06/14/2026
Sur la violence politique
Ces dernières semaines, nous avons vu des citoyens attaquer physiquement des manifestants propalestiniens pendant que la police protégeait les agresseurs et traitait avec un mépris obscène celles et ceux qui avaient été attaqués.
Nous l’avons vu aux portes de McGill, où des membres de la sécurité de l’université ont violenté et blessé des étudiants, des sympathisants et des manifestants, agissant comme un corps paramilitaire au service de l’institution. Nous l’avons également vu devant le siège du Parti libéral, lorsqu’un homme d’affaires est sorti pour attaquer avec de l’eau, des bousculades et des intimidations des personnes qui manifestaient légitimement en soutien aux membres de la Flottille enlevés par Israël.
Dans les deux situations, la police a fait preuve d’une compréhension scandaleuse envers les agresseurs et d’une hostilité évidente envers les manifestants. Il ne s’agissait pas d’erreurs ponctuelles ni de simples mauvaises interventions. Ce que nous avons vu, c’est un schéma préoccupant de délégitimation de la protestation, de protection sélective de la violence privée et d’humiliation publique envers celles et ceux qui exercent un droit fondamental : le droit de manifester.
Ce schéma ne peut être séparé du climat politique que les élites de la ville et du pays ont elles-mêmes contribué à créer. Ces mêmes élites politiques, issues malheureusement de presque tout l’arc parlementaire, qui se sont scandalisées à la vue de poupées de papier décapitées lors d’une performance revendiquant des droits du travail, ou de poupées de papier représentant des criminels de guerre responsables du génocide à Gaza, se heurtent aujourd’hui à la réalité que les mouvements sociaux dénoncent depuis des années.
L’action menée par le manifestants qui a tant scandalisé les élites politiques et médiatiques, correspondait à la dénonciation d’une loi adoptée par la Knesset israélienne permettant d’appliquer la peine de mort aux prisonniers palestiniens par pendaison. Nous le répétons : une peine conçue pour être appliquée uniquement aux Palestiniens. Pourtant, le scandale institutionnel ne s’est pas dirigé contre cette barbarie légalisée, ni contre le génocide en cours, ni contre la complicité politique avec l’État israélien. Le scandale s’est dirigé contre une performance. Contre des poupées. Contre la rage symbolique de celles et ceux qui refusent de normaliser l’horreur.
Aujourd’hui, celles et ceux qui se sont indignés face à ces actions symboliques se heurtent à une vérité bien plus inconfortable sur leur propre territoire : le racisme institutionnel contre les communautés non blanches n’est pas une anomalie ni une succession de faits isolés. C’est une pratique habituelle, structurelle, maintenue dans le temps. Les communautés noires, arabes, autochtones, musulmanes, migrantes, appauvries, ainsi que toutes les personnes qui osent dire la vérité au pouvoir, en font l’expérience.
La violence reconnue ces derniers jours par le chef du SPVM lui-même ne surgit pas de nulle part. Elle fait partie d’une culture politique qui protège davantage l’ordre matériel que la vie humaine ; une culture qui déploie la police contre celles et ceux qui protestent, mais qui se montre lente, complice ou indifférente face aux injustices qui provoquent ces protestations. Une culture institutionnelle qui criminalise la colère des opprimés tout en normalisant la violence des puissants. Une culture politique qui semble exportée d’Israël et appliquée ici selon ce que les élites pensent pouvoir faire accepter à la population. Il se peut qu’elles aient mal calculé, lorsque même le chef de la police s’est montré dévasté par ce que ses agents sont capables de faire aux personnes non blanches de cette ville.
Lorsqu’une ville permet à la police de tuer, d’intimider, d’humilier ou d’agir sans véritable reddition de comptes, cette ville cesse d’être pleinement démocratique et devient un territoire administré par la peur.
Cette même peur, la police a tenté de l’inculquer aux manifestants qui dénoncent le génocide en Palestine : par des arrestations, des intimidations, de la surveillance, du harcèlement et une attitude complaisante envers celles et ceux qui agressent les activistes. La violence politique ne réside pas uniquement dans les coups visibles. Elle réside aussi dans le message envoyé lorsque l’agresseur reçoit de la compréhension et que la personne attaquée reçoit du mépris. Elle réside aussi dans l’impunité. Elle réside aussi dans la pédagogie de la peur. La peur doit changer de camp, et ce sont les violents, les corrompus et les corrupteurs qui devraient commencer à la ressentir.
Corruption et violence politique : voilà ce que nous avons appris ces derniers jours de la bouche même du chef de la police de Montréal. La corruption n’est pas seulement l’argent qui change de mains en secret. La corruption, c’est permettre à une institution armée d’agir avec racisme, mépris de classe et complicité politique. La corruption, c’est protéger les puissants lorsqu’ils attaquent et criminaliser les manifestants lorsqu’ils résistent. La corruption, c’est transformer la sécurité publique en outil de contrôle social.
La violence politique, c’est que les lobbies sionistes de la ville achètent de l’influence, conditionnent les discours, fassent pression sur les responsables publics et capturent des espaces institutionnels afin de maintenir le soutien politique à l’État israélien et de faire taire la solidarité avec la Palestine. La violence politique, c’est que les administrateurs de la ville se laissent entraîner par ces intérêts pendant que le peuple palestinien continue d’être massacré. La violence politique, c’est que l’on poursuive celles et ceux qui dénoncent le génocide pendant que l’on protège celles et ceux qui le justifient, le financent ou le blanchissent.
Montréal a aujourd’hui une occasion historique : se dissocier de cette violence. Rompre avec la complicité. Reconnaître que la répression ici et l’apartheid là-bas font partie d’une même architecture politique, policière et coloniale. Demain, la Ville de Montréal ainsi que ses conseillères et conseillers auront l’occasion de commencer à réparer leur indifférence face à tous ces faits. Déclarer Montréal ville libre d’apartheid israélien ne serait pas un geste symbolique vide de sens, mais un premier pas pour affirmer que cette ville ne veut plus participer, ni directement ni indirectement, à la normalisation d’un régime d’occupation, de ségrégation, de colonisation et de génocide.
La question est simple : de quel côté Montréal veut-elle être ?
Du côté de celles et ceux qui attaquent des manifestants et reçoivent ensuite la compréhension de la police ? Du côté de celles et ceux qui se scandalisent devant des symboles tout en gardant le silence face aux cadavres ? Du côté des intérêts qui achètent de l’influence pour maintenir l’impunité israélienne ?
Ou du côté de celles et ceux qui défendent la vie, la dignité, la justice et le droit des peuples à exister libres du colonialisme, du racisme et de l’apartheid ?
Montréal doit choisir. Et elle ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas.
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On Political Violence
In recent weeks, we have seen private citizens physically attack pro-Palestinian demonstrators while the police protected the aggressors and treated those who had been attacked with obscene contempt.
We saw it at the gates of McGill, where members of the university’s security violently attacked and injured students, supporters, and demonstrators, acting like a paramilitary force in the service of the institution. We also saw it in front of the Liberal Party headquarters, when a businessman came out to attack, with water, shoving, and intimidation, people who were legitimately demonstrating in support of the members of the Flotilla kidnapped by Israel.
In both situations, the police showed a scandalous level of understanding toward the aggressors and clear hostility toward the demonstrators. These were not isolated mistakes or simple poor interventions. What we saw was a worrying pattern of delegitimizing protest, selectively protecting private violence, and publicly humiliating those exercising a fundamental right to protest.
This pattern cannot be separated from the political climate that the city’s and the country’s own elites have helped create. The same political elites, from practically across the entire parliamentary spectrum, who were scandalized by paper dolls being decapitated in a performance demanding labour rights, or by paper dolls representing the war criminals responsible for the genocide in Gaza, are now being confronted with the reality that social movements have been denouncing for years.
The action carried out in a demonstration, which so deeply scandalized both the political and media elites, was a denunciation of a law passed by the Israeli Knesset allowing the death penalty by hanging to be applied to Palestinian prisoners. We repeat: a punishment designed to be applied exclusively against Palestinians. And yet, the institutional outrage was not directed at that legalized barbarity, nor at the ongoing genocide, nor at the political complicity with the Israeli state. The outrage was directed at a performance. At dolls. At the symbolic rage of those who refuse to normalize horror.
Today, those who tore their garments over these symbolic actions are running up against a far more uncomfortable truth on their own territory: institutional racism against non-white communities is not an anomaly, nor a succession of isolated incidents. It is a habitual, structural practice, sustained over time. It is suffered by Black, Arab, Indigenous, Muslim, migrant, impoverished communities, and by all those who dare to speak truth to power.
The violence acknowledged these days by the head of the SPVM himself did not come out of nowhere. It is part of a political culture that protects material order more than human life; a culture that deploys police against those who protest, while remaining slow, complicit, or indifferent in the face of the injustices that give rise to those protests. An institutional culture that criminalizes the anger of the oppressed while normalizing the violence of the powerful. A political culture that seems to have been exported from Israel and applied here according to what the elites believe the population will accept. Perhaps they miscalculated, when even the police chief has shown himself devastated by what his own officers are capable of doing to the non-white people of this city.
When a city allows the police to kill, intimidate, humiliate, or act without real accountability, that city ceases to be fully democratic and becomes a territory administered by fear.
That same fear is what the police have tried to instill in demonstrators denouncing the genocide in Palestine: through arrests, intimidation, surveillance, harassment, and a complacent attitude toward those who assault activists. Political violence does not exist only in visible blows. It also exists in the message sent when the aggressor receives understanding and the person attacked receives contempt. It also exists in impunity. It also exists in the pedagogy of fear. Fear must change sides, and it is the violent, the corrupt, and the corrupters who should begin to feel it.
Corruption and political violence are what we have learned about in recent days from the very mouth of Montreal’s police chief. Corruption is not only money secretly changing hands. Corruption is allowing an armed institution to act with racism, class contempt, and political complicity. Corruption is protecting the powerful when they attack and criminalizing demonstrators when they resist. Corruption is turning public security into a tool of social control.
Political violence is when the city’s Zionist lobbies buy influence, shape discourse, pressure public officials, and capture institutional spaces in order to maintain political support for the Israeli state and silence solidarity with Palestine. Political violence is when city administrators allow themselves to be dragged along by those interests while the Palestinian people continue to be massacred. Political violence is when those who denounce genocide are persecuted while those who justify it, finance it, or whitewash it are protected.
Montreal now has a historic opportunity: to break away from this violence. To break with complicity. To recognize that repression here and apartheid there are part of the same political, police, and colonial architecture. Tomorrow, the City of Montreal and its councillors have the opportunity to begin repairing their indifference in the face of all these facts. Declaring Montreal a city free from Israeli apartheid would not be an empty symbolic gesture, but a first step toward affirming that this city no longer wants to participate, directly or indirectly, in the normalization of a regime of occupation, segregation, colonization, and genocide.
The question is simple: which side does Montreal want to be on?
On the side of those who attack demonstrators and then receive police understanding? On the side of those who are scandalized by symbols while remaining silent before the dead bodies? On the side of interests that buy influence in order to sustain Israeli impunity?
Or on the side of those who defend life, dignity, justice, and the right of peoples to exist free from colonialism, racism, and apartheid?
Montreal must choose. And it will not be able to say it did not know.