27/08/2026
UNIVERSITÉS DU NORD-KIVU ET DU SUD-KIVU : ENTRE IMPÉRATIF SÉCURITAIRE ET DROIT À L’ÉDUCATION, QUE DIT LE DROIT ?
La décision du Ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations (ESURSI) portant suspension des activités académiques dans plusieurs établissements de Goma et de Bukavu pour l’année académique 2026-2027 soulève une question qui dépasse largement le seul cadre universitaire.
Elle touche à la fois à la sécurité, à la continuité du service public de l’enseignement supérieur, au droit à l’éducation, à la liberté académique et, plus largement, à l’avenir d’une génération de jeunes Congolais.
Le ministère invoque une situation sécuritaire ne permettant plus d’assurer le fonctionnement normal de plusieurs institutions et entend préserver la régularité et la validité des activités et titres académiques relevant de l’autorité de l’État. L’arrêté ministériel n°239/MINESURSI/CAB.MIN/SASM/MMK/2026 du 25 août 2026 constitue le fondement de cette mesure. (Minesursi)
Mais une question juridique fondamentale demeure :
Une mesure de suspension des activités universitaires, même justifiée par des impératifs de sécurité, doit-elle nécessairement conduire à une interruption du parcours académique des étudiants ?
Le droit à l’éducation ne disparaît pas avec la crise.
L’UNESCO rappelle que l’éducation demeure un droit fondamental et une fonction essentielle en période d’urgence. Dans les situations de conflit, les États et les acteurs concernés sont appelés à rechercher des mécanismes permettant de maintenir la continuité de l’apprentissage, notamment par des solutions alternatives, temporaires ou à distance. (UNESCO)
Dès lors, le véritable débat juridique ne devrait peut-être pas être simplement :
« Fallait-il fermer les universités ? »
Mais plutôt :
« Une fois la fermeture décidée pour des raisons sécuritaires, quelles obligations l’État a-t-il envers les étudiants dont le parcours académique se trouve interrompu ? »
Le ministère semble avoir précisément envisagé cette problématique en publiant parallèlement une note circulaire relative à des mesures spéciales destinées à garantir la continuité académique des étudiants issus des zones affectées par les conflits. (Minesursi)
Cette orientation est juridiquement et socialement importante.
Car une fermeture peut être temporaire sur le plan administratif, mais ses conséquences peuvent être durables sur le plan académique : année universitaire compromise, re**rd dans le cursus, perte d’opportunités, interruption des stages, difficultés financières, mobilité forcée et, pour certains étudiants, risque d’abandon définitif des études.
Trois questions méritent donc d’être posées.
1️⃣ Quelle est la limite juridique du pouvoir de l’État de suspendre les activités universitaires en période de conflit ?
2️⃣ Quelles garanties concrètes doivent être offertes aux étudiants afin que la mesure sécuritaire ne se transforme pas en interruption disproportionnée de leur droit à l’éducation ?
3️⃣ La continuité académique doit-elle être considérée comme une obligation accessoire de l’État lorsqu’une fermeture devient nécessaire pour des raisons de sécurité ?
La question est d’autant plus importante que les étudiants concernés ne sont pas responsables du conflit.
Ils n’ont ni armes, ni pouvoir militaire, ni capacité de négociation diplomatique.
Ils ont simplement des cours à suivre, des examens à passer, des diplômes à obtenir et un avenir à construire.
L’éducation ne devrait donc jamais devenir une variable d’ajustement dans un conflit.
Cela ne signifie pas que la sécurité des étudiants doit être sacrifiée au nom de la continuité des cours. La protection de leur vie et de leur intégrité demeure prioritaire.
Mais protéger l’étudiant ne devrait-il pas également signifier protéger la continuité de son avenir académique ?
Dans les situations de crise, la question n’est donc pas seulement de savoir comment fermer une université en toute sécurité.
Il faut aussi savoir comment maintenir l’éducation lorsque l’université ne peut plus fonctionner normalement.
⚖️ JuriGlobe RDC vous donne la parole.
Selon vous, la suspension des activités universitaires à Goma et Bukavu constitue-t-elle :
🔹 une mesure sécuritaire juridiquement nécessaire ;
🔹 une mesure temporaire qui doit impérativement être accompagnée de mécanismes efficaces de continuité académique ;
🔹 ou une mesure dont la proportionnalité mérite d’être juridiquement questionnée ?
Le débat est ouvert.
Parce qu’en période de guerre comme en période de paix, il existe une ligne qu’une société ne devrait jamais perdre de vue :
On peut interrompre temporairement un cours pour protéger une vie ; il faut cependant tout mettre en œuvre pour ne pas interrompre définitivement l’avenir de celui qu’on voulait protéger.
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