10/10/2025
Après avoir attentivement suivi les interventions des autorités monétaires et budgétaires, ainsi que les analyses de nos compatriotes, je souhaite partager mon point de vue.
L’économie ne se limite pas à la théorie ; il est essentiel de combiner théorie et pratique. Nous savons que la République démocratique du Congo (RDC) est un pays unique en son genre, car ce qui se passe dans notre pays est incomparable à d’autres pays. Malgré les richesses immenses dont regorge notre pays, une partie importante de la population souffre de la faim et fait face à un taux de chômage très élevé. À cela s’ajoutent des phénomènes comme les insécurité, les détournements massifs, le non-respect des décisions prises par les autorités, la corruption, etc. Dans ce contexte, il ne faut pas analyser notre économie comme celle de pays à économie « normale ». Comme le disait mon professeur de macroéconomie en première licence, le Professeur KALONDA MBULU, il est impératif d’adapter les théories économiques à la réalité spécifique de notre pays.
En suivant les décisions prises par l’autorité monétaire, qui est la Banque Centrale du Congo (BCC), incarnée par Son Excellence Monsieur le Gouverneur André WAMESO, ainsi que l’autorité budgétaire qui est l’État (le Parlement), via Son Excellence Monsieur le Ministre de l’Économie Daniel MUKOKO SAMBA, que je salue pour leur bravoure et leur détermination à répondre aux préoccupations légitimes de la population, nous percevons un réveil de l’État. Comme le disait mon regretté grand-père IMOSA à Mbandaka, "un abruti commence à raisonner" : l’État, longtemps abandonnant sa population à son triste sort, semble prendre conscience de ses responsabilités.
Nous invitons donc l’autorité monétaire à ne pas se limiter seulement à exiger la bancarisation des agents économiques, alors que les agences bancaires sont insuffisantes à travers l’étendue du territoire national, celà serait à la base de la sous Bancarisation. Il est nécessaire de s’appuyer sur les instruments de la politique monétaire, notamment :
- Le Bon BCC : vendre une partie des devises pour retirer une partie de la monnaie nationale, afin de diminuer la masse monétaire.
- Le Coefficient de la Réserve Obligatoire : obliger les banques commerciales à constituer leur réserve obligatoire en francs congolais (CDF), pour retirer de la monnaie nationale et ainsi favoriser son appréciation.
- Le Taux Directeur : réduire le taux directeur de 25% à 17,5%. Toutes choses restant égales par ailleurs, les banques commerciales répercuteront cette baisse sur leurs taux d’intérêt, stimulant ainsi les agents économiques à contracter des crédits pour investir et augmenter leur production. Une production accrue permettra une baisse des prix, une hausse de la demande globale, une diminution des importations, et augmentera les exportations pour rapatrier des devises, améliorant ainsi la balance commerciale. Ce cercle vertueux favorise la croissance économique et la réduction du chômage.
Pour garantir une stabilité économique durable, nous recommandons à l’autorité monétaire, qui est la « banque des banques », conseillère et caissière de l’État, prêteur en dernier ressort, etc... de mener des réformes profondes dans le secteur bancaire. Il convient d’implanter des institutions financières dans les zones rurales, d’inciter les banques commerciales à étendre leur réseau d’agences à travers tout le territoire national, d’encourager la création de banques nationales, et de réduire les taux d’intérêt afin de faciliter l’accès au crédit.
Ces recommandations figuraient déjà dans notre mémoire de fin d’études intitulé « Effet de la bancarisation sur l’efficacité de la politique monétaire en RDC, de 2002 à 2024 ».
Quant à l’autorité budgétaire, il ne suffit pas seulement de viser la baisse des prix des biens et services. Il est crucial de prioriser des investissements massifs dans les infrastructures routières et énergétiques (eau et électricité). Sans ces infrastructures, toutes les mesures visant à stabiliser les prix et le cadre macroéconomique à moyen et long terme resteront inefficaces. On peut produire, mais si la circulation des produits vers les centres de commercialisation est entravée, les producteurs seront découragés, et les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Nous appelons aussi la population à ne pas se laisser manipuler par les ennemis de la République, guidés par des intérêts égoïstes. Il est urgent de faire confiance aux autorités monétaires et budgétaires, et surtout de les accompagner dans leurs initiatives.
En résumé, La stabilité économique en RDC nécessite une approche adaptée à ses réalités spécifiques, loin des modèles classiques. La politique monétaire, conduite par la BCC, doit s’appuyer sur des instruments efficaces tout en poussant à une bancarisation réelle étendue, notamment en milieu rural. Parallèlement, la politique budgétaire doit prioriser l’investissement dans les infrastructures fondamentales comme les routes et l’énergie pour soutenir la production et la commercialisation. Une coordination étroite entre ces deux autorités est indispensable pour assurer une croissance soutenue, une maîtrise de l’inflation et la réduction du chômage. Enfin, la mobilisation de la population autour de ces efforts est primordiale pour garantir le succès des réformes.
IFELE-BOKUNGU Blanchard, Économiste Monétariste et Médecin de l’Économie ✍️*