29/04/2026
La bienveillance entre collègues peut sauver des vies.
Dans le monde des soins, la fatigue, la pression et le silence peuvent parfois devenir lourds à porter.
Un regard, une écoute, un mot bienveillant peuvent faire la différence pour prévenir la souffrance invisible.
Prenons soin les uns des autres, pour éviter que l’isolement et la détresse ne deviennent trop lourds à porter
Récemment, comme beaucoup de collègues, j’ai appris le décès par su***de de la Dre Karina Poliquin, pédiatre au Québec.
Je ne la connaissais pas personnellement. Mais ses mots ont circulé. Et ils frappent juste.
Parce qu’ils parlent de quelque chose que nous connaissons tous, sans toujours le dire.
Être médecin, c’est porter beaucoup.
Responsabilité. Attentes. Pression. Tout le temps.
Et souvent, en silence.
Dans son texte, elle décrit une première crise de panique.
Elle parle de fatigue, de culpabilité même les jours de congé.
Elle évoque aussi une atteinte à son autonomie et à son intégrité.
Et un système où il faut constamment faire plus, avec moins.
On lui reprochait aussi, indirectement, de ne pas être « assez productive » parce qu’elle prenait le temps avec ses patients.
Tout cela, nous l’avons déjà ressenti à différents degrés.
J’ai moi-même vécu deux épisodes de burnout , cet état où on est complètement vidé, où on continue de fonctionner, mais sans vraiment récupérer.
Pas par manque de résilience.
Pas par manque de passion.
Mais parce qu’à un moment donné, l’équilibre ne tenait plus.
J’ai aussi opéré le jour du décès de mon père.
Pas par obligation directe.
Pas par héroïsme.
Mais parce que, dans notre culture, on continue. Toujours.
Le lendemain des funérailles, bien sûr je travaillais aussi.
J’ai vécu des symptômes d’épuisement… et j’ai continué quand même.
Parce qu’il le fallait.
J’ai fini par aller chercher de l’aide.
Mais j’ai continué.
Alors quelle est la différence entre elle et moi?
Je ne sais pas.
Ce que je sais, par contre, c’est que nous, medecins, sommes très bons pour continuer à fonctionner… même quand ça ne va plus vraiment.
On est entraînés pour ça.
À rester performants malgré la fatigue.
À mettre de côté ce qu’on ressent pour faire le travail.
Et c’est précisément ce qui devient dangereux.
On parle beaucoup de « burnout ».
Comme si on était des bougies qui finissent par se consumer.
Mais ce n’est pas vraiment ça.
On ne brûle pas.
On arrête de se recharger.
Petit à petit.
Sans toujours s’en rendre compte.
Et pendant ce temps-là… on continue.
Parce qu’on est capables de continuer.
Parce qu’on est faits pour ça.
Aujourd’hui, je ne prétends pas comprendre ce qu’elle a vécu.
Ce serait trop simple. Et très probablement faux.
Mais je pense que son message mérite d’être entendu.
Et entre collègues, il va falloir faire plus que se demander « ça va? ».
Parce qu’on répond presque toujours oui.
Il va falloir apprendre à voir quand ça ne va pas.
À insister un peu.
À créer des espaces où on peut dire la vérité sans crainte.
Prendre soin des patients commence aussi par prendre soin de ceux qui les soignent.
Repose en paix, Karina Poliquin