01/31/2024
Voici le texte d'Antoine Massé-Truong, arrière-petit-fils de Jules Massé à l'occasion du 100e anniversaire de fondation de la Société du bon parler français, aujourd'hui Mouvement parlons mieux.
Bonjour à toutes et à tous,
C’est avec une grande fierté que je m'adresse à vous aujourd’hui en tant que membre de la famille Massé pour célébrer l'œuvre du Mouvement parlons mieux, anciennement Société du bon parler français.
L’histoire de la famille Massé est un récit riche, une grande histoire d’amour, de labeur, de traditions et de patriotisme. Et la plus belle chose dans ce récit, c’est qu’il est englobé dans un récit encore plus grand, un récit national, celui des familles de tradition canadienne-française. Ce récit, j’ai la chance d’en entendre les louanges à travers l’histoire, la littérature ou encore la musique d’ici, à travers les arts écrits et oraux découlant de notre magnifique langue française.
En grandissant, je prends conscience de l’importance des traditions et de l’impact insoupçonné qu’elles ont sur moi depuis les comptines qu’on me fredonnait dans mon berceau jusqu’à aujourd'hui. À travers les traditions, j’ai l'impression de me situer en tant qu’individu, d’approfondir une parcelle de moi-même que je soupçonnais sans toutefois parvenir à en saisir l’essence. Cette essence, elle existe, car je peux l’exprimer comme elle est, comme elle m’est venue, par un sentiment que j’ai traduit en mots. Cette essence s’exprime en français. Cela sans doute parce qu’elle est française, qu’elle est restée fidèle à ses origines durant plus de quatre siècles, qu’on me l’a transmise par la force de l’héritage comme on l’a transmise aux générations précédentes.
À maintes reprises, durant notre histoire, cet héritage a manifesté des signes d’affaiblissement, il est arrivé que la mémoire collective s’endorme, brièvement heureusement, avant que des individus se dressent et la réveillent.Les efforts de la Société du bon parler français et de tant d’autres institutions et personnalités pour restaurer notre langue à une époque où elle était source de honte pour certains ont porté leurs fruits. Sans ces individus, nous n’aurions pas de Québec uni autour du français. Notre héritage collectif serait entaché.Et comme nous sommes plusieurs à nous inquiéter des signes actuels de perdition qui affligent notre langue et notre héritage français, j’aimerais souligner le fait que par le passé nous nous sommes toujours redressés, que nous avons toujours refusé de faillir, que nous avons existé et que comme nous existons toujours, nous devons continuer la lutte de nos aïeux.
Mon aïeul Jules Massé, parlait souvent de la langue française comme de Sa Majesté, il aimait revendiquer son allégeance à ce monarque bien particulier. Car contrairement aux autres monarques, qui régissent les royaumes, pour être sujet de sa majesté la langue française, il n’est pas question d’habiter un royaume, mais plutôt d’être habité par un royaume: le royaume des mots. S'il est primordial de maitriser le français pour échanger avec les autres et pour se rassembler autour de ce moyen d’expression, la maitrise de la langue française est nécessaire pour soi-même. Car les limites de ce que nous pouvons exprimer en mots sont les limites de notre pensée.
Parler mieux, pour comprendre et pas seulement pour exprimer. Parler mieux pour penser mieux.
À travers ces histoires, les récits anciens, les combats qu’ont menés mes ancêtres pour leurs convictions, pour être et rester ce qu’ils sont, se trouve une partie de moi-même englobée dans une partie de nous tous, Québécois et Québécoises, francophones d’Amérique qui nous souvenons.