01/08/2026
Bénin : 28 Afro-descendants retrouvent officiellement la nationalité de leurs ancêtres
Le Bénin a franchi une nouvelle étape dans sa politique de rapprochement avec les Afro-descendants. Jeudi 30 juillet 2026, vingt-huit personnes originaires des Amériques et des Caraïbes ont reçu officiellement leur attestation de nationalité béninoise lors d'une cérémonie organisée au Complexe judiciaire de Cotonou. Au-delà d'un simple acte administratif, cet événement symbolise la volonté du pays de renouer avec les descendants des populations africaines dispersées par la traite négrière transatlantique.
La cérémonie a été présidée par le ministre de la Justice et de la Législation, Yvon Détchénou, en présence de la ministre des Affaires étrangères, Corinne Amori Brunet, ainsi que de plusieurs responsables institutionnels. Le choix de la date n'était pas anodin : le 30 juillet correspond à la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains, une commémoration portée par les Nations unies pour sensibiliser à l'héritage et aux conséquences des systèmes d'exploitation humaine.
Pour les autorités béninoises, cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large de mémoire, de réparation symbolique et de réconciliation historique. Depuis plusieurs années, le Bénin multiplie les actions destinées à renforcer les liens avec la diaspora africaine issue de l'esclavage, notamment à travers des programmes culturels, mémoriels et juridiques.
Cette politique a connu une avancée majeure avec l'adoption de la loi permettant aux Afro-descendants qui peuvent établir un lien historique ou culturel avec le territoire béninois d'obtenir la nationalité béninoise. L'objectif affiché est de reconnaître les conséquences de la traite négrière tout en offrant aux descendants des victimes la possibilité de renouer officiellement avec leur terre d'origine.
Les 28 nouveaux citoyens béninois viennent notamment des États-Unis, d'Haïti et d'autres pays des Amériques. Plusieurs d'entre eux ont exprimé leur émotion au moment de recevoir leur document de nationalité.
Parmi eux, God Win Louis, Afro-descendant haïtien, a expliqué que ses recherches généalogiques l'avaient conduit jusqu'aux villes de Sakété et d'Allada, où seraient originaires certains de ses ancêtres. Habitué à visiter le Bénin depuis une décennie, il considère cette reconnaissance comme l'aboutissement d'un long parcours personnel.
D'autres bénéficiaires ont évoqué une réparation morale face aux blessures laissées par des siècles de déportation et de déracinement. Pour plusieurs d'entre eux, l'obtention de la nationalité ne représente pas seulement un document officiel, mais la reconnaissance d'une identité longtemps fragmentée par l'histoire.
Selon les responsables du ministère de la Justice, la nationalité béninoise ouvre désormais à ces nouveaux citoyens l'accès aux droits civiques prévus par la Constitution béninoise. Elle leur permet également de transmettre cette nationalité à leurs descendants, renforçant ainsi le lien entre les générations futures et le Bénin.
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large observé sur le continent africain. Plusieurs pays, notamment le Ghana avec son programme "Year of Return" lancé en 2019, ont développé des politiques destinées à encourager le retour symbolique ou l'installation des Afro-descendants. Le Bénin se distingue toutefois par une approche fondée sur l'intégration juridique à travers l'accès à la nationalité.
À travers cette nouvelle vague de naturalisations, les autorités béninoises entendent consolider leur position comme l'un des principaux pôles mémoriels de la diaspora africaine. Entre devoir de mémoire, diplomatie culturelle et réconciliation historique, le pays poursuit ainsi sa stratégie visant à retisser les liens entre l'Afrique et ses descendants dispersés à travers le monde.