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26/01/2026
27/12/2025
11/09/2025

Souvenir de Kinshasa 1984.

Achat des quelques objets d'art au " Wenze ya Bikeko " (Marché d'arts). A l’époque, ce marché se trouvait sur la place de la gare centrale, sur le boulevard du 30 juin. A la place des palmiers qu'on aperçoit au fond se trouve aujourd'hui un grand bâtiment inachevé.

Quand je pense que la plupart d'hommes et des femmes célèbres de cette époque (politiciens, musiciens, militaires, sportifs, comédiens, etc) sont aujourd'hui tombés dans les oubliettes de l'histoire. Vanités des vanités. . .
Vivre, c'est être utile aux autres.

Yika mpiko, lobi eza ya Nzambe.
Reste déterminé, demain appartient à Dieu.

Bonne soirée à vous tous mes amis.
Que Dieu vous bénisse abondamment !

11/09/2025

Page d’histoire : AUX ORIGINES DE l’UDPS

Comme nous l’avons vu dans la page précédente, c’est avec insistance que Kyungu wa Kumwanza demandait au commissaire de région (gouverneur de province) du Shaba (Katanga) Mandungu Bula Nyati, de l’arrêter. Il menace même de passer la nuit dans la cour du gouvernorat s’il n’est pas arrêté. Par solidarité avec ses collègues commissaires du peuple (députés nationaux) arrêtés pour avoir signer une lettre ouverte, datée du premier novembre 1980, adressée au président-fondateur du MPR et Président de la République, Mobutu Sese SeKo. De guerre lasse, Mandungu va finir par l’arrêter et le mettre dans un avion à destination de Kinshasa.

Kibassa accueille Kyungu à l'aéroport de Ndjili

Arrivé à l’aéroport de Ndjili, Kyungu sera agréablement surpris de voir son ami de toujours venir l’accueillir au pied de l’avion : Kibassa Maliba, commissaire politique et membre du comité central du MPR.

Pourquoi Kibassa Maliba, un si haut cadre du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) prend-t-il le risque de manifester publiquement sa sympathie à l’égard de Kyungu ? Ce dernier étant membre d’un groupe qui est en conflit ouvert avec le Président Mobutu.

Kibassa, l'un des pionniers de la résistance

Au-delà de l’amitié qui le liait à Kyungu, Kibassa Maliba partageait totalement les préoccupations politiques du groupe des 13 parlementaires. On peut même dire qu’il a été le précurseur de ce mouvement de protestation interne du MPR. En effet, au mois de décembre 1979, Kibassa Maliba va faire parvenir à ses collègues du Bureau politique le message suivant : « je refuse de continuer de ramper au risque de tout perdre, même le peu de fierté personnelle qui me reste. J’exige la démocratisation des institutions de la République ».
Le président Mobutu fait semblant de ne pas avoir entendu ce message, mais décide quand même de surveiller Kibassa de loin, sans l’inquiéter.

Le groupe de 13 parlementaires devant la Justice

Après les accolades à l’aéroport de Ndjili, Kibassa amène Kyungu à la cité de l’OUA où il va rejoindre ses camarades emprisonnés : Ngalula, Tshisekedi, Kapita, Kanana et Makanda. Et les autres signataires vont aussi être arrêtés.
On les amène, pour être jugés devant la Cour Suprême de Justice. Le premier président de cette cour, Mutombo Kabelu, est très embarrassé pour conduire ce procès pour deux raisons. Premièrement, il est clair pour tout le monde qu’il s’agissait d’un procès politique et ça le mettait mal à l’aise. Deuxièmement, Etienne Tshisekedi était son camarade de classe au collège de Kamponde au Kasaï ; ils se connaissaient donc très bien.
Après la Cour Suprême, le groupe de 13 va être envoyé à la cour de sureté de l’Etat.

Sous pression, Mobutu abandonne les poursuites judiciaires et opte pour la relégation

A la suite des pressions de la communauté internationale et surtout de l’entrée en fonction ce 20 janvier 1981 du nouveau président américain Ronald Reagan, Mobutu décide d’abandonner les poursuites judiciaires contre les 13 parlementaires. C’est ainsi que le groupe de Ngalula va se retrouver devant la commission de discipline du Comité Central du MPR. Cet organe du parti-Etat décide le 22 janvier 1981 de confirmer la déchéance de leurs mandats de commissaires du peuple et de leur relégation dans les chefs-lieux de leurs provinces d’origine.

Les relégués politiques deviennent populaires

Etienne Tshisekedi est envoyé à Mbuji-Mayi, Paul Kapita à Kananga, Kyungu Wa Kumwanza à Lubumbashi…
On peut considérer que le mythe kyungu wa Kumwanza est né le jour de son arrivée à Lubumbashi comme relégué politique, puisqu’il va bénéficier d’un accueil chaleureux de la part de la population lushoise qui voit en lui et ses camarades des héros qui ont osé défier le grand Mobutu Sese Seko.
Durant ce séjour à Lubumbashi, les gens venaient passer la journée devant sa résidence juste pour manifester leur sympathie envers lui.
Le même phénomène de popularité croissante sera constaté dans les autres villes où se trouvaient les autres relégués.

Mobutu décide de les déplacer encore

Inquiet, le président Mobutu décide de les déplacer de Chefs-lieux de leurs provinces d’origine pour les amener dans les chefs-lieux de leurs territoires. L’honorable Kapita est conduit à Tshikapa, l'honorable Lumbu à Kongolo et l'honorable Kyungu à Kalemie.
Quant au groupe de Mbuji-Mayi (les honorables Ngalula, Tshisekedi, Makanda et Kanana) ils vont être déplacés vers la Province orientale.

Mobutu met fin à la relégation et ouvre les pourparlers

Au mois de décembre 1981, à l’occasion des festivités de fin d’année, le président Mobutu décide d’amnistier les relégués politiques et les autorise à rentrer à Kinshasa.
Après leur arrivée, les pourparlers reprennent entre le groupe de 13 et le pouvoir. Ici, il faut peut-être signaler que dès leur retour à Kinshasa, l’un des 13 relégués a décidé d’abandonner la lutte et de quitter le groupe ; il s’agit de l’honorable Mbombo Léonard. Ce dernier sera remplacé dans le groupe par Kibassa Maliba, qui vient aussi de passer une année en résidence surveillée à Kinshasa à cause de la sympathie qu’il a manifesté à l’égard de 13 parlementaires.

Dialogue de sourds

Les discussions politiques ont donc lieu entre, d’un côté, les 13, avec Kibassa Maliba comme porte-parole. Cette position lui ait octroyée du fait de sa préséance dans les organes du MPR. En effet, kibassa est commissaire politique et membre du Comité Central alors que les autres sont des commissaires du peuple (députés). De l’autre côté, représentant le pouvoir, Vunduawe-te-Pemako, Vice-Premier Commissaire d’Etat aux Affaires Politiques et Décentralisation, assisté du conseiller diplomatique du président Mobutu, Honoré Ngbanda.
Les échanges entre les deux camps sont un véritable dialogue de sourds. Les 13 souhaitent la démocratisation du MPR parti-état, leur parti, alors que les responsables du MPR exigent que les 13 se soumettent à la discipline du parti.

Les 13 parlementaires décident de créer un nouveau parti politique

Depuis leur amnistie par le Maréchal Mobutu et leur retour à Kinshasa, les 13 ont pris l’habitude de se réunir régulièrement chez Ngalula, le doyen du groupe et chez Kibassa, le porte-parole du groupe.
Le 15 janvier 1982 dans la résidence de Kibassa, constatant l’impasse des discussions avec le pouvoir, Ngalula va proposer à ses camarades l’idée de créer un parti politique distinct du MPR. « Sinon nous seront toujours tenus par la discipline de ce parti », explique-t-il. Ses collègues applaudissent l’idée.

Le parti s'appelera UDPS

Tout de suite, les discussions se portent sur la dénomination de ce nouveau parti. Et là, Anaclet Makanda va proposer de nommer le nouveau parti «Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS en sigle) ; tout le monde approuve.
Etaient présents kibassa Maliba, Ngalula Mpanda Njila, Kyungu wa kumwanza, Tshisekedi wa Mulumba, Lusanga Ngiele, Makanda Mpinga, Kapita Shabangi, kanana Tshiongo, Lumbu Maloba, Dia Oken-A-Mbel, Ngoy Mukendi, Kasala kalamba et Biringanine Mugaruka.

Kibassa est désigné président de l'UDPS

Les fondateurs décident de confier la présidence de l’UDPS à Kibassa parce qu’il était déjà leur porte-parole et surtout cette désignation réglait un conflit latent de leadership entre Ngalula et Tshisekedi.
Le lendemain du jour de la création de l’UDPS, le Président Mobutu leur envoi un émissaire. Cette démarche leur semble suspecte. Quelqu’un du groupe aurait-il fait fuiter l’information ? Ils décident alors de ne pas encore rendre public leur décision, parce que officiellement, ils étaient encore en pourparlers comme cadres du MPR, avec les organes du parti.
Le nouveau parti est donc mis en veilleuse. Mais la date officielle de la création du parti va être décalée d’un mois c’est-à-dire le 15 février 1982. Parce que le 15 janvier 1982, le jour de la création, les pourparlers étaient encore en cours avec les organes du MPR.

La cooptation des autres fondateurs

Après cette création formelle du parti politique UDPS, les 13 parlementaires décident de coopter comme membres fondateurs certains camarades qui partageaient leurs idées et souhaitaient participer à cette lutte politique. Il s'agit notamment du professeur Lihau, du professeur Dikonda wa Lumanisha, de Mbwankiem, Kakule Nkengele.

Kibassa annonce, à Lubumbashi, la création de l'UDPS

Au mois de mars 1982, se trouvant au Katanga, Kibassa Maliba le président de l’UDPS, en compagnie de kyungu wa kumwanza, le président provincial de l’UDPS Shaba, Lusanga Ngiele et Lumbu Maloba organisent plusieurs réunions d’information et de vulgarisation du nouveau parti politique, l’UDPS à Lubumbashi. Au cours d'une de ces réunions, Kyungu déchire en public le Manifeste de la Nsele pour symboliser leur rupture avec le MPR.

Les fondateurs de l'UDPS sont arrêtés.

A la fin d’un de ces meetings, les éléments de la région militaire arrêtent leur cortège en tirant en l’air. Kyungu va leur demander de tirer sur lui au lieu de tirer en l’air. Les militaires vont procéder à l’arrestation de 4 fondateurs présents sur le lieu. Ils vont être brutalisés et conduits au cachot de la région militaire ou ils seront torturés, avant leur transfert à Kinshasa.
Mobutu lance aussi l’opération d’arrestation des autres membres fondateurs. Ils sont maintenant au nombre de 12 parce que le 13ème, l’honorable Biringamine Muguruka, a accepté l’offre d’asile politique que le président lybien, Mouammar Kadhafi, leur a proposé ; Il est donc parti en exil en Lybie.

L'arrivée de Birindwa et la condamnation des fondateurs

Les douze ayant décidé de poursuivre la lutte au pays, sont donc arrêtés et mis dans les cachots de l’AND (Agence Nationale de Documentation, ancien ANR) ou ils vont être rejoint par un sympathisant proche d' Etienne Tshisekedi, Faustin Birindwa qui venait d’être arrêté aussi. Des locaux de l’AND ils seront conduits à la prison de Makala.
Le 15 juillet 1982, ils sont tous condamnés à 15 ans de prison ferme pour complot qualifié. Quant aux autres cadres de l’UDPS, Birindwa est condamné à 5 ans de prison, Meta Mutombo et Mangabu à 12 mois, Sambwe Dianda à 24 mois, Kakule Bin Kawanga à 12 mois. Ils seront envoyés dans différentes prisons à l’intérieur du pays.

Le Maréchal Mobutu amnistie les fondateurs de l'UDPS

Grâce au grand travail de sensibilisation, en faveur des prisonniers politiques, fondateurs de l’UDPS, effectué par leur représentant en Europe, Dikonda wa Lumanisha, installé à Bruxelles, la communauté internationale va mettre la pression sur le Maréchal Mobutu (il est devenu Maréchal le 11 décembre 1982) en vue de leur libération.
Le 20 mai 1983, lors de la célébration du 16ème anniversaire de la création du MPR, le Président Mobutu annonce l’amnistie pour tous les prisonniers politiques et principalement les fondateurs de l’UDPS. C’est ainsi que Kyungu, Tshisekedi, Kibassa, Ngalula, Kapita, Lumbu, Birindwa et les autres sont libérés.

Kyungu wa Kumwanza quitte l'UDPS

Vers la fin de l’année 1983, Gabriel Kyungu wa Kumwanza sollicite une rencontre avec ses camarades fondateurs de l’UDPS. Au cours de cette réunion, et à la surprise générale, Kyungu informe ses camarades, qu’après mures réflexions et pour des raisons personnelles, il a pris la décision de quitter l’UDPS et d’abandonner toutes activités politiques. Il a souhaité reprendre ses activités dans le secteur privé.
Avec beaucoup de regrets et de chagrins, ses camarades prennent acte de sa décision. C’est ainsi que, de 1984 à 1987, Kyungu disparait totalement de la scène politique.

Kyungu a-t-il définitivement abandonné la politique ?

A-t-il définitivement divorcé avec la politique ? Ce serait mal connaitre Gabriel kyungu wa Kumwanza.
En 1988, l’animal politique, qui sommeillait en lui, va se réveiller et les gens vont découvrir le nouveau kyungu wa kumwanza : plus audacieux, plus incisif, plus percutant dans sa communication, plus populaire, si pas populiste, et, parfois, plus excessif !
Comme nous le découvrirons dans la prochaine page…

A suivre !

Par Thomas Luhaka Losendjola

Président honoraire de l’assemblée nationale
Ancien Vice-premier ministre
Avocat au barreau de Kinshasa-Gombe

Vos observations, corrections, critiques sont les bienvenues

Nos remerciements à l’Honorable Kapita Shabangi, l'un de 4 survivants du groupe de 13 parlementaires, pour les éclaircissements qu’il nous a apportés.
Pour plus des détails, voir l’ouvrage de Protais Lumbu Maloba « Mon apport dans le triomphe de la démocratie multipartiste ».

Photo. Gabriel Kyungu wa Kumwanza, Etienne Tshisekedi, Marcel Lihau, Kibassa Maliba, Charles Mwando Simba

05/06/2025

DEUX CONGO, UNE HISTOIRE !

Une page d'histoire du Congo-Brazza et de la RDC.

Les trois royaumes

Pour certains historiens, le Royaume Teke ( ou Royaume Tio ou Anziku) est aussi vieux que les royaumes voisins du Kongo et du Loango. Ces trois organisations africaines pré-coloniales seraient apparues vers les 13e-14e siècles. Le plus connu et le plus évolué de tous est évidemment le royaume Kongo. Néanmoins, nous allons aujourd’hui jeter un pan de lumière sur un épisode de l’histoire du royaume Teke qui a eu un impact certain sur le devenir de la RDC et du Congo-Brazzaville.

La proposition du jeune Pierre Savorgnan de Brazza

Cette histoire commence au mois d’août 1880 à Mbe, capitale du Royaume Teke. Mbe est à 143 Km au nord de l’actuelle ville de Brazzaville. Le royaume Teke est très vaste. Il va du sud du Gabon, occupe une partie de l’Est du Congo-Brazzaville et une partie de la RDC.
En 1880, le Makoko ( déformation de Ma-Onko), c'est-à-dire le roi, s’appelle Iloo 1er. Et ce jour-là, Iloo 1er est très préoccupé. Ça fait plusieurs jours qu’il réfléchit à une proposition qu’un jeune blanc de 28 ans lui a soumise. Ce jeune « mundele » s’appelle Pierre Savorgnan de Brazza ; il est français d’origine italienne. En quoi consiste exactement cette proposition ? Il s’agit de mettre le royaume Teke sous la « protection » de la France. Ce qui signifie concrètement, perdre son indépendance. En même temps, le royaume fait déjà face à trois menaces d'invasion. Celles des Bakongo, des Bangala, des Banunu.

Les guerres contre les Bakongo

Le Makoko se trouve devant un vrai dilemme. Depuis le 17e siècle, le royaume Teke a eu à s’affronter militairement et à plusieurs reprises avec l’armée du puissant voisin du sud, le royaume Kongo. A trois reprises, les guerriers Teke ont même réussi à tuer 3 Mani-Kongo (les rois bakongo) sur le champ des batailles. Parce que dans la tradition Kongo, le roi allait à la guerre avec ses troupes. Maintenant que ce royaume Kongo est très affaibli par ses divisions internes, deux groupes d'immigrés Kongo envahissent le royaume Teke par vagues successives. Ce sont les Nsundi et les Lari. Cela se passe au sud du royaume Teke.

Le nord du royaume est déjà occupé par des populations en provenance de la région du lac Tumba, dans l’actuelle province de l’Equateur en RDC ; il s’agit des Mbochi. Ils ont repoussé les frontières du royaume Teke vers le sud.

Les banunu bobangi veulent s'installer

La troisième menace d’invasion vient du fleuve Congo. Depuis des décennies, les autorités Teke autorisent que les navigateurs et commerçants Banunu Bobangi, originaires du nord, viennent commercer au niveau du Pool Malebo dans le royaume Teke. Mais depuis quelques temps, ces commerçants étrangers commencent à construire de villages permanents. En réaction, les autorités Teke lancent des opérations de démolition de ces « constructions anarchiques » des banunu. Ce qui amène à des affrontements réguliers entre les deux communautés.

Le dilemme politique de Makoko

Le dilemme politique devant lequel se trouve le Makoko est de choisir entre préserver l’intégrité territoriale de son royaume contre les invasions extérieures (Bakongo au sud, Mbochi au nord, Banunu sur le fleuve) ou de sauvegarder l’indépendance de son royaume. Dans ses calculs, le Makoko se dit qu’en acceptant la proposition de Savorgnan de Brazza, la puissance militaire et diplomatique de la France va lui permettre de préserver l’intégrité territoriale de son royaume. L’inconvénient est qu’il perdra son indépendance en devenant vassal de la France.

Makoko signe le traité d'amitié avec Savorgnan de Brazza

Après ces longues journées de réflexion, le Makoko Iloo 1er lève une option : il va signer le traité d’amitié que lui propose Savorgnan de Brazza. C’est ainsi que le 10 septembre 1880 est signé à Nkuna le traité d’amitié entre le Makoko Iloo 1er pour le compte du royaume Teke et Pierre Savorgnan de Brazza pour le compte de la France. La chambre des députés français va ratifier ce traité le 18 septembre 1882. Par ce traité, Savorgnan de Brazza obtient aussi le droit de créer un poste au bord du Pool Malebo, dans le village Teke de Mfoua. Ce petit poste deviendra la grande ville de Brazzaville.

Les croyances spirituelles Teke

Selon les croyances ancestrales Teke, chaque autorité territoriale (chef de chefferie, roi) est assisté, dans la gestion de son entité, par un esprit de la nature qu’ils appellent « Nkira », chaque chefferie a donc son Nkira qui avait pour fonction de :
-Veiller au bien-être de tous les habitants de la chefferie ;
-Guider le chef dans les solutions à donner aux conflits ;
- Combattre les mauvais esprits ;
- Donner la fertilité.

Le Nkira de Makoko contre les esprits du fleuve

-Le roi (Makoko) quant à lui était assisté par le Nkira supérieur qui veillait sur tout le royaume Teke. Ce Nkira s’appelait « Nkwe Mbali». Mais dans ses relations avec le monde des esprits, le Makoko était soumis à un tabou. Il lui était formellement interdit de s’approcher du fleuve Congo, mais surtout des chutes des Kinsuka au sud du Pool Malebo. Ce site était supposé être le fief des grands esprits maléfiques qui pouvaient porter atteinte à la puissance de Makoko ou même à sa vie. C’est la raison pour laquelle le Makoko ne venait jamais au Pool Malebo.

Ngaliema Insi " Mukoko "

Pour des raisons administratives, le Makoko Iloo 1er va nommer son proche parent (frère, demi-frère ou cousin ?) Ngaliema Insi comme son représentant personnel sur la rive gauche du Pool Malebo. Ngaliema était aussi appelé « Mukoko », qui signifie « Prince » en Kiteke.
Après la signature du traité d’amitié avec Savorgnan de Brazza, le Makoko charge Ngaliema de présenter l’explorateur français auprès des Chefs Teke du Pool (lui-même ne pouvant pas s’approcher du fleuve) et de confirmer l’accord signé avec lui. Ngaliema exécutera à la lettre la mission de son roi.

Ngaliema se rebelle contre Makoko

Mais une année après la signature du traité d’amitié entre Makoko et Savorgnan, Ngaliema Insi va, le 24 décembre 1881, signer, à la surprise générale, un nouveau traité d’amitié avec un autre explorateur européen d’origine anglaise Henri Morton Stanley, qui travaille pour le compte du roi des Belges Léopold II. Après la signature, les deux nouveaux partenaires, Ngaliema et Stanley, vont jusqu’à signer un pacte de sang en se faisant des petites incisions aux avant-bras et en mélangeant leurs sangs.

Par ce traité, Ngaliema autorise Stanley à créer des postes sur la rive gauche du fleuve Congo. C’est ainsi que Stanley va créer en 1881 le poste de Kintambo (Ki-Ntambo veut dire chez Ntambo en kiteke), qu’il va dénommer Léopoldville et le poste de Kintsasa (Ki-Ntsasa signifie chez Ntsasa. Ce nom sera franciser en Kinshasa) vers l’actuel Beach Ngobila.

Deux traités en contradiction

Le traité Ngaliema–Stanley du 24 décembre 1881, qui cède la rive gauche du Pool Malebo (qui pourtant fait partie du royaume Teke) à Léopold II, entre en contradiction avec le traité Makoko-Savorgnan du 10 septembre 1880, qui avait mis tout le royaume Teke, y compris la rive gauche du Pool Malebo, sous la protection de la France. Les français considèrent que Ngaliema, qui n’est que le représentant de Makoko, n’a aucun pouvoir qui lui permet de soustraire une partie du royaume Teke et la céder à une tierce personne. C’est de la rébellion caractérisée.

Comment régler ce contentieux

Pour Stanley, Ngaliema est l’autorité légitime qu’il a trouvée sur place; sa signature est donc valable. C’est le nœud du conflit entre Stanley et Savorgnan. Pour éviter que ce conflit ne puisse dégénérer en affrontement armé sur le terrain et prenant en compte d’autres conflits en cours entre puissances européennes en Afrique (La France et l’Angleterre se dispute l’Egypte, la France et l’Italie pour la Tunisie, le Portugal et l’Angleterre qui monopolise l’embouchure du fleuve congo…), les occidentaux vont décider de convoquer une grande conférence diplomatique pour régler toutes ces divergences : c’est la fameuse conférence de Berlin de 1884-1885.

La France cède la rive gauche du Pool Malebo

A la fin de cette conférence, la France va s’incliner et reconnaître la souveraineté du futur Etat Indépendant du Congo (EIC) sur toute la région du royaume Teke qui se trouve sur la rive gauche du fleuve Congo.
Pourquoi la France cède t–elle si facilement ? Léopold II, à travers un accord signé par l’Association Internationale du Congo, qui deviendra l’EIC, a accordé intelligemment à la France un droit de préemption sur le Congo (EIC) en 1884. Il est stipulé dans cet accord secret que si Léopold II n’arrive pas à mettre en valeur son Congo, il le cèdera à la France.

Ngaliema, rebelle ou héros ?

Pour certains intellectuels Teke, Ngaliema, par sa rébellion vis-à-vis du Makoko, a facilité la balkanisation du royaume Teke. Alors que pour la majorité des congolais de la RDC, Ngaliema est un grand homme qui a permis à l’Etat congolais d’acquérir ce vaste territoire de Kinshasa qui est depuis 100 ans (1er juillet 1923-1er juillet 2023) la capitale de la RDC.
En reconnaissance à Ngaliema, l’Etat congolais a donné son nom à l’une des grandes communes de la ville de Kinshasa: la commune de Ngaliema. La résidence officielle du président de la RDC est sur le mont Ngaliema. Et l'un des grands hôpitaux de Kinshasa s'appelle Clinique Ngaliema.
On comprend mieux maintenant la proximité culturelle et géographique de Brazzaville et de Kinshasa, qui sont les deux capitales les plus rapprochés au monde. Au départ, c'étaient deux localités du Royaume Teke du " Ngatsie ". Ce surnom de Makoko veut dire simplement le propriétaire terrien en kiteke.

A suivre !

Thomas LUHAKA LOSENDJOLA

Vos observations, corrections et critiques sont les bienvenues

Sources: - Jean Vansina " Les anciens royaumes des savanes ".
- Isidore Ndaywel " Histoire générale du Congo "

Sur la photo (montage): Le Makoko Iloo 1er et Savorgnan de Brazza.

31/05/2025

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