06/05/2025
De toute évidence, la liberté d'expression est à géométrie variable. Par l'entremise de M. Simon Gravel, La Presse a refusé de publier notre lettre ouverte en stipulant qu'elle n'est pas du bon ton pour sa section Dialogue. À quelque part, cela montre peut-être un peu que j'ai raison dans ma fameuse lettre.
Le capacitisme et l’eugénisme à la rescousse de l’économie québécoise
Au-delà des débats médiatiques au cours desquels on règle le sort du monde entre deux gorgées de café chaud ou froid, il y a lieu de se demander quelle est la véritable place des personnes en situation de handicap dans une société où les discours de droite et d’extrême-droite sont de plus en plus décomplexés. Je me pose la question en tant que personne, travailleur, artiste et père en situation de handicap. Hé oui ! J’ai osé me reproduire et j’en suis fier. Toutefois, je suis inquiet, car je m’interroge sur la possibilité de réaliser ce projet de vie pour mes semblables si nous sommes réputés incapables, vulnérables, cloués sur un fauteuil roulant ou une autre aide technique, un gouffre financier et de ressource humaine et dignes de l’aide médicale à mourir. Devant ce portrait peu reluisant et issu d’une vision capacitiste de notre monde, j’ai tendance à rétorquer qu’on aurait intérêt à nous faire vivre dans la dignité avant de nous faire mourir (tuer) dans cette supposée dignité. Au fait, il n’est nullement nécessaire d’instaurer un vaste programme n**i « Aktion T4 », il suffit de sabrer sauvagement dans les divers programmes de soutien des personnes ayant des incapacités afin de les placer des conditions misérables et les pousser à demander de mettre fin leurs jours. C’est un simple calcul comptable et rationnel comme affectionne la CAQ.
Pour les personnes qui l’ignorent, le capacitisme est une oppression basée sur les incapacités qui mène à des injustices, voire des dérives. C’est exactement ce que je pressentais lorsque j’ai écrit et réalisé ma websérie Rolling Dead (2016) dans la foulée de l’adoption de loi « Mourir dans la dignité ». Je suis très content de ma création qui se voulait aussi une exploration esthétique avec les moyens modestes que j’avais à ma disposition. Effectivement, la vie des artistes en situation de handicap n’est pas plus rose. Selon une communication du Conseil des arts et des lettres du Québec suivant l’un des refus de subvention pour mes différents projets artistiques, moins de 25% des demandes dans le programme pour les artistes en situation de handicap sont acceptés. Qu’en est-il des autres Conseils des arts ? Qui sont les experts évaluateurs ? Seraient-ce des programmes factices ? Non seulement nous vivons des conditions déplorables dans une société majoritairement capacitée, nous ne pouvons même pas partager notre vision du monde de façon imaginative et créative. Ce constat me convainc de la nécessaire existence d’un organisme comme Le Spasme qui soutient et défend les artistes et les parents en situation de handicap. Il appert que les artistes et les intellectuels sont les canaris de la liberté et de la démocratie.
Patrick Desjardins
Directeur général du Spasme