14/08/2026
En matière de gestion de la dette et de financement du développement, la Côte d’Ivoire peut-elle servir d’exemple ?
C’est autour de cette question qu’une table ronde organisée conjointement par la FES Afrique et l’AFRODAD s’est tenue à Abidjan, le samedi 25 juillet 2026.
Alors que l’Union africaine réunissait à Abidjan les participants à une réunion du Comité technique spécialisé de l’ETTIM, la FES a saisi cette occasion pour favoriser le dialogue entre certains participants à cette rencontre, des représentants de la société civile et des experts ivoiriens.
La journée d’échange a ainsi permis de mettre en discussion les grands débats continentaux autour de la Position commune africaine (PCA) sur la dette, du Mécanisme africain de suivi de la dette (ADMM) et des réformes proposées au Common Framework du G20. L’objectif étant de mieux faire connaître ces initiatives panafricaines et réfléchir à leur portée pour les pays africains.
Une seconde table ronde a réuni des représentants de haut niveau du ministère de l’Économie, de la société civile et du monde universitaire pour confronter les regards sur l’expérience ivoirienne.
Pour Hien Sansan, directeur général de l’Économie, la Côte d’Ivoire peut notamment mettre en avant une gestion proactive de sa dette et les importants engagements de financement annoncés en faveur du nouveau Plan national de développement (PND) 2026-2030. À l’issue du Groupe consultatif de juillet, les intentions de financement annoncées avaient atteint 80 milliards de dollars, soit environ 47 820 milliards de FCFA. (tresor.gouv.ci)
Une autre lecture a toutefois été apportée par Christophe Kouamé, de CIVIS, qui a rappelé que la soutenabilité de la dette est très différente de la soutenabilité sociale. Avec un service de la dette qui demeure supérieur aux dépenses cumulées consacrées à l’éducation et à la santé, la Côte d’Ivoire, à l’instar de nombreux autres pays africains, reste confrontée à l’enjeu du financement des dépenses sociales.
M. Brou, chef du département économique de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, a pour sa part insisté sur la nécessité d’éviter autant que possible un nouvel endettement et de privilégier, dans la mesure du possible, l’autofinancement du développement.
Ces différents points de vue montrent ainsi que la performance de la Côte d’Ivoire en matière de gestion de la dette ne peut être dissociée des questions de redistribution et de justice sociale. Le FMI souligne lui aussi la gestion prudente et proactive de la dette ivoirienne, tout en appelant à maintenir une stratégie d’emprunt prudente et à renforcer les conditions d’une croissance inclusive. (IMF)
Le véritable enjeu est peut-être là : comment transformer la performance macroéconomique en prospérité partagée ?
Alors que l’économie ivoirienne connaît une croissance soutenue et que les infrastructures se développent rapidement, renforcer l’investissement social et faire en sorte que les fruits de cette dynamique bénéficient davantage à l’ensemble des Ivoiriens constitue l’un des grands défis des années à venir.
La question reste donc ouverte : une gestion rigoureuse et performante de la dette peut-elle être considérée comme exemplaire si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration tangible des conditions de vie ?