03/04/2026
Mon Chemin de Croix, ma Victoire
Je m'appelle Dandjinou Gbodja Pyrhanaud. Mon histoire n'est pas celle d'un homme né sous une bonne étoile, mais celle d'un enfant qui a dû apprendre à briller dans l'obscurité la plus totale.
Tout a basculé quand j'avais 8 ans. Ce jour-là, la mort a emporté mon père, et avec lui, toute l'insouciance de mon enfance. Je suis né jumeau, porté par une force double, mais la vie s'est chargée de me rappeler très tôt que le chemin serait solitaire et aride.
Je revois encore ce petit garçon que j'étais au CI. Je revois le maître me demandant de sortir de la classe parce que personne n'avait pu m'acheter ce cahier d'activités à 1500 francs. Ce n'était pas seulement la honte de sortir devant mes camarades qui me brûlait, c'était le sentiment d'être abandonné par le sort. À 10 heures, quand la cloche de la récréation sonnait, je ne courais pas vers les jeux. Je restais assis, immobile, dans la salle vide. Je n'avais pas un seul franc en poche pour calmer ma faim, alors je me nourrissais de mes rêves et de mon silence.
Dans ce vide immense, mon grand frère Toussaint Dandjinou est devenu mon phare. Avec le peu qu’il possédait, il a essayé de remplacer la chaleur d'un père que je n'avais plus. Il s'est sacrifié pour que je puisse tenir debout, et c'est grâce à son soutien que j'ai trouvé la force de ne pas abandonner.
Pour survivre, j'ai dû affronter la rue. À Porto-Novo, j'ai arpenté le bitume comme vendeur ambulant de CD. Sous la chaleur écrasante, j'apprenais la dureté du monde. Je me rappelle l'amertume de ces moments où, après une longue journée de marche, je réalisais qu'on m'avait donné de faux billets. On me volait mon pain, on volait ma sueur, mais on ne pouvait pas voler ma détermination.
Car malgré la faim, malgré la peur de ne pas pouvoir composer en Terminale à cause du manque de moyens, je me suis fait une promesse : l'école ne me verrait jamais échouer. Et j'ai tenu bon. J'ai étudié avec la rage au ventre, transformant chaque difficulté en une raison de réussir.
Aujourd'hui, quand je regarde le chemin parcouru, mes larmes ne sont plus des larmes de tristesse, mais des larmes de reconnaissance. Si je me bats aujourd'hui pour les orphelins, pour les veuves et pour l'éducation des plus pauvres, c'est parce que je sais ce que signifie le silence d'une salle de classe à l'heure de la récréation.
Je suis Pyrhanaud, et mon passé de souffrance est devenu le moteur de mon combat pour les autres. Je suis tombé mille fois, mais je me suis relevé pour que d'autres, après moi, n'aient plus jamais à rester seuls dans le noir.