants et de partage des biens.
4. Documenter les violences
Il est important de conserver tout élément pouvant démontrer les menaces, les violences psychologiques ou la contribution de l'épouse aux charges du ménage : témoignages, messages, reçus, documents scolaires ou médicaux des enfants, etc.
5. Renforcer l'autonomie économique
Même lorsqu'une femme exerce déjà une activité génératrice de revenus, un accompagnement vers une plus grande autonomie financière peut renforcer sa capacité à faire face aux situations de violence.
6. Sensibiliser les couples sur la valeur du travail domestique
Le travail de prise en charge du foyer et des enfants représente une contribution économique réelle. Les couples doivent reconnaître que la construction d'un patrimoine familial résulte souvent des efforts conjoints des deux partenaires, même lorsque leurs contributions prennent des formes différentes.
Leçon de vie
Une maison ne se construit pas seulement avec du ciment et des briques. Elle se construit aussi avec les repas préparés, les enfants soignés, les sacrifices consentis et les responsabilités assumées chaque jour. Ignorer cette réalité, c'est nier une partie de l'histoire de la famille.
Récit inspiré d'un cas recueilli par le Centre d'Écoute de l'ONG Femmes Plus dans le cadre de son action de prévention et de lutte contre les violences basées sur le genre.