13/02/2024
[11] 𝐋𝐔𝐂𝐈𝐎𝐋𝐄 ©
Les jours et temps de pénitence
En considérant le précepte du Christ (Mt 16, 24 ; Lc 4, 1-2 ; Mc 1, 13) et le canon 1249, la pénitence est pour tout chrétien une obligation à la fois morale et juridique. Elle est l'expression du désir d’une sincère conversion au Seigneur et d’une intime participation à la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. « Les jours et temps de pénitence pour l'église tout entière sont chaque vendredi de toute lannée et le temps du Carême » (c. 1450). Il y a différentes formes de pénitence : la prière avec une majeure intensité ; les uvres de piété et de charité, le renoncement à soi-même dans l'accomplissement plus fidèle de ses obligations propres ou mieux de ses devoirs d'état et surtout l'abstinence et le jeûne.
L'abstinence est la loi qui interdit la consommation de la viande et toute autre nourriture à base de viande. Mais le poisson, les œufs, les produits laitiers sont permis de même que les condiments à base de graisse animale.
Quant à l'obligation du jeûne, elle prescrit de prendre un seul repas complet durant la journée, mais elle ne défend pas de prendre un peu de nourriture le matin et le soir, en observant toutefois la coutume approuvée des lieux, relativement à la quantité et à la qualité des aliments. Il nest pas défendu, en jeûnant, de consommer de la viande (à moins que ce soit un jour dabstinence) et le poisson au même repas ni de remplacer la réfection du soir par celle de midi. Il n'est pas non plus interdit qu'on fasse le jeûne toute la journée, en se privant de tous les repas.
En règle générale, l'abstinence de viande ou d’une autre nourriture sera observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe lun des jours marqués comme solennité ; mais l'abstinence et le jeûne doivent être observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint (c. 1251). Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont 14 ans accomplis ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs (18 ans) jusqu'à la soixantième année commencée (c. 1252). Les cas de maladie, de certains durs travaux ou d'autres motifs d'impossibilité réelle et évidente peuvent libérer de l'obligation de l'abstinence et du jeûne. Sur le jeûne, il serait bon de lire le message du Pape Benoit XVI pour le temps de Carême 2009. Il affirme : « le jeûne représente une pratique ascétique importante, une arme spirituelle pour lutter contre tous les attachements désordonnés. Se priver volontairement du plaisir de la nourriture et dautres biens matériels, aide le disciple du Christ à contrôler les appétits de sa nature affaiblie par la faute originelle, et dont les effets négatifs investissent entièrement la personne humaine ». Toutefois, la Conférence épiscopale peut établir d'autres normes sur l'abstinence, le jeûne et les autres formes de pénitence (c. 1253). À ce propos, l’on demande : se priver de viande est-il aujourd’hui un acte de pénitence dans un milieu où la viande ne coûte plus chère contrairement au poisson ?
Les fruits des privations les jours de pénitence peuvent servir à des uvres de charité ou de solidarité avec les plus pauvres. Cest certainement pour cela que les collectes durant la campagne de carême sont destinées, dans notre Église locale, à la Caritas nationale qui soutient tant de pauvres et de démunis. Participons massivement et généreusement à ces collectes pour contribuer à notre salut.
La période du Carême met particulièrement l'accent sur le jeûne, l'aumône et la prière. Mais c'est aussi un temps de pénitence et d'abstinence, donc de privation, comme nous venons de l'affirmer. À ce propos, une fidèle mariée me demandait récemment : « Mon Père, les époux doivent-ils se priver des relations sexuelles pendant le carême ? »
« Si cette pratique existait bel et bien au Moyen Âge, comme le signale le médiéviste Jean Verdon dans son livre Étonnant Moyen Âge (éd Perrin), aucun texte officiel de l'église n'a jamais mentionné l'obligation de l'abstinence sexuelle durant le Carême. En revanche, l'église demande bien à tous les fidèles âgés de 14 à 60 ans de faire pénitence et de sabstenir « de viande le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ » (cf. CIC, n° 1251).
Il n'en demeure pas moins que si l'église n'a jamais enjoint les fidèles à l'abstinence sexuelle, question aussi délicate qu'intime, les chrétiens qui le souhaitent peuvent en faire leur effort de Carême. Mais attention, il faut que cette résolution soit le fruit d’une décision commune comme le dit saint Paul : « Ne vous refusez pas l'un à l'autre, si ce n'est d'un commun accord et temporairement » (1 Co. 7, 5). Et si dautres décident au contraire de ne pas se priver de relations sexuelles pendant le Carême, ils sont libres de le faire ». (Cf Aleteia, article : Faut-il renoncer à la sexualité pendant le carême ?)
D’autres se demandent : Ne pas être fidèle à sa résolution de Carême peut être décevant, mais cela ne signifie pas pour autant qu'on a commis un péché. Si vous avez renoncé à quelque chose de « bon », comme au chocolat ou aux desserts, rompre ce jeûne n’est pas un péché en soi. En revanche, si vous avez choisi de renoncer à quelque chose de « mauvais », comme aux commérages, vous pourriez dans ce cas pécher en rompant votre résolution de Carême.
✍️ Père Jacques Mahougnon AGOSSOU
Canoniste
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