19/09/2026
TRIBUNE :
À Kinshasa, il faut cesser d'improviser face aux embouteillages
La décongestion du trafic ne peut être une réponse improvisée à l'urgence. Elle ne peut non plus se limiter à une lecture strictement locale du problème. Elle doit s'inscrire dans une stratégie planifiée, durable et évaluable.
Kinshasa s'immobilise. Chaque matin, les mêmes scènes se répètent à Kintambo Magasin, à Victoire, à Matete ou à l'entrée du Pont Matadi : des heures perdues, du carburant brûlé, une productivité nationale qui s'évapore dans les gaz d'échappement. Face à cette asphyxie, la réponse publique est trop souvent la même : un agent de circulation déployé en urgence, un sens unique décrété le matin, une déviation improvisée sans étude d'impact. Ces mesures procurent un soulagement de dix minutes et créent un blocage de deux heures ailleurs. Elles traitent le symptôme, jamais la cause.
Il est temps de passer de la gestion de l'urgence à une véritable politique d'État, fondée sur trois piliers indissociables et conformes aux standards internationaux.
1. La planification doit précéder l'action.
On ne règle pas un embouteillage sur la chaussée, on le règle cinq ans avant sur une carte. Une ville de 17 millions d'habitants ne peut se gérer à vue. Elle a besoin d'un Plan de Mobilité Urbaine Durable (PMUD), basé non sur des suppositions, mais sur des données réelles de flux origine-destination.
Où vont les Kinois à 7h00 ? Quels sont les corridors qui supportent 80% du trafic ?
Cela implique de hiérarchiser notre voirie : des voies primaires dont la seule fonction est de faire traverser la ville rapidement, des voies secondaires pour desservir les communes, et des voies tertiaires pour la vie de quartier. On ne peut plus tolérer qu'un marché, une station de bus et un dépôt de matériaux coexistent sur une voie primaire. Enfin, aucune ville au monde n'a vaincu la congestion en ajoutant seulement des routes. La solution est l'intermodalité et le transport de masse.
2. Le respect de la règle est un facteur de fluidité.
La fluidité, c'est la prévisibilité. Un conducteur doit savoir ce qui l'attend. Cette prévisibilité ne vient que d'une application rigoureuse du Code de la route et de la Convention de Vienne sur la signalisation routière, dont la RDC est signataire.
Cela signifie une signalisation verticale et horizontale normalisée et visible, des cycles de feux tricolores calculés par des ingénieurs trafic et non gérés manuellement, une interdiction stricte et appliquée du stationnement sur les axes structurants, et une réglementation claire des heures de livraison pour les poids lourds. Tant que la route restera un espace de négociation permanente, elle restera bloquée.
L'application de la norme ISO 39001 sur le management de la sécurité routière doit devenir notre boussole.
3. S'aligner sur les standards qui fonctionnent ailleurs.
Lagos avec son BRT-Lite, Dar-es-Salaam avec son DART, Johannesburg avec son Rea Vaya ont fait le même constat : un couloir de bus en site propre transporte 40 fois plus de personnes qu'une bande embouteillée de voitures individuelles. C'est le standard international.
Il doit s'accompagner des Systèmes de Transport Intelligents (ITS) : un centre de régulation du trafic pour Kinshasa, des capteurs de comptage automatique, des feux adaptatifs qui s'ajustent au flux réel, et de l'information trafic en temps réel pour les usagers.
Lutter contre les embouteillages n'est donc pas une action technique ponctuelle. C'est un acte de gouvernance. C'est le choix de passer de la culture de l'improvisation à la culture de la planification normée. C'est à ce prix que Kinshasa redeviendra mobile et que la sécurité routière cessera d'être un slogan pour devenir une réalité.
Par Dr Joël BONGAMBO WA EBUTA KASONGO
Expert-formateur certifié en matière de circulation et sécurité routière_