07/24/2026
L’angle mort de la stratégie nationale en matière d’IA
La Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle dévoilée récemment par le gouvernement fédéral ne mentionne ni le droit d’auteur, ni les œuvres ou les prestations d’artistes dont l’IA se nourrit.
Certains voient d’un bon œil que la stratégie en question ne mentionne pas le droit d’auteur et estiment que ce silence (troublant) vaut mieux que l’introduction d’une exception qui entérinerait le pillage des contenus culturels de chez nous qui a déjà eu cours pour nourrir les outils d’intelligence artificielle ?
Artisti n’est pas de cet avis. Elle soutient qu’une stratégie en faveur d’une IA éthique aurait dû affirmer d’emblée que le Canada n’introduira pas d’exception au droit d’auteur permettant une utilisation opaque et sans autorisation ni rémunération des œuvres et des prestations des artistes.
À la lecture de la stratégie, l’espoir d’Artisti que le principe ART (Autorisation, Rémunération, Transparence) guide le gouvernement dans la mise en œuvre de cette stratégie repose pour l’instant sur bien peu de choses, sinon une affirmation répétée de la nécessité de protéger la vie privée des citoyens.
En effet, la protection de la vie privée et des renseignements personnels dont il est fait mention dans la stratégie permet d’inférer une forme de protection des prestations d’artistes interprètes. Pourquoi ? Parce que ces prestations sont souvent constituées de la voix ou de l’image des artistes en question. Or, rappelons qu’au Québec, l’utilisation de la voix et de l’image d’une personne sans autorisation et à d’autres fins que l’information légitime du public constitue une atteinte à sa vie privée. Ces mêmes voix et image constituent, par ailleurs, des renseignements personnels.
Cependant, ces protections sont incomplètes, car elles laissent de côté les instrumentistes dont on n’entend pas la voix ni ne voit systématiquement l’image.
De plus, ces protections, qui s’appliquent à tous les citoyens indifféremment, ne prennent pas en considération le caractère particulièrement impactant pour les artistes interprètes de l’utilisation sans autorisation de leur voix et leur image. En effet, lorsque l’intelligence artificielle s’approprie la voix ou l’image d’individus, la chose peut être grave, voire destructrice, pour ceux-ci, mais elle ne les privera pas forcément de leur gagne-pain. Or, pour les artistes interprètes, cette usurpation de leur identité artistique a précisément pour résultat d’anéantir leurs chances de vivre de leur art, les mettant notamment en compétition directe avec des versions artificielles d’eux-mêmes. Il s’agit-là d’un aspect resté dans l’angle mort de cette stratégie qui se veut pourtant en faveur d’une IA pour tous.
Consulter la position de l’Australie en suivant ce lien (disponible en anglais uniquement) : https://www.pm.gov.au/media/ai-australias-interests-0