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Pour Voir Clair Pour Voir Clair est une Tribune d’expression sur les réseaux sociaux créée pour le changement des mentalités et sur les questions de développement en RDC.

Pour Voir Clair est une Tribune d’expression sur les réseaux sociaux créée pour le changement des mentalités. Elle s’adresse à toute personne soucieuse d’un engagement citoyen, avec un accent particulier pour la sensibilisation des jeunes sur les questions électorales en République Démocratique du Congo.

Unité nationale en RDC : peut-on dialoguer sans refonder les règles du vivre-ensemble ?Face à la guerre, aux fractures p...
16/08/2026

Unité nationale en RDC : peut-on dialoguer sans refonder les règles du vivre-ensemble ?

Face à la guerre, aux fractures politiques et sociales et à la crise de confiance envers les institutions, la République Démocratique du Congo invoque plus que jamais l’unité et la cohésion nationales. Mais l’unité peut-elle se limiter à un appel au rassemblement face à l’ennemi ? Comment construire une cohésion durable lorsque les règles communes, à commencer par la Constitution et la loi, sont contestées, contournées ou inégalement appliquées ? Le dialogue national inclusif ne devrait dès lors pas être un simple arrangement entre acteurs politiques, mais l’occasion de répondre à une question fondamentale : quel État les Congolais veulent-ils construire ensemble et sur quelles règles communes ?

En République démocratique du Congo, l’unité nationale et la cohésion nationale sont devenues des expressions familières du discours politique. À chaque grande crise, le pays appelle au rassemblement, au dialogue et à l’unité. Mais une question fondamentale mérite d’être posée : que signifie réellement l’unité nationale dans une société où les normes communes sont souvent violées, où l’impunité persiste et où les divisions politiques, sociales et communautaires demeurent profondes ?

L’unité nationale ne peut pas être réduite à l’absence de conflit entre dirigeants politiques. Elle ne signifie pas davantage que tous les Congolais doivent penser de la même manière. Dans une démocratie, l’unité se construit autour d’un socle commun : la Constitution, les lois, les institutions, la dignité humaine, la justice, la solidarité et la volonté de vivre ensemble malgré les différences.

Or, comment parler sérieusement de cohésion nationale lorsque les règles communes sont régulièrement contournées ou interprétées selon les intérêts des uns et des autres ? Comment demander au citoyen de respecter la loi lorsque ceux qui exercent le pouvoir donnent parfois le sentiment que la norme peut être négociée, contournée ou ignorée ?

La question peut sembler triviale, mais elle est profondément politique. Regardons simplement la circulation dans les rues de Kinshasa. L’automobiliste revendique le respect du Code de la route ; le conducteur de moto « Wewa » revendique, lui aussi, sa nécessité de circuler rapidement pour éviter les embouteillages et assurer sa survie économique. Lorsque chacun estime que sa propre urgence justifie la violation des règles communes, la route devient un espace de confrontation plutôt qu’un espace partagé.

N’est-ce pas là une métaphore de notre société ? Si nous ne parvenons pas à organiser pacifiquement la coexistence entre automobilistes, motocyclistes, piétons et autres usagers de la voie publique, comment prétendre construire une véritable cohésion nationale entre des citoyens, des communautés et des forces politiques aux intérêts parfois contradictoires ?

L’unité nationale exige donc davantage que des discours. Elle suppose une culture commune de la règle. Elle implique que la loi soit appliquée à tous, que l’impunité recule, les injures soient bannis, que le mépris et le dénigrement cessent de constituer des instruments ordinaires du débat public. Une nation ne devient pas unie parce que ses dirigeants proclament l’unité ; elle le devient lorsque ses citoyens ont le sentiment d’appartenir à un même destin et d’être soumis aux mêmes règles.

Dans ce contexte, le projet d’un dialogue national inclusif soulève une interrogation majeure. Comment organiser un dialogue véritablement inclusif dans une société profondément divisée, alors même que les conditions minimales de confiance entre les acteurs politiques et sociaux ne sont pas toujours réunies ?

Le dialogue ne devrait surtout pas devenir un simple mécanisme de partage du pouvoir, une négociation entre élites ou une nouvelle formule de règlement de crise. Il devrait être l'occasion de rechercher les causes profondes de nos crises et de déterminer les règles permettant au pays de sortir durablement du cycle des conflits.

La menace qui pèse sur l’intégrité territoriale de la RDC et l’agression dont le pays est victime rendent certes nécessaire un sursaut national. Face à la guerre, ne faut-il pas rassembler toutes les forces capables de défendre la souveraineté nationale ? Mais cette unité face à l’agression ne peut être durable que si elle repose sur une gouvernance crédible, une armée républicaine, des institutions légitimes et une justice capable de combattre l’impunité.

Il serait donc dangereux d’opposer la question sécuritaire à celle de la gouvernance. Comment défendre efficacement l’intégrité territoriale d’un État dont les institutions fonctionnent mal ? Comment mobiliser durablement la population pour la défense nationale lorsque celle-ci peine à accéder à l’emploi, à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau potable, à l’électricité et à la sécurité ?

La gouvernance publique devrait ainsi être au cœur du dialogue national. Améliorer la gouvernance, ce n’est pas détourner l’attention de la guerre ; c’est précisément créer les conditions politiques, économiques, sociales et institutionnelles permettant au pays de mieux résister aux menaces qui pèsent sur lui.

Le véritable enjeu du dialogue n’est donc peut-être pas seulement de savoir qui va dialoguer avec qui, mais surtout pour quoi faire et selon quelles règles.

Un dialogue national inclusif devrait permettre de répondre à quelques questions essentielles : quelles règles communes voulons-nous respecter ? Quelle architecture institutionnelle peut garantir l’État de droit ? Comment restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés ? Comment lutter contre l’impunité ? Comment renforcer la justice, l’administration publique, l’armée et les services de l’État ? Comment assurer une meilleure répartition des ressources nationales ? Comment faire de la diversité congolaise une richesse plutôt qu’un instrument de division ?

La RDC n’a pas seulement besoin d’un dialogue entre acteurs politiques. Elle a besoin d’un pacte de confiance entre l’État et la société.

L’unité nationale ne se décrète pas. Elle se construit dans les institutions, dans les familles, dans les écoles, dans les quartiers, sur les routes, dans les entreprises, dans les églises et dans la vie quotidienne. Elle commence lorsque le citoyen comprend que la règle qui protège son voisin le protège également.

Ainsi, avant de demander aux Congolais d’être unis, il faut peut-être commencer par leur garantir justice, respect, sécurité et dignité. Avant de proclamer la cohésion nationale, il faut reconstruire les conditions qui la rendent possible.

La question fondamentale du dialogue national n’est donc pas seulement : « Comment nous réconcilier ? » Elle est aussi : « Quel État voulons-nous construire ensemble ? »

C’est à cette condition que le dialogue pourra devenir autre chose qu’un énième rendez-vous politique : un véritable moment fondateur pour restaurer la confiance, renforcer la gouvernance, défendre la souveraineté et refonder le vivre-ensemble congolais.

Kinshasa : quand un terrain devient le révélateur des failles de la gouvernance publiqueUn différend autour d’un terrain...
11/08/2026

Kinshasa : quand un terrain devient le révélateur des failles de la gouvernance publique

Un différend autour d’un terrain attribué à l’installation d’une station-service mettrait aux prises l’Hôtel de Ville de Kinshasa, des ministères du Gouvernement central, une entreprise publique et des opérateurs privés. Au-delà de ce dossier, une question s’impose : qui décide de l’affectation du patrimoine public et selon quelles règles ?

Comment en arrive-t-on à une situation où l’Hôtel de Ville de Kinshasa, le ministère des Hydrocarbures, le ministère du Portefeuille, une entreprise publique comme Cobil SA et des intérêts privés semblent se retrouver en confrontation autour d’un même espace ?

Le site situé au croisement de l’avenue de la Libération, ex-24-Novembre, et de l’avenue Dr Shaumba, ex-Prince de Liège, serait revendiqué par Cobil SA, alors que des travaux auraient été engagés en vue d’y implanter une station-service privée. Si ces informations sont confirmées, quelle autorité a juridiquement décidé de la nouvelle affectation du terrain ? Sur quel titre foncier ? Sur quelle autorisation urbanistique ? Selon quelle procédure ?

Plus troublant encore : comment expliquer que des correspondances de membres du Gouvernement central puissent être suivies de la poursuite des travaux ? Sommes-nous face à un conflit de compétences entre l’État central et la province, à un défaut de coordination administrative ou à une contestation foncière qui aurait dû être réglée par les voies légales ?

Et que dire de l’intervention éventuelle de services de sécurité ou d’autres structures publiques ? L’État peut-il parler d’une seule voix lorsque plusieurs de ses institutions semblent donner des orientations contradictoires ?

Pour le citoyen, l’enjeu est majeur. Qui protège réellement le patrimoine public ? Qui garantit la transparence des attributions foncières ? Qui vérifie les bénéficiaires et les conditions d’octroi des autorisations ?

La question de possibles pratiques de corruption, de trafic d’influence ou de favoritisme mérite, elle aussi, d’être objectivement examinée, sans accusation prématurée. Une enquête administrative indépendante permettrait d’établir les responsabilités.

Car derrière ce terrain se pose une question essentielle : Kinshasa est-elle gouvernée par des règles clairement établies ou par des rapports de force institutionnels ?

Le phénomène démolition à Kinshasa : assainir la ville ou déplacer le problème ?À Kinshasa, le phénomène démolition pren...
10/08/2026

Le phénomène démolition à Kinshasa : assainir la ville ou déplacer le problème ?

À Kinshasa, le phénomène démolition prend une ampleur qui interpelle.
De Ngomba-Kinkusa à Kintambo Magasin, en passant par les abords du Grand Marché, les opérations de libération des emprises publiques se multiplient. Les autorités provinciales invoquent l’assainissement, la fluidité de la circulation, la sécurité et la nécessité de restaurer l’ordre urbain.
Mais derrière les pelleteuses et les espaces libérés, une question demeure : comment moderniser Kinshasa sans aggraver la précarité de ceux qui y vivent et y travaillent ?

Pourquoi démolir maintenant ?

Pourquoi ces démolitions interviennent-elles aujourd’hui alors que certaines occupations anarchiques sont installées depuis plusieurs années ? Qui a autorisé, toléré ou simplement laissé prospérer ces constructions et ces activités commerciales sur les emprises publiques ? Et pourquoi les mécanismes de contrôle n’ont-ils pas permis d’intervenir plus tôt ?

À Ngomba-Kinkusa, dans la commune de Ngaliema, la démolition d’un marché présenté comme « pirate » est justifiée par la volonté de construire un marché moderne répondant aux standards urbains. Les autorités évoquent également les embouteillages, le désordre et l’occupation illégale de l’espace public. À Kintambo Magasin, les démolitions s’inscrivent dans un projet de réhabilitation d’une gare et de réaménagement d’un important carrefour. Autour du Grand Marché, elles visent notamment à dégager les avenues et à améliorer la circulation et la salubrité.

La nécessité d’assainir Kinshasa ne fait donc guère débat. Mais la question de la responsabilité publique dans la naissance et la persistance du phénomène mérite, elle aussi, d’être posée.

Comment démolir sans créer une nouvelle précarité ?

Les autorités affirment avoir informé les occupants et procédé à des mises en demeure avant les opérations. Mais prévenir suffit-il lorsque des commerçants et des familles tirent depuis longtemps leurs revenus de ces activités ?

Une politique urbaine responsable ne devrait-elle pas combiner libération des emprises, information, accompagnement social, réinstallation commerciale et création d’espaces adaptés ? À Ngomba-Kinkusa, la promesse faite aux commerçants enregistrés de disposer d’une place dans le futur marché moderne constitue un engagement important. Mais qui garantira sa mise en œuvre, selon quels critères et dans quel délai ?

Jusqu’où doit aller la politique de démolition ?

Kinshasa a besoin d’ordre. Les routes, trottoirs, emprises ferroviaires et autres espaces publics ne peuvent être durablement transformés en marchés ou en lieux d’habitation sans règles. Mais où placer la frontière entre lutte contre l’anarchie urbaine et prise en compte des réalités sociales ?

Le commerce informel constitue une source de revenus pour de nombreux Kinois. Le supprimer sans offrir d’alternatives risque-t-il de résoudre le problème ou simplement de le déplacer vers d’autres quartiers ?

Que retenir et que faire ?

Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre démolir ou ne pas démolir, mais de savoir comment construire une politique urbaine cohérente, prévisible et équitable.

Aux citoyens revient la responsabilité de respecter les règles d’urbanisme, de ne pas occuper illégalement les emprises publiques et de ne pas reconstruire après leur libération.

Aux autorités incombe une responsabilité plus grande : planifier avant de démolir, contrôler avant de laisser construire, informer avant d’intervenir et proposer des solutions durables après les dégagements.

Car la question fondamentale reste entière : quelle Kinshasa voulons-nous construire après les démolitions ?

Démolir peut libérer un espace. Gouverner, c’est savoir quoi en faire, pour qui et dans quel intérêt collectif.

Cobalt, uranium et puissances: la RDC face à un nouveau test de souverainetéL’enquête de Lighthouse Reports et du Financ...
08/08/2026

Cobalt, uranium et puissances: la RDC face à un nouveau test de souveraineté

L’enquête de Lighthouse Reports et du Financial Times sur la présence potentielle d’uranium dans des cargaisons d’hydroxyde de cobalt congolais dépasse la seule question minière. Elle révèle les failles de traçabilité et de contrôle des ressources stratégiques de la RDC, tout en intervenant dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis, la Chine et les préoccupations européennes autour des minerais critiques. Entre contre-expertise scientifique, exigences de transparence et bataille géopolitique pour le contrôle des chaînes d’approvisionnement, Kinshasa doit transformer cette controverse en occasion de renforcer sa souveraineté minière.

Et si l’affaire de l’uranium retrouvé dans certaines cargaisons d’hydroxyde de cobalt révélait moins une anomalie minière qu’une faiblesse stratégique de la gouvernance des ressources congolaises ?

L’enquête publiée le 30 juillet 2026 par Lighthouse Reports et le Financial Times, parallèlement à une étude de Nature Communications, vient de placer la République démocratique du Congo devant une question aussi sensible que stratégique : que contient réellement le cobalt congolais exporté depuis le Copperbelt ? Les chercheurs estiment que 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient pu être transportées entre 2000 et 2024 dans des cargaisons d’hydroxyde de cobalt, principalement vers la Chine. Mais cette estimation demeure une modélisation : elle doit donc être confrontée à des analyses directes des cargaisons.

La première leçon est brutale : la RDC connaît insuffisamment la valeur, la composition et la traçabilité de ce qu’elle exporte. Que les chiffres soient confirmés, révisés à la baisse ou fortement relativisés, le problème institutionnel demeure. Comment un pays possédant certaines des ressources minières les plus stratégiques du monde peut-il ne pas disposer d’un système incontestable de contrôle physico-chimique de ses exportations ?

La deuxième leçon concerne la souveraineté. Le cobalt n’est plus seulement une matière première : il est devenu un actif géopolitique de la transition énergétique. La RDC représente environ 74 % de la production minière mondiale de cobalt, tandis que la Chine domine son raffinage. Le partenariat stratégique conclu entre Washington et Kinshasa en décembre 2025 confirme d’ailleurs que les minerais critiques sont désormais au cœur des relations économiques et géopolitiques.
Faut-il alors voir derrière cette controverse une confrontation indirecte entre les États-Unis, la Chine et, plus largement, les puissances européennes soucieuses de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement ? Il serait imprudent d’affirmer que l’enquête a été provoquée par cette rivalité. Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le contexte : Washington cherche à réduire sa dépendance aux chaînes dominées par Pékin, tandis que l’Union européenne poursuit sa diversification des minerais critiques. L’affaire intervient donc dans un environnement où chaque cargaison congolaise peut désormais avoir une portée économique et stratégique mondiale.

La réponse de Kinshasa doit, dès lors, dépasser la simple défense médiatique. La contre-expertise annoncée doit être indépendante, contradictoire, transparente et internationalement crédible, avec publication des protocoles et résultats.

Mais surtout, la RDC devrait engager six chantiers :
1. Audit national des chaînes cobalt-cuivre ; 2. Contrôle radiologique systématique des exportations ;
3. Traçabilité numérique des minerais ;
4. Renforcement des capacités du Comité National de Protection contre les Rayonnements Ionisants (CNPRI), du Commissariat Général à l’Énergie Atomique (CGEA) et du Centre d’Expertise, d’Évaluation et de Certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC).
5. Traitement sécurisé des résidus miniers ; et accélération de la transformation locale.

Le véritable enjeu est finalement de savoir si la RDC veut rester le fournisseur de minerais stratégiques des autres puissances ou devenir une puissance minière capable de connaître, contrôler, transformer et négocier ses propres ressources ?

L’uranium du cobalt de la RDC pourrait ainsi devenir, paradoxalement, un électrochoc salutaire : non pas pour entrer dans une nouvelle guerre géopolitique, mais pour imposer enfin une doctrine congolaise de souveraineté minière, de transparence , de sécurité et de valorisation nationale.

Grâce Kutino face aux mouvements de jeunesse : que cache la bataille autour du « Oui, je le veux » ?À l’approche de la m...
07/08/2026

Grâce Kutino face aux mouvements de jeunesse : que cache la bataille autour du « Oui, je le veux » ?

À l’approche de la marche annoncée le 12 août à Kinshasa en faveur de la révision de la Constitution, sous le slogan « Oui, je le veux », une question s’impose : qui parle réellement au nom de la jeunesse congolaise ? Entre l’initiative portée par la ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, les contestations de certains mouvements de jeunes et la perspective d’un dialogue national inclusif annoncé par le président Félix Tshisekedi, la jeunesse congolaise risque-t-elle de devenir le nouveau champ de bataille du débat constitutionnel ?

« Oui, je le veux ! » Une formule qui, dans le langage courant, évoque un engagement volontaire, une alliance, voire un contrat durable. Mais qui a dit « oui » ? Et surtout, qui a donné mandat pour que ce « oui » soit présenté comme celui de toute la jeunesse congolaise ?

La question est loin d’être anodine dans un pays où les jeunes constituent la majorité de la population. Lorsqu’une ministre de la Jeunesse mobilise autour d’une question aussi sensible que la révision constitutionnelle, s’exprime-t-elle comme membre du gouvernement ou comme représentante de l’ensemble de la jeunesse ?

Quelle jeunesse a été consultée ?

La première interrogation est méthodologique. Qui a été consulté ? Quand ? Où ? Avec quels critères ? Quelles associations, mouvements, plateformes ou organisations de jeunes ont participé aux consultations censées fonder cette mobilisation ? Existe-t-il un rapport de consultation ? Des procès-verbaux ? Une cartographie des organisations consultées ? Des données permettant de mesurer l’adhésion des jeunes à la révision constitutionnelle ?
Car représenter la jeunesse ne devrait pas seulement signifier organiser une mobilisation. Cela devrait également signifier écouter sa diversité, accepter ses contradictions et rendre compte de ses choix.
Dès lors, les critiques de certains mouvements de jeunesse ne constituent-elles pas simplement une opposition politique, mais aussi une question institutionnelle : peut-on parler au nom de toute une génération sans mandat explicite de celle-ci ?

Le « oui » peut-il être collectif par décret ?

Le slogan « Oui, je le veux » est politiquement efficace. Il est simple, émotionnel et facilement mobilisateur. Mais une démocratie ne se mesure pas uniquement à la puissance d'un slogan.
La jeunesse congolaise peut-elle être réduite à un « oui » ou à un « non » ? Ne faudrait-il pas plutôt lui permettre de répondre à des questions plus fondamentales : pourquoi réviser la Constitution ? Quelles dispositions ? Pour quels objectifs ? Avec quelles garanties ? Et au bénéfice de quel projet de société ?
Le véritable enjeu ne serait-il donc pas de convaincre les jeunes de dire « oui », mais de leur donner suffisamment d’informations pour qu’ils puissent dire « oui » ou « non » en connaissance de cause ?

Dialogue national : mobilisation ou contradiction ?

L’équation devient encore plus complexe avec l’annonce d’un dialogue national inclusif par le président Félix Tshisekedi.
Si le dialogue doit permettre aux forces politiques et sociales de rechercher des convergences sur les grandes questions nationales, pourquoi engager parallèlement une mobilisation populaire autour de la révision constitutionnelle ? Les deux démarches sont-elles complémentaires ? La mobilisation vise-t-elle à créer une dynamique populaire préalable au dialogue ? Ou risque-t-elle, au contraire, de réduire l’espace de négociation en donnant le sentiment que la décision serait déjà prise ? Le dialogue doit-il précéder la mobilisation ou la mobilisation doit-elle préparer le dialogue ?

La jeunesse, nouveau champ de bataille politique ?

Une autre question mérite d’être posée : assiste-t-on à une guerre de positionnement autour de la jeunesse ? Majorité présidentielle, opposition, organisations citoyennes, mouvements associatifs et plateformes de jeunes semblent avoir compris une réalité incontournable : celui qui influence la jeunesse influence une partie importante de l’avenir politique du pays.

Mais le risque est réel. La jeunesse pourrait-elle devenir simplement une force de mobilisation au service d’agendas conçus ailleurs ?

Pour Grâce Kutino, le défi est de démontrer son efficacité institutionnelle, sa capacité d’écoute et sa faculté à mobiliser sans donner le sentiment d’instrumentaliser la jeunesse.
Pour les mouvements de jeunes, le défi est tout aussi délicat : comment défendre leur indépendance sans devenir, consciemment ou non, les relais d’une stratégie d’opposition ?

Après le 12 août, que restera-t-il ?

La véritable bataille ne sera peut-être pas celle du nombre de manifestants le 12 août. Elle pourrait être celle de la crédibilité.
La ministre pourra-t-elle démontrer que le « oui » exprimé dans la rue correspond réellement à une adhésion largement documentée de la jeunesse ? Les mouvements contestataires pourront-ils démontrer qu’ils représentent une alternative crédible plutôt qu’une simple réaction politique ?
Et surtout, le gouvernement acceptera-t-il que la jeunesse congolaise puisse dire « oui », « non » ou « je ne suis pas encore convaincu », sans que chacune de ces positions soit immédiatement assimilée à un camp politique ?Car, au fond, la question n’est peut-être pas de savoir qui fera dire « oui » à la jeunesse.
La vraie question est de savoir si la jeunesse congolaise aura enfin la possibilité de dire elle-même ce qu’elle veut.

« Oui, je le veux » : mais qui a posé la question ?

Argent, pouvoir et corruption en RDC : rompre le cercle vicieux par un pacte socialDepuis des décennies, la République d...
06/08/2026

Argent, pouvoir et corruption en RDC : rompre le cercle vicieux par un pacte social

Depuis des décennies, la République démocratique du Congo semble prisonnière d'un triangle dont les côtés se renforcent mutuellement : l'argent, le pouvoir et la corruption. Dans ce système, le pouvoir devient souvent un moyen d'accéder aux ressources, l'argent sert à conserver ou conquérir le pouvoir, et la corruption assure la survie de l'ensemble. Pendant ce temps, l'intérêt général s'efface, les institutions s'affaiblissent et la confiance des citoyens disparaît.

Le véritable drame congolais n'est pas seulement économique, militaire ou politique. Il est avant tout moral et culturel. Les antivaleurs se sont progressivement installées dans les comportements individuels et collectifs. La corruption, le favoritisme, le tribalisme, le mensonge, la fraude, l'impunité et le manque de civisme sont devenus, dans certains milieux, des pratiques banalisées. Or, aucune nation ne peut durablement prospérer lorsque les règles sont remplacées par les relations, le mérite par les appartenances et la justice par les intérêts particuliers.

L'histoire récente de notre pays illustre malheureusement cette réalité.

Première illustration : la politique comme investissement financier. Combien de candidats engagent aujourd'hui des sommes considérables pour accéder à une fonction publique ? Une fois élus ou nommés, la tentation est grande de récupérer cet « investissement » au détriment du bien commun. La fonction publique cesse alors d'être un service rendu à la nation pour devenir une opportunité d'enrichissement personnel. Ce cercle vicieux alimente une corruption toujours plus sophistiquée.

Deuxième illustration : le tribalisme et le favoritisme dans les nominations. Lorsque les compétences sont sacrifiées au profit des liens familiaux, ethniques ou politiques, les institutions perdent en efficacité. Les citoyens développent un sentiment d'injustice, tandis que les frustrations nourrissent les tensions sociales. Une administration où le mérite est marginalisé ne peut répondre efficacement aux attentes de la population.

Troisième illustration : l'impunité qui détruit la confiance. Lorsqu'un détournement de fonds publics, une fraude électorale ou un abus de pouvoir restent sans conséquences, le message envoyé à la société est dévastateur : la loi ne s'applique pas à tous. Cette perception encourage d'autres citoyens à contourner les règles, convaincus que l'honnêteté est un handicap plutôt qu'une valeur.

Face à cette réalité, les réformes institutionnelles, aussi nécessaires soient-elles, ne suffiront pas. Aucun texte de loi, aucune stratégie nationale et aucun programme économique ne produiront les résultats attendus si les mentalités demeurent inchangées. Le développement commence par une révolution éthique.

C'est pourquoi la RDC a aujourd'hui besoin d'un véritable pacte social. Un pacte fondé sur des valeurs communes, librement acceptées par les citoyens, les responsables politiques, les leaders religieux, les acteurs économiques et la société civile. Ce pacte devrait reposer sur quelques engagements simples mais essentiels : placer l'intérêt général au-dessus des intérêts particuliers, respecter la loi sans discrimination, promouvoir le mérite, protéger les biens publics, rejeter la corruption sous toutes ses formes et faire du patriotisme un comportement quotidien plutôt qu'un simple slogan.

Le changement que nous espérons ne viendra pas uniquement des dirigeants. Il commence dans nos familles, nos écoles, nos églises, nos administrations, nos entreprises et nos communautés. Chaque citoyen peut choisir de refuser un pot-de-vin, de respecter les biens publics, de dire la vérité, de travailler avec professionnalisme et d'éduquer les jeunes au sens du bien commun.

Les véritables ennemis du développement de la RDC ne sont pas seulement extérieurs. Ils se trouvent aussi dans nos comportements lorsque nous acceptons les antivaleurs comme une fatalité. Refuser la corruption, combattre le favoritisme, dénoncer l'impunité, promouvoir le civisme et défendre l'intégrité constituent des actes patriotiques.

La paix durable et le bien-vivre ensemble ne se construiront pas uniquement autour des accords politiques ou des compromis entre élites. Ils naîtront surtout d'une confiance retrouvée entre les citoyens et leurs institutions, d'une justice impartiale et d'une culture de responsabilité partagée. C'est le sens profond d'un pacte social : faire de chaque Congolais un acteur de la reconstruction morale, politique et économique de la nation.

Le Congo ne manque ni de ressources, ni d'intelligence, ni de potentiel. Ce qui lui manque encore, c'est une adhésion collective aux valeurs qui transforment une richesse naturelle en prospérité partagée. Le moment est venu d'imposer le changement des mentalités.

Refusons les antivaleurs. Promouvons l'intégrité, le mérite, le respect de la loi, le patriotisme et le sens du bien commun. Ensemble, bâtissons une RDC plus juste, plus forte, plus paisible et plus prospère.

Fiscalité du numérique en RDC : réforme visionnaire ou nouveau fardeau pour les entrepreneurs ?Pourquoi le gouvernement ...
04/08/2026

Fiscalité du numérique en RDC : réforme visionnaire ou nouveau fardeau pour les entrepreneurs ?

Pourquoi le gouvernement congolais a-t-il finalement décidé de suspendre l'application de l'arrêté interministériel du 20 juillet 2026 relatif aux droits, taxes et redevances dans le secteur du numérique ? Cette suspension traduit-elle une simple volonté de clarification ou révèle-t-elle les limites d'une réforme insuffisamment concertée avec les principaux acteurs de l'économie numérique ?

Si les ministères de l'Économie numérique et des Finances assurent que les startups labellisées conservent les avantages fiscaux prévus par le Startup Act et le Code du numérique, cette précision suffit-elle à rassurer les milliers de jeunes entrepreneurs, développeurs, PME numériques et investisseurs qui évoluent en dehors de ce statut particulier ?

Quels sont les véritables objectifs de cette réforme ? Ne répond-elle pas à la nécessité de mieux encadrer un secteur en forte croissance, d'accroître les recettes publiques, de lutter contre l'informalité et de créer un environnement plus structuré pour les investissements technologiques ? Les exigences d'autorisation et d'agrément ne peuvent-elles pas également renforcer la confiance des consommateurs et des partenaires internationaux ?

Mais ces avantages potentiels justifient-ils les montants exigés ? Comment les jeunes entreprises pourront-elles supporter des droits d'autorisation pouvant atteindre 3 000, 5 000, voire 75 000 dollars pour certaines activités ? Les sanctions pouvant représenter jusqu'à 200 % de la valeur des autorisations ne risquent-elles pas de décourager davantage l'innovation que de favoriser la conformité ?

Pourquoi la Fédération nationale des jeunes entrepreneurs de la RDC considère-t-elle cette réforme comme une entrave à l'entrepreneuriat des jeunes ? Ne craint-elle pas que ces nouvelles charges financières réduisent la création de startups, freinent la formalisation des entreprises, découragent les investissements privés et favorisent le maintien de nombreuses initiatives dans l'informel ?

Peut-on éviter d'établir un parallèle avec la controverse suscitée par la taxe RAM ? Même si leur nature juridique et leurs objectifs diffèrent, ces deux dispositifs ne soulèvent-ils pas une interrogation commune sur l'acceptabilité sociale des prélèvements dans le secteur numérique ? Les Congolais n'attendent-ils pas davantage de transparence, de concertation et de garanties quant à l'utilisation des ressources collectées ?

Au-delà de la suspension annoncée, le véritable défi n'est-il pas de trouver un équilibre entre les impératifs de mobilisation des recettes publiques et la nécessité de préserver un écosystème numérique compétitif, innovant et créateur d'emplois ? Le gouvernement transformera-t-il cette controverse en opportunité pour instaurer une fiscalité plus progressive, mieux expliquée et davantage adaptée aux réalités des entrepreneurs congolais ?

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