23/07/2026
« Les vacances, ne m'en parlez pas...
Je suis maman solo de deux enfants. C'est souvent comme ça que je me présente, parce que c'est vraiment ce qui me définit le plus aujourd'hui. Pas mon métier, pas mes passions, pas qui j'étais avant. Maman solo, avant tout.
Mes enfants occupent la majeure partie de mon temps et de mon énergie. Je travaille pour subvenir à leurs besoins, je m'occupe d'eux le soir en rentrant, souvent fatiguée, je m'arrange pour qu'ils puissent avoir des hobbies, des loisirs, une vie qui ressemble à celle de leurs copains. Ce n'est pas facile, parce que je n'avais pas prévu de vivre cette vie-là. Ce n'était pas un choix.
Je pensais pouvoir compter sur un conjoint, un coparent. Élever mes enfants à deux, se répartir les tâches et les responsabilités, avec le soutien de la famille autour. Mais la vie en a décidé autrement, et je me suis retrouvée à m'occuper de mes deux petits bouts, seule, alors qu'ils étaient encore tout jeunes. Du jour au lendemain, il a fallu apprendre à tout gérer, à être présente sur tous les fronts, sans filet.
C'est comme ça qu'a commencé ma nouvelle vie. Sans aucun répit.
Aucun répit, parce qu'entre le travail et tout ce qu'il faut gérer pour subvenir à leurs besoins, je n'ai presque jamais de vrai temps de qualité avec eux. Du temps pour jouer, pour découvrir le monde ensemble, sans penser à la liste de choses à faire. Tout se résume aux besoins primaires : les devoirs, le repas, le coucher... et on recommence le lendemain. Toujours le même cycle, cette routine qui rassure autant qu'elle épuise.
On pourrait croire que les vacances, c'est le moment de souffler, de se retrouver enfin. Il n'en est rien. C'est même souvent pire.
D'abord, il y a la réalité très concrète : il ne me reste plus assez de jours de congé pour couvrir toute la période où mes enfants n'ont pas école. Je dois donc anticiper des mois à l'avance, chercher des stages, en espérant que les plaines communales aient encore de la place, parce que je n'ai pas les moyens de payer des stages privés pour deux enfants, tout un été. Chaque année, c'est la même angoisse : est-ce que je vais trouver une solution ? Est-ce que je devrai encore demander de l'aide autour de moi ?
Mais le plus dur, c'est encore de devoir renoncer à partir en vacances. De mettre ça de côté, année après année. D'entendre mes enfants expliquer, un peu gênés, à leurs copains que eux, cette année encore, ils ne partent pas... pendant que leurs amis racontent leurs souvenirs du sud de la France, d'Espagne, ou d'ailleurs. Ces moments privilégiés en famille, ce fameux "temps de qualité" que je n'arrive à m'offrir ni au quotidien, ni pendant les vacances. Cette parenthèse qui semble si naturelle pour d'autres familles, et qui reste, pour nous, un horizon lointain.
Je vois bien la fierté de mes enfants quand ils racontent, eux aussi, leur été : la plaine de jeux, le stage de foot. Ce n'est pas rien, et j'en suis fière. Mais je sais que ce n'est pas la même chose que ces souvenirs de vacances en famille, cette insouciance-là.
Et pourtant, c'est exactement ce que je souhaite. Je crois profondément que tout le monde devrait avoir les moyens de s'offrir un moment de répit, un moment proche de sa famille, que ce soit en Belgique ou ailleurs. Peu importe la destination, en réalité. Ce qui compte, c'est ce temps volé au quotidien, cette parenthèse où on peut simplement être ensemble, sans horaire, sans pression.
Je pense que c'est essentiel, presque vital : c'est ce qui forge les souvenirs d'enfance, ce qui tisse les liens familiaux, ce qui donne à un enfant une histoire à raconter plus t**d.
Je repense souvent aux vacances que j'ai vécues avec mes parents, des souvenirs simples mais précieux, et j'ai un vrai pincement au cœur de ne pas pouvoir offrir la même chose à mes enfants. J'ai même honte, parfois, de devoir dire non à une envie pourtant si légitime. J'espère qu'un jour, ils comprendront que j'ai fait le maximum avec ce que j'avais. Que ce n'est pas un manque d'amour, mais un manque de moyens et de temps, dans un système qui n'est pas toujours pensé pour les familles comme la nôtre. »
Ce témoignage n’est malheureusement pas isolé. Derrière les difficultés à partir en vacances, il y a souvent une réalité bien plus large : des salaires trop faibles, des horaires difficiles à concilier avec la vie de famille, un manque de solutions accessibles pour les enfants et, surtout, trop peu de temps pour simplement souffler.
À la FGTB Namur-Luxembourg, nous revendiquons des salaires qui permettent de vivre dignement, des congés adaptés aux réalités des familles, des structures d’accueil accessibles et des horaires stables et prévisibles. Nous refusons une flexibilisation toujours plus grande du travail, qui oblige les travailleurs et les travailleuses à adapter leur vie aux besoins des employeurs, plutôt que l’inverse.
Malheureusement, le gouvernement Arizona fait un autre choix. Il impose une vision très à droite de la société, dans laquelle il faudrait travailler davantage, être toujours plus disponible et accepter moins de protections. Ce n’est pas la société que nous voulons. C’est pourquoi nous continuerons à nous mobiliser, notamment en septembre et en octobre.
Parce que se reposer, passer du temps avec ses enfants et se créer des souvenirs en famille ne devrait jamais être un luxe.
Témoignage d'une affiliée - Photo d'illustration -