11/07/2025
Introduction
Faut-il cracher ce texte qui me dévore de l'intérieur ? Ce n'est pas une question, c'est une urgence. Un appel à la conscience qui monte des tripes, un hurlement de rage contre cette époque de m***e où tout devient spectacle.
Je regarde cette souffrance du monde transformée en divertissement et j'ai envie de vomir. Nous nous gavons de malheur en streaming, nous masturbons notre compassion sur les réseaux sociaux, puis nous zappons vers la prochaine tragédie. Brel avait raison de nous cracher dessus, même si Bukowski me fait encore marrer dans sa lucidité d'ivrogne.
Mon texte n'est ni p***o ni violent, il ne prêche aucun dieu, ne brandit aucun drapeau. Il ne prend parti pour personne sinon pour l'humanité qui crève. C'est du texte brut, sans filtre, sans pudeur - ce qui sort directement de mes tripes, de mon cœur qui bat, de mon sexe qui bande encore devant la beauté du monde, de mon cerveau qui refuse de se taire.
Alors oui, je vais le publier ce pu**in de texte. Parce que se taire, c'est mourir. Parce que l'écriture sans partage, c'est de la ma********on intellectuelle. Parce que peut-être - juste peut-être - quelqu'un d'autre ressent la même chose et a besoin d'entendre qu'il n'est pas seul à avoir mal.
Corpus delictus
Kalachnikov version 5, as-tu déjà vu quelqu'un qui se vide de son sang, au bord de la mort, éventré, la vie se termine, pourtant il n'a rien demandé, il était là par hasard, plutôt par devoir et par obligation, la guerre c'est 98 % de hasard, 2 % par conviction, as-tu déjà vu quelqu'un démembré, as-tu déjà senti l'odeur de la chair brûlée qui se mélange à la poudre, as-tu déjà vu de la cervelle, surtout quand elle est encore à température humaine et que le cadavre git juste à côté, ce que je te dis te révulse ce que je t'exprime te donne des nausées, ce n'est encore rien quand j'ai dit est rentré imagine la femme enceinte les jambes écartées, arrrachée de son genou gauche elle n'a plus de bras droit son visage est à moitié arraché, il reste son ventre on y voit des verres suture on y voit une vie qui est en train de partir, personne n'est là, adieu fillette ou bien garçon peu importe, le fœtus baigne dans le sang de sa mère qui ne le protégera jamais, ça te gêne que je parle ainsi, tu n'es pas habitué, quand les gens crèvent, surtout quand ils sont des dégâts collatéraux on évite de faire des descriptions et même si tu cherches dans les journaux on se contente de les additionner pas de les recomposer surtout quand le pied droit est à 5 m de la jambe que la tête est à moitié arrachée qu'on entend encore des gargouillements, qu'il est probable que le cœur batte encore quelques instants, les mouches arrivent déjà, elles sentent la mort avant nous, on voit le sang mélanger avec les gravats, le tacticien calcule le coût de l'opération pas la douleur, ni la soumission, ni la souffrance de toi qui n'a rien demandé et qui ne rentrera plus jamais à la maison, on ne t'a pas violé, on a rien fait de tout ça tu fais simplement partie des dégâts voir des gravats ton sang se mêle à la brique, tes viscères éclatés sur le bitume, mais au centre-ville sœurs que reste-t-il de toi, ce soir on nettoiera où on ne nettoiera pas, est-ce qu'on s'occupera des cadavres, dans la fosse commune, n'est-il pas plus simple de les laisser avec les gravats de mélanger soigneusement ce qui était encore humain avec ce qui n'est que débris, dégâts collatéraux des gars des gens que l'on oublie que l'on ne nomme pas dans des guerres dont on ne parle même pas, on peut les crier Gaza, on peut l'écrire Ukraine, ce ne sont que des mots, vous êtes focalisés droit devant vous je m'excuse mais tous les jours d'injustice tous les jours des inconnus par hasard terminent leur existence sans le vouloir et sans le savoir l'injustice humaine c'est atroce mais c'est ainsi, ne l'oubliez jamais nous sommes des monstres nous n'avons pas de pitié nous ne calculons pas en contemporains entiers pour un sang en muscle ou en masse nous calculons simplement ce qu'il nous en coûte de tout nettoyer parce qu'une guerre quand elle est terminée on balaye on efface on oublie, il fut un temps où on érigea une stèle et on mettait les noms proprement aujourd'hui on ne fait plus rien de tout ça un peu imaginez deux tours qui s'écroulent, imaginez une tour que l'on a oubliée, imaginez les mots qu'on ne s'est pas envoyés imaginez tout simplement qu'il n'y a plus rien dégâts collatéraux être sans valeur pas besoin de son souvenir on continue la machine avance elle s'appelle humanité mais elle est déshumanisée et je vous l'envoie bien dans la gu**le prenez-le arrêtez votre texte mièvre, vos semblants larmoyants, vos écritures qui feraient sourire si elles n'étaient pas aussi tristes car vous réagissez comme réagissent 99 % d'une population non concernée versant à la limite une larme involontaire et si d'une façon d'une autre pris d'un geste symbolique ou obligatoire, vous répétez sans arrêt à qui veut l'entendre le savoir que vous protestez que vous réagissez vous êtes tous des héros vous êtes tous des combattants en carton mais en réalité vous agencez simplement quelques mots en disant que cela vous dérange et si demain une autre cause, qu'elle soit naturelle ou humaine arrive vous oublierez celle que vous défendez maintenant avec tellement de force à tel point que vous êtes même descendus dans la rue vous avez fait cet effort inhumain de quitter votre voiture et de marcher quelques centaines de mètres peut-être même brandissant une bannière, peut-être même en parlant à votre voisin et puis après il est même possible que vous ayez pris le temps pour vous biturer dans un café, de boire à l'extrême et de raconter n'importe quoi à d'autres qui vous racontent la même chose, je suis désespéré par l'humanité je suis désespéré par ce que vous faites parce que vous êtes c'est bien pour ça que je vénère la kalachnikov une rafale et on n'en parlera plus de vous une rafale et on ne parlera plus de moi et on oubliera tout ça, mais avant que le silence nous prenne tous écoutez bien ceci, vous qui changez de cause comme de chemise, vous qui pleurez sur commande devant les caméras, vous qui faites de la souffrance des autres votre petit théâtre personnel, vous qui transformez la mort en spectacle, vous qui osez parler de paix en buvant votre café chaud pendant que des enfants agonisent sous les décombres, vous me dégoûtez plus que les tueurs eux-mêmes car au moins eux assument leur monstruosité, vous vous cachez derrière votre bonne conscience de façade, votre indignation de pacotille, vos hashtags et vos likes, vous êtes la gangrène de l'humanité, vous êtes pires que les bourreaux car vous faites semblant d'être du côté des victimes tout en les piétinant de votre indifférence déguisée
Conclusion
Me voilà à genoux, pantalon baissé, fesses offertes au martyre. Mon sexe et moi, nous nous préparons pour le fouet, les insultes de tout acabit. Je suis soumis, je crie, j'appelle au secours, je demande des autorisations.
Bientôt j'irai déposer mon texte au censeur pour qu'il enlève les lettres qui pourraient le gêner. Il est vrai que mon texte n'est pas fait de miel et de sirop - je dis ce que je pense. Mais à quoi bon aujourd'hui, dire ce que l'on pense ?
Voilà la grande question sur la liberté d'expression : à quel point la censure est-elle déjà omniprésente ? Elle commence par nous-mêmes, par les frontières que nous posons - frontières invisibles pour le commun des mortels. Nous faisons attention, surtout pas créer de flux et reflux, éviter le retour désagréable. Et puis il faut plaire aussi.
Je me dis que c'est plus facile d'écrire un texte édulcoré... Et puis m***e, je suis encore en train de tenter de me disculper, de redevenir un enfant sage, bien éduqué, quelqu'un à qui on ne doit rien reprocher.
"Les Kalachnikov" ne devraient pas exister. Je ne devrais pas dire qu'on arrache des membres, qu'on éventre des mères qui devraient accoucher d'un instant à l'autre mais dont le bébé est déjà sacrifié, parfois même écrasé dans le ventre. Je ne devrais pas parler des enfants qu'on ne reconnaît plus parce que leurs membres arrachés se mélangent - cette impression de refléter une toile de Guernica.
Picasso avait raison, autant que Brel. Finalement, toutes ces tripes, cette cervelle éparpillée, c'est une peinture de la réalité - notre réalité, notre présent que nous refusons de regarder. Car en vérité, c'est nous qui avons fait ce dessin, tu y as contribué, comme moi.
Mais je sais qu'on fera tout le nécessaire pour qu'il ne se diffuse pas, pour qu'on l'oublie très vite.
Je demande une autorisation dont je n'ai pas besoin, juste pour me disculper, pour dire : "tu vois, il y a d'autres qui sont d'accord avec moi".
Pu**in, qu'est-ce que je suis hypocrite... Probablement lâche, certainement...Merde !
Al St-Gery