07/01/2025
🎨 Portrait d'accueillante 🎨
Christelle Gerin, accueillante de défis
C'est un face-à-face quotidien, à quatre contre un. D'un côté, installés sur leur chaise haute et équipés de leur bavoir "Xmas dinner" rouge ou vert, Aloïs, Gabriel, Eva et Mara dégustent joyeusement leur mélange de légumes entre silences de satisfaction et cris d'euphorie. De l'autre, Christelle Gerin jongle. Elle regarde attentivement les quatre enfants, en aide deux à manier la cuiller, ramasse les petits pois et les bouts de haricots qui s'échappent des assiettes, distribue les gourdes et se saisit rapidement d'une lavette pour éponger l'eau qui s'écoule après une maladresse. "Il faut toujours avoir le matériel nécessaire près de soi", s'amuse-t-elle, prête à réagir au prochain défi.
On pourrait penser le face-à-face déséquilibré mais il en faudrait beaucoup plus pour déstabiliser l'accueillante et ses plus de 16 années d'expérience. Son sourire et son plaisir dominent, sans stress ou tension. "Ce que j'aime c'est l'amour des petits, ce qu'ils nous apportent", explique-t-elle spontanément. "On les accueille tout petits, on les voit grandir, on revoit les photos par la suite et on se dit qu'on a fait du bon travail."
Ce métier d'accueillante, d'accompagnatrice privilégiée des premiers pas, elle a pourtant risqué de ne jamais l'exercer. La jeune Christelle veut d'abord devenir puéricultrice pour répondre à son amour "inné" pour les enfants mais ses parents la poussent plutôt vers la formation de vendeuse-étalagiste. "J'ai toujours voulu avoir un petit frère ou une petite soeur et je ne voyais pas beaucoup mes cousins et cousines quand j'étais jeune, c'était quelque chose qui manquait dans ma vie", raconte-t-elle. "Alors quand j'ai eu mon diplôme, je me suis rapidement dit que ce n'était pas fait pour moi. Il fallait que je sois entourée d'enfants."
Christelle tient parole en commençant par fonder une famille et s'inscrit pour suivre la formation d'accueillante. Son parcours s'accélère et la nouvelle professionnelle entame sa carrière aux côtés de l'asbl Alis en septembre 2008. "J'ai eu la chance de faire mon stage chez madame Gera, j'ai trouvé tellement magnifique ce qu'elle faisait, tout ce qu'elle pouvait apporter humainement", se souvient-elle. "Pour moi aussi c'est alors devenu une évidence."
Plus de 16 ans plus t**d, Christelle chérit encore son choix. Avec le soutien de son mari "Nini" devenu aussi coqueluche des enfants, l'accueillante "Nanou" a adapté son domicile d'Havré aux exigences du métier, notamment en troquant le mobilier contre des tables et des chaises pliantes afin d'agrandir l'espace de jeu. Elle accorde également beaucoup d'importance au bien-être de ses compagnons de journée et se lance constamment des défis pour faciliter leur évolution. "Toujours dans la bienveillance et jamais dans le forcing", tient à souligner Christelle. "Par exemple, si un enfant arrive plus t**divement et qu'il ne sait pas manger, pour moi ça devient un défi. J'essaye toutes les astuces, avec les tétines coupées sur les biberons, pour qu'il finisse par manger à la cuiller. Je me souviens qu'un petit était arrivé chez moi et qu'il ne mangeait pas, on y est arrivé en trois semaines. C'est une de mes fiertés."
Les quatre enfants autour de Christelle n'ont pas ce problème. Après avoir dévoré les légumes, ils abandonnent leur chaise et filent s'amuser bruyamment au pied du sapin illuminé. Car c'est jour de fête chez l'accueillante, où le père Noël a déposé un jeu collectif. "J'essaie de leur apporter beaucoup de choses en étant attentive à tous les niveaux, la propreté, l'apprentissage, l'adaptation par rapport à l'âge, la découverte. Je suis l'évolution des enfants, c'est très important", ajoute-t-elle en les surveillant du coin de l'oeil. "J'adore ce que je fais mais les journées sont longues. Je trouve d'ailleurs que les accueillantes ne sont pas assez valorisées, c'est un métier très mal connu."
C'est heureusement le contraire dans sa propre famille, car Christelle semble avoir transmis sa passion à ses propres enfants. "Ma grande fille a presque 24 ans et elle adore être entourée d'enfants, elle a choisi d'être éducatrice. Mon autre fille veut être enseignante maternelle et la petite dernière dit qu'elle veut faire comme moi. On recrute chez Alis mais elle est un peu jeune, elle a 12 ans", rigole-t-elle. Chez les Gerin, l'amour pour les enfants n'arrive jamais trop tôt.