22/09/2026
La semaine dernière, à l’initiative de World for Bosnia, treize organisations culturelles bosniaques et associations de survivant·es, actives dans près d’une dizaine de pays, ont uni leurs voix pour interpeller les autorités de Rome.
La campagne « Upoznajte srpsko stradanje » n’en était pas à sa première apparition internationale. Elle avait été lancée les 10 et 11 juillet à New York, où ses contenus circulaient sur des supports publicitaires mobiles dans les rues de Manhattan, notamment à proximité du siège des Nations unies. En septembre, elle a également été diffusée sur des écrans à Vienne, près de l’Opéra, ainsi que dans plusieurs lieux emblématiques de Rome.
Dans chacune de ces villes, le dispositif a été présenté comme une « exposition multimédia internationale ». Pourtant, il s’agissait principalement de contenus diffusés sur des supports publicitaires commerciaux, sans implication institutionnelle clairement annoncée des villes concernées. Cette mise en scène pouvait ainsi donner à la campagne une apparence de reconnaissance publique ou officielle qu’elle ne possédait pas nécessairement.
Le problème ne réside évidemment pas dans le fait de documenter les crimes commis contre des victimes serbes. Ces crimes doivent être étudiés, reconnus et commémorés avec la même exigence que tous les autres. Le problème réside dans la manière dont cette campagne sélectionne, agrège et présente ses informations.
Elle juxtapose des événements survenus à des périodes, dans des territoires et dans des contextes politiques différents, sans exposer clairement ses sources, ses critères de sélection ni sa méthode de calcul. Certaines données sont imprécises ou contestées, tandis que des éléments essentiels de contextualisation sont absents. Les crimes établis par les juridictions internationales, les politiques de persécution et de déplacement forcé, ainsi que le projet territorial poursuivi par les dirigeants politiques et militaires serbes de Bosnie durant la guerre sont notamment laissés hors du récit.
Cette construction produit une continuité simplificatrice entre les persécutions subies par les Serbes au XXᵉ siècle et la création de la Republika Srpska en 1992. Celle-ci est alors présentée comme une réponse défensive indispensable à la sécurité et à la survie collective du peuple serbe, plutôt que comme une entité dont la formation doit aussi être examinée à la lumière des crimes, des expulsions et des jugements internationaux relatifs à la guerre en Bosnie-Herzégovine.
Ce cadrage ne nie pas nécessairement les crimes de manière explicite. Il les relativise en organisant le récit autour d’une équivalence implicite des responsabilités et en transformant la souffrance réelle des victimes serbes en justification rétrospective d’un projet politique et territorial.
Cette dimension est d’autant plus préoccupante que la campagne est organisée par le Centre mémoriel de la Republika Srpska avec le soutien des autorités de cette entité. Le 7 septembre, jour du lancement de sa diffusion à Rome, plusieurs de ses plus hauts responsables politiques assistaient à Belgrade aux funérailles de Ratko Mladić, condamné définitivement pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
Nos organisations ont donc demandé aux autorités romaines de clarifier publiquement leur absence d’implication, de se désolidariser de la campagne et de ses organisateurs, et de réaffirmer leur attachement à une mémoire rigoureuse, contextualisée et conforme aux faits établis par la recherche historique et les juridictions internationales.
La mémoire des victimes serbes mérite mieux qu’une instrumentalisation politique. Toutes les victimes méritent une histoire établie avec méthode, contextualisée et libérée des récits destinés à justifier les projets qui ont produit de nouvelles violences.