16/05/2026
ALERTE HUMANITAIRE CRITIQUE À KABARE ET KALEHE (SUD-KIVU)
Origine : Action pour le Développement Social et la Promotion de la Paix (ADSP Asbl)
Date : 16 mai 2026
Zone ciblée : Territoires de Kabare et Kalehe (Province du Sud-Kivu, RDC)
Statut : Urgence absolue – Action immédiate requise
À l’attention de :
L'opinion nationale et internationale, les agences des Nations Unies, en particulier le Programme Alimentaire Mondial (PAM), les organisations humanitaires et le Gouvernement de la RDC
OBJET : URGENCE HUMANITAIRE ET AGGRAVATION DE LA FAMINE DANS LE TERRITOIRE DE KABARE ET KALEHE (SUD-KIVU)
Par la présente alerte, l’organisation non gouvernementale Action pour le Développement Social et la Promotion de la Paix (ADSP Asbl) formalise et contextualise la situation d'extrême gravité qui prévaut actuellement dans la province du Sud-Kivu.
L'objet de cette interpellation est de notifier officiellement l'opinion nationale, internationale, ainsi que les structures d'aide d'urgence, qu'un point de rupture humanitaire sans précédent a été atteint dans les territoires de Kabare et de Kalehe.
Nous ne faisons plus face à une vulnérabilité chronique ou à une insécurité alimentaire modérée, mais bien à une aggravation fulgurante et systémique de la famine. Ce phénomène, qui s'accélère de jour en jour, prive les communautés locales de leur droit le plus fondamental : le droit à l'alimentation et à la vie.
L’analyse contextuelle menée par l'ADSP Asbl démontre que cet objet d'urgence repose sur des facteurs cumulatifs et destructeurs :
1. L'asphyxie économique et agricole : Les conflits persistants, l'insécurité résiduelle et les chocs climatiques à répétition ont totalement détruit le tissu agro-pastoral de Kabare et de Kalehe. Les paysans ne peuvent plus accéder de manière sécurisée à leurs terres de culture, ce qui a provoqué un effondrement global de la production agricole locale et une hausse exponentielle des prix des denrées sur les marchés.
2. Le fardeau démographique des déplacements : Kalehe et Kabare subissent de plein fouet l'afflux massif de populations déplacées fuyant l'instabilité des zones voisines. Cette pression démographique soudaine a épuisé en quelques semaines les maigres réserves de nourriture des familles d'accueil, généralisant la crise à l'ensemble de la population résidente.
Le seuil d'alerte rouge
dépassé : Avec 85 % de la population locale contrainte de passer des nuits entières à ventre creux, les indicateurs de la sécurité alimentaire entrent dans la phase la plus critique des échelles humanitaires internationales (Phase 4 : Urgence). La famine s'est installée dans les foyers, entraînant avec elle un cortège de maladies liées à la carence nutritionnelle et une détresse psychologique profonde.
LE CONSTAT DU TERRAIN : UNE TRAGÉDIE À HUIS CLOS
Les missions d’évaluation menées par les équipes de l’Action pour le Développement Social et la Promotion de la Paix (ADSP Asbl) révèlent une réalité terrifiante : les territoires de Kabare et de Kalehe s'enfoncent dans une tragédie humaine majeure qui se déroule loin des projecteurs médiatiques, un véritable huis clos de la souffrance.
La dégradation de la sécurité alimentaire n'est plus une menace lointaine, c'est une réalité quotidienne qui détruit des vies à chaque heure qui passe.
Les indicateurs humanitaires ont tous viré au rouge écarlate, confirmant l'ampleur du désastre :
85 % de la population condamnée à la faim : L'accès à un repas quotidien est devenu un luxe inaccessible. Dans la quasi-totalité des ménages visités à Kabare et Kalehe, 85 % des habitants passent désormais des nuits entières à ventre creux.
Les parents en sont réduits à des arbitrages déchirants, rationnant le peu de nourriture disponible pour ne donner à manger aux enfants qu'une fois tous les deux jours.
L'effondrement total des moyens de subsistance : Ce ne sont pas seulement les récoltes qui manquent, c'est tout le système de survie locale qui s'est écroulé. Entre l'insécurité qui paralyse l'accès aux champs, le coût exorbitant des denrées de base sur les marchés locaux et l'enclavement de certaines zones, les populations n'ont plus aucune issue. Les stocks de réserve des familles d'accueil sont totalement épuisés.
L'explosion de la malnutrition chez les plus vulnérables : Sur le terrain, les effets physiques de cette famine sont visibles et alarmants. Les cas de malnutrition aiguë sévère et modérée montent en flèche. Les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que les personnes âgées — souvent déplacées de force par les crises répétées dans la région — présentent des signes de dépérissement physique avancé. Les structures de santé locales, sous-équipées et dépourvues d'intrants nutritionnels, sont totalement submergées.
Ce qui se passe à Kabare et Kalehe est une crise de dignité humaine. Derrière le chiffre effrayant de 85 %, il y a des visages, des mères impuissantes face aux pleurs de leurs enfants affamés.