13/09/2026
Ministère de l'Éducation Nationale et de l'Enseignement Technique
𝗘𝗻𝗳𝗮𝗻𝘁𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗶𝘀𝘁𝗲𝘀 : 𝗹𝗲𝘀 𝗼𝘂𝗯𝗹𝗶𝗲́𝘀 𝗱𝘂 𝘀𝘆𝘀𝘁𝗲̀𝗺𝗲 𝗲́𝗱𝘂𝗰𝗮𝘁𝗶𝗳 𝗶𝘃𝗼𝗶𝗿𝗶𝗲𝗻 ?
𝘓𝘢 𝘊𝘰̂𝘵𝘦 𝘥’𝘐𝘷𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘳𝘦𝘤𝘰𝘯𝘯𝘢𝘪̂𝘵 𝘥𝘦́𝘴𝘰𝘳𝘮𝘢𝘪𝘴 𝘭’𝘢𝘶𝘵𝘪𝘴𝘮𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘴𝘢 𝘱𝘰𝘭𝘪𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘥’𝘦́𝘥𝘶𝘤𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘪𝘯𝘤𝘭𝘶𝘴𝘪𝘷𝘦. 𝘗𝘰𝘶𝘳𝘵𝘢𝘯𝘵, 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘭𝘦 𝘥𝘳𝘰𝘪𝘵 𝘢̀ 𝘭’𝘦́𝘤𝘰𝘭𝘦 𝘦𝘵 𝘭𝘢 𝘳𝘦́𝘢𝘭𝘪𝘵𝘦́ 𝘷𝘦́𝘤𝘶𝘦 𝘱𝘢𝘳 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘢𝘮𝘪𝘭𝘭𝘦𝘴, 𝘭’𝘦́𝘤𝘢𝘳𝘵 𝘳𝘦𝘴𝘵𝘦 𝘪𝘮𝘱𝘰𝘳𝘵𝘢𝘯𝘵.
𝗨𝗻 𝘁𝗲́𝗺𝗼𝗶𝗴𝗻𝗮𝗴𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗽𝗼𝘀𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻
Ce matin, je suis tombé sur une publication de Keliwa Marlene Doh. Une mère y explique que son enfant autiste, déjà scolarisé, ne sera plus réinscrit dans son établissement. L’enfant est en CE2. La famille cherche désormais une autre école capable de l’accueillir. Nous ne connaissons pas les raisons précises de cette décision et il serait hasardeux de tirer, à partir d’un seul témoignage, une conclusion sur l’ensemble du système éducatif ivoirien. Mais cette histoire pose une question qui mérite mieux qu’une réaction émotive sur les réseaux sociaux : quelle place faisons-nous réellement aux enfants autistes dans notre école ?
𝗦𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗽𝗮𝗽𝗶𝗲𝗿, 𝗹𝗲 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗲𝘅𝗶𝘀𝘁𝗲
En Côte d’Ivoire, la scolarité est obligatoire de 6 à 16 ans. Le pays protège aussi les droits des personnes en situation de handicap et dispose d’une Stratégie nationale de l’éducation inclusive 2023-2028. L’autisme figure désormais parmi les situations prises en compte par le ministère.[1]
Mais être inscrit à l’école ne signifie pas forcément y être bien intégré. Une étude ivoirienne publiée en 2025 a étudié 155 enfants autistes ou fortement suspectés de l’être dans deux structures d’Abidjan. Environ deux enfants sur trois étaient scolarisés au moment du diagnostic. Parmi ceux qui fréquentaient l’école, seulement 9,4 % étaient considérés comme bien adaptés à leur scolarisation.[2] L’inclusion ne consiste donc pas seulement à être inscrit, mais aussi à pouvoir apprendre et bénéficier des aménagements dont l’enfant a besoin.
𝗣𝗲𝘂 𝗱’𝗲́𝗰𝗼𝗹𝗲𝘀 𝗿𝗲́𝗲𝗹𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗮𝗱𝗮𝗽𝘁𝗲́𝗲𝘀, 𝗲𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝗳𝗮𝗺𝗶𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗱𝗼𝗶𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗮𝗿𝗳𝗼𝗶𝘀 𝗽𝗮𝘆𝗲𝗿 𝗹’𝗶𝗻𝗰𝗹𝘂𝘀𝗶𝗼𝗻
Les chiffres de l’État montrent l’ampleur du chantier. En 2024, seulement 1 % des écoles primaires et 6 % des établissements secondaires disposaient de dispositifs adaptés aux enfants en situation de handicap.[3] L’inclusion demande pourtant des enseignants formés, des méthodes pédagogiques adaptées et, pour certains enfants, un accompagnement individuel. Une étude menée auprès de 95 enseignants du Grand-Abidjan montre justement les limites qui persistent dans la connaissance des besoins éducatifs particuliers et l’orientation vers des professionnels spécialisés.[4]
À cela s’ajoute le coût pour les familles. Lors du Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) 2026, des candidats autistes ont pu composer avec un assistant de vie scolaire (AVS). Les représentants des AVS ont indiqué que cet accompagnement était financé par les parents, autour de 150 000 FCFA par mois en moyenne.[5] Quand l’accompagnement nécessaire dépend des revenus des parents, le même droit à l’éducation ne donne pas les mêmes chances à tous.
Chez les 6-11 ans, 72,6 % des enfants en situation de handicap fréquentaient l’école contre 85,7 % des autres en 2021.[6] Pour l’autisme spécifiquement, il reste difficile de dire combien d’enfants sont scolarisés, refusés ou accompagnés. La Côte d’Ivoire prévoit près de 96,9 milliards de FCFA dans son Plan national de développement (PND) 2026-2030 pour développer l’offre d’éducation inclusive, dont 96,4 milliards pour la prise en charge des enfants en situation de handicap dans les écoles ordinaires.[3] Le chantier est engagé, mais le décalage entre la politique nationale et la réalité des familles reste important.
𝗣𝗮𝗿𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗱’𝗲𝗻𝗳𝗮𝗻𝘁𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗶𝘀𝘁𝗲𝘀 𝗶𝘃𝗼𝗶𝗿𝗶𝗲𝗻𝘀 : 𝗾𝘂𝗲 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 ?
Pour les familles, les réformes en cours ne répondent pas toujours à l’urgence d’une rentrée scolaire. Plutôt que de démarcher les établissements au hasard, les parents peuvent se rapprocher de leur Inspection de l’enseignement préscolaire et primaire (IEPP) ou de leur Direction régionale de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (DRENA) pour identifier les écoles inclusives de leur zone qui accueillent effectivement des enfants autistes. Les annuaires des inspections et des directions régionales sont accessibles auprès de la Direction des écoles, lycées et collèges.[7]
Avant l’inscription, il faut vérifier les conditions concrètes d’accueil : l’école accompagne-t-elle déjà des enfants autistes ? Dispose-t-elle de personnel formé ? Accepte-t-elle la présence d’un AVS ? Quels aménagements pédagogiques peut-elle proposer ? En cas de refus, les parents peuvent en demander les raisons, puis saisir l’IEPP ou la DRENA.
En 2025, le ministère recensait 38 écoles primaires et 16 établissements secondaires inclusifs accueillant différents profils de handicap, dont l’autisme.[8] Mais pour les familles, identifier l’établissement réellement capable d’accompagner leur enfant reste encore difficile.
L’enfant dont je parlais au début était déjà arrivé au CE2. Aujourd’hui, sa mère cherche de nouveau une école. C’est peut-être là que se mesure réellement notre politique d’inclusion : pas seulement dans notre capacité à ouvrir un jour la porte de l’école à un enfant autiste, mais dans notre capacité à faire en sorte qu’il n’ait pas, chaque rentrée, à se demander si cette porte restera ouverte.
Dr Lamoussa Diabaté