17/03/2026
🔺 L'ALCHIMIE 🔻
Si nous nous demandons à quelle source a pu être puisée, au Moyen-Age, une inspiration mystique étrangère, ou même secrètement hostile à l'Église, nous sommes amenés à nous souvenir du prestige dont jouissait alors la Philosophie hermétique.
Sous prétexte de chercher la Pierre des Sages, des adeptes, c'est-à-dire des penseurs indépendants, s'appliquaient en réalité à
pénétrer les secrets de la nature. En approfondissaient indifféremment les œuvres de tous les philosophes, qu'ils fussent grecs,
arabes ou hébreux. Cet éclectisme devait aboutir à des doctrines si peu catholiques, au sens ordinaire du mot, qu'il eût été imprudent de les exposer autrement que sous le voile d'allégories et de symboles. La transmutation du plomb en or devint ainsi le
thème de dissertations fort savantes, où la métaphysique religieuse avait beaucoup plus de place que la métallurgie ou la chimie. Le Grand Œuvre visait à réaliser le bonheur du genre humain, grâce à une réforme progressive des mœurs et des croyances. La lecture attentive des traités d'alchimie postérieurs à la Renaissance ne peut laisser subsister aucun doute à cet égard, car le style des disciples d'Hermès devint moins énigmatique, lorsque diminua pour eux le danger de« s'expliquer librement.
L'ancienne architecture sacrée était d'ailleurs essentiellement symbolique. Depuis le plan d'ensemble d'un édifice, jusqu'aux moindres ornements de détail, tout devait être ordonné selon certains nombres mystiques et d'après les règles d'une géométrie spéciale, connue des seuls initiés.
Les figures géométriques donnaient lieu, en effet, à des interprétations, sur lesquelles se greffait une doctrine secrète, prétendant fournir la clef de tous les mystères. Or, les constructeurs des cathédrales ont prouvé, par leurs œuvres, qu'ils étaient instruits de ces traditions philosophiques, dont les alchimistes étaient simultanément détenteurs.
On ne saurait déterminer dans quelle mesure les uns tenaient des autres leurs connaissances initiatiques, Toujours est-il, que l'Hermétisme a souvent inspiré les tailleurs de pierres dans le choix de leurs motifs d'ornementation. Les Alchimistes, d'autre part, n'ignoraient pas le sens que les Maçons rattachent à leurs outils.
Rien n'est plus significatif, à cet égard, qu'une gravure du traité intitulé : L'Azoth, ou le moyen de faire l’or caché des Philosophes, de Frère Basile Valentin (8). On y voit un personnage à deux têtes, dont la main droite tient un compas et la gauche une équerre. C'est l'androgyne alchimique, unissant l'énergie créatrice mâle à la réceptivité féminine, associant, en d'autres termes, le Soufre au Mercure, ou l'ardeur entreprenante de la colonne J? à la Stabilité pondérée de la colonne B? Il est debout sur le
dragon symbolisant le quaternaire des éléments, dont l'initié doit triompher au cours de ses épreuves.