18/02/2026
Il était une fois un enfant — fille ou garçon, qu’importe, car le fond reste le même — qui, par malheur, souffrait d’une maladie inconnue.
Inconnue, oui. Mais pas au point de décourager certains médecins — hommes ou femmes, là encore, peu importe — qui, animés par leur vocation, cherchaient sans relâche des solutions. Des soins quotidiens. Du confort. Tout ce qui était en leur pouvoir pour offrir à cet enfant un cadre de vie aussi équilibré que possible.
Il leur fallait parfois composer avec les règles établies, en frôler les limites, les contourner avec intelligence. Avec un peu d’audace et beaucoup d’idées, ils parvenaient à semer du réconfort dans la vie « pas si simple » de l’enfant.
Un jour, un médecin aux cheveux de licorne décida de transgresser la règle. Celle-ci lui interdisait d’accorder un traitement qui pouvait pourtant être bénéfique. Mais il estimait qu’il était de son devoir d’essayer.
Les effets ne tardèrent pas. L’enfant ne guérit pas — loin de là — mais son quotidien se métamorphosa. Il se mit à (re)vivre comme un enfant de son âge. Jouer au football dans la cour de récréation. Inventer des chorégraphies avec ses copines. Sauter une sieste — pourtant si précieuse pour récupérer. Aller simplement à l’école. Découvrir des plaisirs simples. (Re)vivre.
Puis, un matin, le médecin licorne disparut sans prévenir. À sa place arriva un médecin chat. Tout doux. Tout petit. Tout mignon avec son pelage roux. Tout disposé à continuer à jeter des paillettes dans les yeux de l’enfant, comme le faisait son prédécesseur.
« Je suis là pour vous aider. Et même mieux, vous verrez. »
Avec son arrivée apparurent aussi un coordinateur corneille et un psychologue hibou — et, comme toujours, libre à toi d’imaginer il ou elle. Une organisation se mit en place. De la communication. De la considération.
Qu’il était beau, ce temps où tout semblait enfin s’emboîter. Où l’enfant — et sa famille — disposaient d’un véritable cadre. Profiter d’une visite à l’hôpital pour rencontrer deux ou trois médecins et le psychologue en même temps. Organiser des réunions entre tous les soignants — le koala, l’éléphant, la girafe et même le paresseux — afin de coordonner les soins. Quel soulagement.
Mais dans tout conte de fées se cache une ombre. Une sorcière. Un monstre. Un instant suspendu qui transforme la beauté en laideur, la merveille en enfer.
Dans notre histoire, cet instant arriva.
Le doux et délicat médecin chat devint adulte.
Ses moustaches s’affinèrent. Ses griffes s’aiguisèrent. Et ce ne fut plus un chat qui se tint face à l’enfant, mais un tigre.
D’abord, l’enfant — qui en avait déjà vu d’autres — tenta de le maîtriser. Mais un tigre ne se maîtrise pas.
Alors il essaya de parlementer. Mais un tigre ne parlemente pas.
Il supplia. Mais un tigre ne se supplie pas.
Il voulut appeler corneille et hibou mais ils s'étaient envolés, préférant observer du ciel.
Deux choix s’offraient à lui : l’affronter ou fuir.
Dilemme. Choix cornélien. C’est ici que l’histoire se divise.
Effrayée, la fille choisit de fuir pour chercher de l’aide. Elle trouva du réconfort auprès du médecin flamant rose.
Plus téméraire, le garçon tenta de renvoyer le tigre dans sa cage. Il crut pouvoir y parvenir et continua de l’affronter, les yeux dans les yeux.
Chacun poursuivit ainsi son chemin, sa vie, ses difficultés, entouré de sa famille et de ses amis. Espérant trouver l’amour et vivre heureux — peut-être même avec beaucoup d’enfants — même si le tigre n’est jamais bien loin.
Et puisqu’il faut une morale à toute histoire :
N’oubliez jamais que, quel que soit le docteur que vous croisez à l’hôpital, celui qui reste enfermé dans sa cage, c’est l’enfant.