16/06/2026
Témoignage d’un ancien participant burkinabè au Village International Copains du Monde de Gravelines (2011)
Je m'appelle Issa, je suis Burkinabè, et quinze ans après, les souvenirs de l'été 2011 restent gravés dans mon cœur comme si c'était hier. Grâce à l'encadrement de l'Association Enfance en Péril et au soutien de nombreux partenaires et bénévoles, j'ai eu la chance de participer au Village International des Enfants Copains du Monde à Gravelines, en France.
Pendant quatre semaines, nous avons vécu une aventure humaine extraordinaire entre Gravelines et Paris, aux côtés de jeunes venus de plus de dix-sept pays du monde. Lorsque je suis arrivé, j'étais très timide. Je me demandais comment j'allais communiquer avec des enfants qui parlaient d'autres langues et venaient de cultures si différentes. Pourtant, une semaine seulement après notre arrivée, toutes les barrières avaient disparu. Les sourires, les jeux, les chansons et les activités avaient remplacé les mots qui nous manquaient.
Je me suis lié d'amitié avec des Japonais, des Tunisiens, des Roumains, des Polonais, des Sahraouis et bien d'autres encore. Nous chantions ensemble « Malheur à celui qui blesse un enfant » d'Enrico Macias, sans nous soucier de nos origines. Nous avions appris à nous connaître et à nous apprécier tels que nous étions.
Les journées étaient remplies d'activités inoubliables. Je garde un souvenir particulier du championnat des nations où notre équipe a remporté plusieurs trophées. Les soirées autour du feu avec les Sahraouis, où nous partagions le thé et nos histoires, étaient des moments magiques. Au village, nous avions l'impression de changer de nationalité chaque jour : Togolais le lundi, Ivoiriens le mardi, Maliens le mercredi, Sénégalais le jeudi, Français le vendredi... Nous découvrions les cultures des autres comme si elles étaient les nôtres.
La piscine avec ses toboggans aquatiques à Sportica nous rassemblait tous dans la joie. Les séances de roller donnaient lieu à des chutes mémorables qui faisaient rire tout le monde. Quant aux parties de bowling, elles mettaient une ambiance incroyable. Les soirées de présentation des délégations, où chacun portait sa tenue traditionnelle et présentait sa culture, restent parmi mes plus beaux souvenirs.
Puis vint Paris. Pour beaucoup d'entre nous, c'était un rêve devenu réalité. Découvrir la Tour Eiffel, naviguer sur la Seine en bateau-mouche, visiter le musée du Louvre, admirer la majesté de Notre-Dame de Paris et les châteaux de Versailles fut une expérience exceptionnelle. Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons passé une journée merveilleuse à Disneyland Paris en compagnie de notre maire du village, Neil. Tout était simplement beau, enrichissant et inoubliable.
Au fil des semaines, nous avons tous rangé nos nationalités pour ne devenir qu'une seule nation : celle de l'amitié, de la solidarité et de la fraternité. Cette expérience m'a appris que malgré nos différences, nous partageons les mêmes rêves, les mêmes espoirs et la même envie de construire un monde meilleur.
Je voudrais aujourd'hui exprimer ma profonde reconnaissance à toutes les personnes qui ont rendu cette aventure possible : Tonton Romaric, Tantie Gwladys, Madame Paré, Madame Zongo, Mamoudou, toute l'équipe de Kamzaka, Tonton Christian, Caroline, Teute, Guillaume, Hélène, Fadel, Junior, Franck, Justine, ainsi que tous les bénévoles et accompagnateurs qui nous ont entourés avec tant de bienveillance. Grâce à vous, nous avons vécu des moments qui nous accompagneront toute notre vie.
Pour ma part, ce séjour a été un véritable déclic. À mon retour au Burkina Faso, j'ai compris que tout était possible à condition de travailler sérieusement et de croire en ses rêves. J'ai redoublé d'efforts à l'école, obtenu de bonnes notes et développé le goût de l'excellence.
Aujourd'hui, je suis fier du chemin parcouru. J'ai créé mon propre atelier de couture mixte. Même si les marchés ne sont pas toujours abondants, je ne manque jamais de travail. J'ai également fondé une famille et je suis l'heureux père de trois enfants, aux côtés d'une épouse merveilleuse.
Lorsque je repense à Gravelines, je ressens encore cette émotion particulière. Bien sûr, nous aimerions tous revivre une seconde fois une telle aventure. Mais je sais aussi qu'il est important de permettre à d'autres enfants et à d'autres jeunes de vivre cette expérience unique qui ouvre les yeux, développe la confiance en soi, crée des amitiés durables et donne envie de réussir.
Merci du fond du cœur à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à cette belle histoire. Votre engagement a changé des vies, et la mienne en fait partie.